PRESENTATION |
ESPACE
PATIENT |
|
|
LES
ARCHIVES |
|
| |
La maladie de Verneuil, du nom du chirurgien qui
l'a décrite en 1854, est aussi appelée hidradénite
ou hidrosadénite suppurative. C'est une inflammation chronique
et suppurante de la peau qui ne touche que les zones du corps
où il existe une certaine variété de glandes
de la sueur appelées glandes apocrines. Ces glandes sont
présentes au niveau de la peau des régions ano-périnéales,
au niveau des plis de l'aine, des aisselles, des mamelons chez
la femme et derrière les oreilles.

Verneuil. 1823-1895.
Professeur de pathologie chirurgicale à la Faculté
de Médecine de Paris. 1867.
Il
s'agit d'une maladie dont la fréquence est mal connue,
estimée par certains à 1 cas pour 300 habitants.
Elle serait moins fréquente chez les asiatiques. La maladie
de Verneuil est à l'origine de 4,7 % des suppurations de
la région ano-périnéale. Il ne s'agit donc
pas d'une maladie rare, et si elle fait partie des maladies dites
orphelines c'est plutôt parce qu'elle est mal connue et
peu étudiée. Elle toucherait plus fréquemment
les femmes (cet élément est cependant discuté),
avec une localisation préférentielle au niveau des
aisselles, alors que la localisation ano-périnéale
serait plus fréquente chez l'homme. Dans la très
grande majorité des cas maladie n'apparaît qu'après
la puberté.
|
| |
Les causes de la maladie de Verneuil sont loin d'être élucidées.
La maladie n'est ni liée à un défaut d'hygiène
ni contagieuse. Il ne s'agit pas d'une maladie primitivement infectieuse,
l'infection microbienne n'est que secondaire.
Des facteurs génétiques ont été mis
en cause, la transmission de la maladie serait autosomique dominante
avec une pénétrance variable ce qui signifie que la
maladie n'est pas systématiquement transmise à toutes
les générations et que d'autres facteurs existent.
Le tabac est considéré comme un facteur favorisant.
Exceptionnellement un traitement par le lithium pourrait être
un facteur déclenchant la maladie.
La
topographie des localisations de la maladie limitée aux
territoires comportant des glandes apocrines a fait naître
plusieurs hypothèses concernant le rôle de ces
glandes dans la genèse de la maladie. Certains ont évoqués
une obstruction du canal par lequel ces glandes s'abouchent
au follicule pileux (figure 1). Cette
hypothèse est malheureusement fausse, la seule maladie
où une telle obstruction existe (maladie de Fox-Fordyce)
a d'ailleurs des symptômes très différents.
D'autres évoquent plutôt une obstruction située
en amont, au niveau du follicule pileux lui même.
La survenue de la maladie après la puberté pourrait
s'expliquer par des désordres hormonaux en particulier
au niveau des hormones mâles appelées androgènes.
Certaines femmes constatent une influence de leurs cycle menstruel
sur les poussées de la maladie. En fait, si la maladie
est bien inexistante chez les eunuques, les dosages hormonaux
réalisés chez les malades ayant une maladie de
Verneuil ne montrent pas d'anomalie. Il pourrait néanmoins
s'agir d'une susceptibilité anormale des glandes apocrines
aux androgènes. |
Figure 1
: Structure d'une glande apocrine.
|
Les maladies associées
La maladie de Verneuil s'accompagne souvent d'autres
maladies de la peau telles que l'acné et la folliculite du
cuir chevelu. L'association à un sinus pilonidal est fréquente.
Elle peut être associée à une maladie de Crohn
ou à une spondylarthrite ankylosante (rhumatisme inflammatoire
de la colonne vertébrale).
|
| |
remonter
:  |
| |
Les signes de la maladie ?
La maladie de Verneuil ano-périnéale
représente 20 % des localisations de la maladie (figure
2). Elle s'associe fréquemment à une atteinte des
plis de l'aine, du scrotum ou de la zone pubienne (90 % des cas),
des aisselles (26 %) (figure 3), de la région située
derrière les oreilles (6 %) ou des mamelons (4 %).
Figure 2 :
Localisation ano-
périnéale de la maladie de Verneuil.
|
Figure 3
: Localisation au niveau
de l'aisselle de la maladie de Verneuil.
|
Le diagnostic n'est quasiment jamais fait à
la phase initiale car les symptômes sont très discrets.
La maladie commence par l'apparition d'un nodule ferme, souvent
violacé, peu douloureux au niveau de la partie la plus
profonde de la peau (l'hypoderme). Ce nodule peut disparaître
spontanément ou persister, et évoluer vers la suppuration
avec formation d'abcès pouvant se rompre pour laisser place
à un ou plusieurs orifices suppurants ou cicatriser, avec
de façon caractéristique des cicatrices prenant
un aspect rétractile dit "en pattes de crabes"
(fig 4). A un stade plus tardif, les lésions se multiplient,
des lésions jeunes cohabitant avec des lésions suppurantes
plus évoluées et des cicatrices. Parfois l'extension
de la suppuration est telle qu'il se forme de véritables
galeries purulentes sous la peau (fig 5).

Figure 4
: Cicatrices en "pattes de crabe" d'une maladie
de Verneuil. |

Figure 5
: Suppurations anopérinéales d'une maladie de
Verneuil. |
|
| |
remonter :  |
| |
Comment faire le diagnostic ?
A un stade avancé, le diagnostic est évident
dès l'examen clinique pour un médecin entraîné.
Au début de la maladie par contre, ce diagnostic est moins
facile. Devant une suppuration ano-périnéale indépendante
du canal anal, le médecin recherchera d'autres localisations
de la maladie, évolutives ou passées évocatrices
de la maladie.
Aucun examen complémentaire ne permet de faire le diagnostic
: les analyses bactériologiques des sécrétions
purulentes sont inutiles et l'histologie (analyse au microscope)
n'est pas spécifique de la maladie.
Quelle évolution ?
La maladie évolue par poussées successives
et imprévisibles. S'il existe des formes bénignes
limitées, il existe aussi des formes très extensives
réellement handicapantes au quotidien. Le risque de septicémie
est nul. Dans les formes négligées, l'infection
peut gagner la profondeur avec formation de fistules rectales,
osseuses ou urétrales. La cancérisation est rarissime
en général, après une très longue
évolution de la maladie (plus de 20 ans).
Les traitements
Le traitement médical est très limité.
Il faut conseiller l'arrêt du tabac. Des antibiotiques peuvent
être prescrits dans les formes mineures, plus pour stopper
une poussée que pour réellement guérir la
suppuration. L'isotrétinoïne, utilisée dans
les formes sévères d'acné, n'est pas efficace.
Les résultats des essais concernant les anti androgènes
ont des résultats peu concluants. Ce type de traitement
n'est utilisable que chez la femme.
En définitive, le seul traitement
efficace est chirurgical. Le simple drainage n'est pas
efficace, la récidive dans le même territoire étant
inéluctable. Le traitement est l'ablation complète
des tissus malades. Ce traitement nécessite parfois un
sacrifice cutané important, il est parfois effectué
en plusieurs temps opératoires. Après cette exérèse
la plaie est le plus souvent laissée ouverte, des soins
locaux sont alors effectués pour assurer la cicatrisation
qui peut prendre de 6 semaines à 4 mois selon l'étendue
des lésions. Quelques opérateurs proposent de recouvrir
cette plaie en utilisant des techniques de chirurgie plastique
(greffe ou lambeau). La colostomie ("anus artificiel")
est en règle générale inutile. Ce traitement
est efficace dans plus de 95 % des cas pour le territoire traité
mais la récidive dans une autre région est toujours
possible.
En Conclusion
La maladie de Verneuil est une cause classique de suppuration
ano-périnéale (4,7 % des suppurations de la région).
Il ne s'agit pas d'une maladie rare mais d'une affection souvent
méconnue, diagnostiquée tardivement qui laisse souvent
le malade comme son médecin désemparés. En
effet la cause précise de la maladie n'est pas bien connue,
ses localisations ano-périnéales sont parfois, à
tort, vécues comme honteuses, et son caractère récidivant
nécessitant des interventions chirurgicales itératives
peut faire des formes sévères de la maladie un réel
handicap.
|
| |
remonter :  |
| |
|
| |
Pour en savoir plus :
- Site internet sur la maladie de Verneuil (http://afrh.ifrance.com/afrh/).
- Dossier thématique "La Maladie de
Verneuil". D. Soudan, T. Puy-Montbrun, F. Pigot.
Le courrier de Colo-Proctologie 2001, vol 2, n°1 : pages 9-19.
- Maladie de Verneuil péri-anale. T Puy-Montbrun,
R Ganansia, J Denis. Proctologie Pratique. Ed Masson 1999.
-
Banerjee A K. Surgical treatment of hidradenitis suppurativa.
Br J Surg 1992; 79: 863-866.
|
| |
|
FAQ MALADIE DE VERNEUIL
|
Dr. Agnès SENEJOUX
Mis en ligne en novembre 2003
|
|
|