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PROCTOLOGIE
ET SEXUALITE.  |
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La question des relations entre la Proctologie, un des arts médicaux
et la sexualité, un des arts de la vie, a rarement était
traitée dans les manuels de médecine et, si elle le
fut, les publications échappèrent aux principes des
bonnes méthodologies qui veulent fonder la valeur scientifique
d'un travail. C'est que la sexualité - n'en déplaise
aux acharnés de la norme, du matérialisme biologique
et du déterminisme génétique - n'est et ne
sera jamais une science, ne serait-ce que parce que l' "objectif"
- avec son quantifiable et son maîtrisable - n'y a pas sa
place, sauf à vouloir réduire l'être à
une mécanique.
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Dominique Folscheid fait, dans "Sexe mécanique"
(1), un rappel d'importance : étymologiquement le latin sexus
vient du verbe secare qui signifie couper. La sexualité est
donc née de la "coupure". Qu'on se rappelle, un
instant qu'Aphrodite surgit de l'écume fécondée
par les organes sexuels d'Ouranos que Cronos avait tranchés.
Ici, la division est fondatrice et comme, en cette affaire, la complexité
est de mise, c'est souvent à la division de la division que
l'on aura à faire. Le paradoxe n'est qu'apparent car comment
pourrait-il y avoir union - et la sexualité sous-tend bien
l'union - s'il n'y avait division ? Il n'empêche, tout cela
ne va pas dans le sens de la simplicité et, en particulier
de ce qu'il nous incombe de traiter.

Cupidon et Psyché. (David)
Parmi les innombrables questions soulevées
par la sexualité - et pour aborder plus directement le sujet
de cet exposé - celle de son rapport à la fécondation
s'est posée depuis la nuit des temps. Cette question supporte
celle, beaucoup plus large, de l'existence d'un cadre "d'exercice"
de la sexualité, c'est à dire d'une norme et donc d'une
morale. En d'autres termes, tout acte sexuel qui n'aurait pas pour
finalité le but de procréer, serait-il condamnable ?
C'est, par exemple, l'avis exprimé par Mégine de Lacédémone
(Platon, Les Lois, VIII) (2) : " C'est en effet ce que j'ai moi-même
exprimé, lorsque j'ai dit avoir un moyen de faire qu'on se
conforme à la nature dans ces rapports qui ont pour fin naturelle
la procréation d'enfant, en s'abstenant d'avoir de tels rapports
avec les mâles, et de ne pas plus, de propos délibéré,
porter à l'espèce humaine le coup fatal, que l'on ne
va ensemencer dans des rochers et dans des pierres, ou jamais le grain
ne prendra racine (
). " Pour compléter sa "loi"
notre homme précise encore qu'il faut s'abstenir "d'ensemencer
n'importe quel sillon féminin où l'on ne voudrait pas
voir lever le grain".
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Cette corrélation quasi consubstantielle
de l'acte sexuel et de la procréation s'est longtemps imposée,
tout du moins socialement, et cela n'aura pas été sans
conséquences, en particulier pour tous ceux qui avaient ou
désiraient exprimer différemment leur sexualité.
Pour faire court, si l'on nous permet cette expression, disons simplement
que la "loi" de Mégine n'est guère défendable,
ce que beaucoup pressentait malgré leurs dires - pensons à
Tartuffe - et que chacun - ou presque - comprend depuis les travaux
de Freud. Avec lui, la sexualité prit une nouvelle dimension
en ce qu'elle s'inscrivit comme un élément fondateur
du développement de l'être et acquit, en quelle que sorte,
son autonomie. Ainsi son champ d'application put-il dès lors
s'élargir et s'ouvrir à des zones autres que celles
destinées à la seule procréation. Les aspects
génétiques de la théorie psychanalytique freudienne
ont montré toute l'importance, sur ce point, des stades pré-génitaux,
oral, anal, phallique. L'érotisme et la sexualité anale
peuvent donc s'inscrire en tant que modalités relationnelles
entre deux êtres, à condition bien sûr, que cela
s'entende dans le consentement mutuel et le respect de chacun. Qu'on
ne fasse pas dire à la psychanalyse ce qu'elle n'a jamais défendu
: expliquer et comprendre le mécanisme d'une pulsion n'est
pas, ipso facto, la justifier. Il y a des instances au-dessus
du Ça. La perversité est une réalité et
elle relève de la psychopathologie. On sait d'ailleurs que
si la tolérance existe, c'est bien parce qu'il y a un intolérable.
L'activité érotique anale est donc
reconnue dans les revues médicales mais on en sait assez peu
sur elle pour les raisons que nous avons citées mais aussi,
et là encore la psychanalyse est d'une aide certaine, parce
que l'anus sous-tend bien des fantasmes. De la relation entretenue
par l'enfant avec ses matières et des conflits liés
à son éducation dépendront la "pénétrance"
de ce qui relève de l'analité : sadisme, masochisme,
ambivalence, bi et homosexualité, narcissisme anal. On comprend,
dès lors, toutes les difficultés rencontrées
: le sujet n'est pas facilement accepté comme objet de publication.
Il n'en demeure pas moins qu'il existe et nous allons essayer de passer
en revue les données qui s'y rapportent.
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La sexualité anale fait en premier lieu référence
à la sodomie. C'est donc à cet aspect de la relation
que nous nous intéresserons tout d'abord. La question qui se
pose alors est de savoir si le rapport anal menace en lui-même
la marge anale, le canal anal et le rectum ? On serait tenté
de répondre que "tout dépend de la manière"
étant entendu que l'on ne considèrera, ici, que le rapport
pénien ce qui exclue les corps étrangers et les manuvres
du type "fist fornication" qui sont autant de comportements
"à risque". Avant de répondre à ces
interrogations, voyons, dans un premier temps, la place qu'occupe
dans les activités sexuelles ce que Freud a appelé le
coït a tergo.
Le rapport anal s'observe chez les homosexuels
mâles et chez les hétérosexuels. En France, les
comportements sexuels ont été étudiés
dans l'enquête de Pierre Simon en 1970 (3) et dans celle coordonnée
par Alfred Spira en 1991-92 (enquête ACSF) (4). La fréquence
des relations homosexuelles masculines est restée stable entre
ces deux périodes : 4% des hommes ont déclaré
des relations homosexuelles dans l'enquête ACFS contre 5% dans
l'enquête Simon (à titre de comparaison l'homosexualité
féminine est de l'ordre de 2 à 3% dans les deux études).
Des résultats identiques ont été observés
à l'étranger, en particulier chez les Britanniques.
Dans les couples hétérosexuels la pénétration
anale progresse entre les deux enquêtes comme la fellation et
le cunnilingus mais reste, à l'inverse de ces derniers, une
activité rare : elle n'est pratiquée au moins une fois
que par 30% des hommes et 24% des femmes (ACSF) versus respectivement
19% et 14% en 1970. Dans le détail, seuls 3% des hommes et
des femmes disent l'avoir pratiquée souvent, 12% et 10% respectivement,
parfois. Les hommes de 25 à 44 ans sont les plus nombreux à
l'avoir essayée. Elle n'est inconnue dans aucune génération.
Pour les rapporteurs de l'ACSF cette fréquence plus élevée
"traduit non seulement une augmentation réelle des pratiques,
mais aussi sans doute un contexte social plus tolérant qui
facilite la déclaration".
Dans une étude américaine plus ancienne
(5) Travis et Sadd retrouvaient que sur 100 000 femmes mariées,
43% avaient pratiqué le rapport anal au moins une fois (22%
une fois, 19% occasionnellement, 2% souvent). Parmi les 43% qui avaient
essayé, 10% considéraient le rapport anal comme très
satisfaisant, 31% comme modérément agréable,
49% comme désagréable et 10% n'avaient pas d'opinion.
Hunt (6) sur un questionnaire portant sur 2 026 personnes, rapportait
que 25% des couples de moins de 35 ans avaient eu des rapports anaux.
Pour Bolling D.R. (7), sur 526 femmes interrogées lors d'une
consultation gynécologique de routine, 25% avaient essayé
la sodomie et 8% d'entre elles la pratiquaient régulièrement
avec satisfaction. Pour expliquer cette satisfaction, Jeremy Agnew,
dans une revue générale (8) évoque, outre l'innervation
de la marge et du canal anal, les contractions du sphincter externe
et des muscles périnéaux ainsi que la pression à
travers le rectum des organes de voisinage (prostate chez l'homme,
mur postérieur du vagin, utérus chez la femme).
Qu'en est-il des risques éventuels ? Deux
situations fondamentalement différentes doivent être
opposées : l'agression sexuelle et la sexualité consentie
en dehors des manuvres dangereuses (lavements de fort volume
ou avec des produits irritants, introduction d'objets divers, "
fist "
).
Dans la première situation (viol anal),
les risques de lésions sont très élevés
: déchirures de la marge et /ou du canal, perforation rectale,
hématome rectal (9), incontinence anale par rupture sphinctérienne
interne ou externe (10, 11), sans oublier les séquelles tardives
de l'agression sexuelle à type de troubles fonctionnels digestifs
ou d'anisme (12, 13).
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A l'inverse dans le rapport anal consenti, les complications
demeurent très rares. Plusieurs travaux se sont intéressés
à apprécier son retentissement sur l'appareil sphinctérien
et la continence chez les homosexuels masculins dont le nombre
de rapports et de partenaires peut être élevé.
Mis à part le travail de Miles A J et al (14) dont la méthodologie
a été critiquée, il semble bien que la sodomie
en tant que telle ne s'accompagne ni d'anomalies sphinctériennes
ni de troubles de la continence. Dans la série de Chun
A B et al (15) on peut, certes, observer une diminution de la
pression de repos de l'anus par rapport au groupe témoin,
mais les pressions à la contraction ne sont pas modifiées,
les pressions totales demeurent normales et aucun trouble de la
continence n'est noté. Il reste qu'on peut être amené
à recevoir des patients (-tes) pour des symptômes
post-sodomie et ce, en dehors de tout contexte agressif. Il s'agit
essentiellement de phénomènes cutanéo-muqueux
à type de raghades ou d'irritations qui sont transitoires.
Plus rarement, il peut se produire une "réaction"
hémorroïdaire pouvant aller jusqu'au prolapsus extériorisé.
Ces complications relèvent essentiellement d'une pénétration
"trop ardente" dans un anus contracté mais elles
peuvent aussi traduire un manque de compliance qui peut rendre
la sodomie impossible. A ce propos, Rosser B.R. et al. (16) ont
publié une étude portant sur 277 hommes dont 12%
ont du interrompre le rapport en raison de la douleur provoquée.
Parmi les facteurs invoqués, sont cités : une mauvaise
lubrification, l'absence de stimulation avant la pénétration
ou encore des facteurs psychologiques relevant de l'appréhension.
D'une façon générale toute dilatation rétrograde
trop brusque de l'anus est génératrice de complications.
Des signes d'irritation rectale avec sécrétion de
mucus et aspect érythémateux de la face antérieure
du rectum sont l'apanage des rapports multiples. Enfin, il faut
savoir que la protection apportée par le préservatif
est plus aléatoire en cas de rapport anal
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A ce propos, la littérature se fait
l'écho de l'utilisation du préservatif féminin
lors des rapports homosexuels masculins. Une étude publiée
dans Positively aware en 1998 (17), rapporte que, sur 2200 homosexuels,
55% préféraient le préservatif féminin.
Gibson et al. (18) montrent que sur 100 patients homosexuels 54%
avaient une préférence pour le préservatif
féminin. Parmi les raisons avancées par ceux qui ne
voulaient pas l'utiliser on notait : difficultés d'insertion
(33%), irritation (17%), mauvaise adhésion (12%), contact
désagréable (10%), bruit (9%). Il n'en demeure pas
moins que pour ces auteurs le préservatif féminin
représente une "wellcome alternative".
La littérature proctologique précise encore que la
sexualité anale ne saurait se résumer à la
seule sodomie. Katchandourian et al. (19) relèvent la fréquence
de la masturbation anale pratiquée en tant que préliminaire
ou pour elle-même, avec ou sans introduction digitale. Jay
K. et Young A. (20) rapportent, dans une étude portant sur
962 femmes, que la stimulation anale était considérée
comme un préliminaire de qualité par 25% d'entre elles.
A un degré de plus, assez nombreux sont les articles qui
s'intéressent à l'insertion d'objets et à leur
diversité (légumes de toutes espèces, corne
de buf, verre, pierre, tuyau de douche, canule de lavement,
godemiché, poignée de batte de base-ball, gonflage
à l'aide d'une pompe à bicyclette, air comprimé,
poing
). Tous insistent sur la dangerosité de telles
pratiques qui peut aller jusqu'à la mise en jeu du pronostic
vital (21- 24). Les lavements, en eux-mêmes semblent constituer
une pratique non exceptionnelle. Agnew J. (25) les considère
comme un équivalent masturbatoire ou les intègre dans
le cadre de pratiques sadomasochistes. Il peut s'agir de simples
lavements à l'eau ou de lavements utilisant des drogues,
de l'alcool, de la bière, de l'eau gazeuse, du vinaigre
Greenberg-Englander S. et al. (26) estiment que la satisfaction
érotique peut être le fait de la dilatation colique
ou de la contraction recto-colique lors de l'évacuation.
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CONCLUSION
En conclusion, la sexualité anale n'appartient
pas à l'exceptionnel et dépasse dans son expression
le seul cadre de l'homosexualité masculine. Son exercice
consenti, à condition d'éviter les pratiques instrumentales,
ne semble pas, du point de vue du proctologue, exposer à
des risques fonctionnels sévères. Par contre, les
pratiques à risques peuvent menacer le pronostic vital.
Enfin, mais ce n'est pas là une spécificité
de la sexualité anale mais de la sexualité en général,
il importe de garder présent à l'esprit l'absolue
nécessité de se prémunir contre le risque
de MST.
1 : Dominique Folscheid. Sexe mécanique.
La crise contemporaine de la sexualité. La Table ronde,
Paris, avril 2002. (coll. contretemps) 351 p.
2 : Platon. Les Lois (VIII).
3 : P. Simon, J. Gondonneau, L. Mironer,
A.-M. Dourlen-Rollier (avec la collaboration de C. Lévy).
Rapport sur le comportement sexuel des Français. Paris
: R. Julliard et P. Charron, 1972 (922 p.).
4 : Spira A, Bajos N et le groupe ACSF. Les
comportements sexuels en France. Paris : La Documentation Française,
1993 (352 p.).
5 : Carol Travis, Susan Sadd. The Redbook
Report on Female Sexuality. New York : Delacorte Press, 1977 (177
p.).
6 : Hunt M. Sexual behavior in the 1970's.
New York : Dell (1974).
7 : Bolling
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10 : Engel
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11 : Rakotomalala
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viol anal. Gastroenterol Clin Biol. 1996;20(12):1142-3.
12 : Drossman
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13 : Leroi
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14 : Miles
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15: Chun
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19 : Katchandourian et al. Fundamentals of Human Sexuality. Published
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20 : Jay K., Young A The Gay Report: lesbian and gay men speak
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21 : Nehme
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26 : Greenberg-Englander S. Levine S. (1981) Significance of frequent
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27 : Thierry du Puy-Montbrun.Proctologie et violence sexuelle
: du mythe à la réalité. Hépato-Gastro,
vol. 15, n°3, mai-juin 2008, p. 207-213.
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Voir
les FAQ Proctologie et sexualité
Dr Thierry PUYMONTBRUN
Mis en ligne en Novembre 2002
Mise à jour :décembre 2008
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