|
TOUTES LES TECHNIQUES CHIRURGICALES SONT-ELLES
AUSSI DOULOUREUSES ?
Le traitement chirurgical de la maladie
hémorroïdaire repose sur trois principes différents
:
L'hémorroïdectomie, l'hémorroïdopexie et
la désartérialisation guidée par le Doppler.
L'hémorroïdectomie est l'intervention traditionnelle
et de référence. Elle consiste à retirer les
paquets hémorroïdaires prolabés pathologiques,
externes et internes. L'excision commence sur la marge anale et
remonte jusqu'au bord supérieur du canal anal où sont
liés les pédicules vasculaires. Les plaies, le plus
souvent au nombre de trois, sont situées sur la zone la plus
sensible. La douleur est en rapport avec le nombre de paquets excisés,
soit modérée pour une ou deux plaies à forte
pour trois ou quatre plaies. De nouveaux instruments (très
onéreux) de section-coagulation par ultra-sons (harmonic-scalpel®)
ou par diathermie bipolaire (ligasure®) permettent de limiter
la diffusion thermique et l'dème réactionnel.
Leur utilisation semble présenter un avantage sur la DPO
(plus avec le ligasure®) mais les effectifs des études
sont trop faibles pour être significatifs.
L'hémorroïdopexie ou intervention de Longo date de 1995.
Son concept est tout à fait différent puisqu'il s'agit
d'un "lifting hémorroïdaire" réalisé
avec une pince agrafeuse circulaire. Les hémorroïdes
internes prolabées sont repositionnées dans le canal
anal après résection d'un manchon muqueux de 15 à
20 millimètres de hauteur sur le bas rectum et agrafage au
niveau de la jonction ano-rectale. Cette intervention ne peut complètement
corriger une maladie hémorroïdaire interne et externe
trop avancée, avec prolapsus permanent. Elle convient plus
particulièrement au prolapsus hémorroïdaire interne
réductible et circonférentiel. L'absence de plaie
anale rend cette technique moins douloureuse que l'hémorroïdectomie
tant en post-opératoire immédiat que lors de la défécation.
Cependant, l'hémorroïdopexie peut engendrer des douleurs
différentes à type de tension. Les modifications circulatoires
temporaires sur les hémorroïdes repositionnées
avec gonflement voire thrombose peuvent être source de douleurs
intra-canalaires et de dysurie réflexe. Le remodelage de
la jonction ano-rectale modifie transitoirement la compliance rectale
et la stimulation des barorécepteurs, ce qui pourrait expliquer
les fréquents symptômes d'urgence fécale. Ces
urgences fécales plus ou moins douloureuses régressent
en quelques jours ou semaines. Enfin la DPO se rapproche de celle
d'une hémorroïdectomie si l'on associe un geste d'excision
sur les hémorroïdes externes.
La désartérialisation
des paquets hémorroïdaires, guidée par Doppler,
est une technique récente, en cours d'évaluation .
Son principe consiste à lier toutes les artères à
destinée hémorroïdaire, au niveau de la jonction
ano-rectale à l'aide d'une sonde Doppler. Ce geste peut être
complété par une mucopexie ,c'est à dire un
surjet aller-retour sur les hémorroïdes internes.
Ce geste est quasiment indolore . Il se rapproche des techniques
instrumentales et indiqué à un stade peu évolué
de la maladie hémorroïdaire (grade 2 ou 3 débutant)
En pratique, le choix de la technique
opératoire n'est pas déterminé par l'intensité
de la DPO mais selon la confrontation des manifestations de la maladie
hémorroïdaires et des données de l'examen clinique.
C'est le chirurgien proctologue qui conseille la meilleure option
chirurgicale parfois même en fonction de l'examen sous anesthésie.
La prise en charge de la DPO sera adaptée au choix opératoire.
POUR UNE MEME TECHNIQUE OPERATOIRE,
LA DPO EST-ELLE VARIABLE SELON LES PATIENTS ?
Il est évident que l'importance du geste
chirurgical est un facteur déterminant de la DPO, mais l'intensité
de cette douleur est très variable selon les individus. En
effet, la DPO est beaucoup plus appréhendée par les
patients dont la maladie hémorroïdaire n'est pas douloureuse
mais responsable d'une gêne locale et de saignements. A l'inverse,
la coexistence d'une fissure anale et d'une maladie hémorroïdaire
doit faire discuter les options thérapeutiques selon le mécanisme
prédominant de la douleur.
La douleur est fortement liée à la tonicité
du sphincter anal et à l'importance du spasme postopératoire.
L'hypertonie sphinctérienne et le spasme sphinctérien
réflexe anal et vésical sont plus forts et plus fréquents
chez l'homme que chez la femme. La sphinctérotomie interne
peropératoire, proposée pour éviter le spasme
douloureux, n'est plus pratiquée en raison du risque de troubles
de la continence anale. Des études sont en cours sur des
médications à visée myorelaxante : agents libérateurs
de NO (trinitrine), inhibiteurs calciques (diltiazem local ou nifedipine
par voie orale) et toxine botulique, qui agissent de façon
locale. Le risque de céphalées limite en fait l'utilisation
des dérivés nitrés.
CONSEQUENCES DE L'ANESTHESIE SUR LA
DPO APRES CHIRURGIE HEMORROÏDAIRE.
La chirurgie hémorroïdaire peut
être réalisée sous anesthésie générale,
loco-régionale (rachianesthésie) ou sous anesthésie
locale avec sédation selon les pratiques de chaque équipe.
L'anesthésie locale simple est réservée au
geste d'excision de thrombose en urgence. L'anesthésie générale
est planifiée en fonction de la durée du geste qui
est court mais douloureux. Des opiacés d'action courte (par
exemple le remifentanil) sont donc utilisés pour assurer
une réversibilité rapide tout en évitant la
survenue en postopératoire de complications liées
spécifiquement à l'administration d'opiacés
telles que les nausées, les vomissements et plus spécifiquement
dans le cadre de cette chirurgie, la constipation et la rétention
d'urines. La rachianesthésie assure également une
bonne analgésie notamment en postopératoire immédiat
avant que le bloc ne se lève mais elle a également
l'inconvénient de favoriser la survenue de rétention
d'urines. L'administration d'opiacés en rachianesthésie
doit être absolument évitée car le risque de
rétention d'urines devient alors inacceptable. L'anesthésie
locale avec sédation est peu pratiquée ; elle convient
aux interventions limitées à un ou deux paquets hémorroïdaires,
soit à une hémorroïdopexie, soit à la
technique de désartérialisation dans le cadre de la
chirurgie ambulatoire.
|