PRESENTATION |
ESPACE
PATIENT |
|
|
LES
ARCHIVES |
|
| |
La syphilis est une maladie sexuellement transmissible
mais pouvant se transmettre également de la mère à
l'enfant à partir du 4ème et 5ème mois de la
grossesse (syphilis congénitale) ; la syphilis n'est pas héréditaire
et la notion d'hérédo-syphilis doit disparaître.
Elle peut être associée à d'autres maladies sexuellement
transmissibles notamment à la gonococcie et le VIH qu'il faudra
systématiquement rechercher. |
| |
Classiquement, cette maladie est apparue à
la fin du XVème siècle (il semble qu'elle existait
auparavant sous des formes isolées) sans que l'on sache précisément
d'où elle vient (le rôle des expéditions de
Christophe COLOMB ramenant l'infection n'est pas admis par tous).
La maladie se répandit de façon foudroyante d'abord
en Italie avec les soldats de Charles VIII puis dans les autres
pays. Elle est alors connue sous diverses appellations : mal de
Naples pour les Français, mal français pour les Italiens,
mal polonais, mal castillan, grande vérole et encore mal
vénérien.
Le terme de syphilis est dû à FRACASTOR de Vérone
(1483-1553) qui publia en vers latins en 1530 (traduit en 1753)
l'histoire du berger Syphilus qui, pour avoir offensé Apollon,
fut frappé de cette terrible maladie.
Son incidence avait fortement diminué
en raison de la sensibilité du germe à la pénicilline
et à la pratique du " safe sex ". Malheureusement,
on assiste actuellement à une importante recrudescence (+
62 % entre 1988 et 1996), due peut-être la prostitution en
provenance d'Europe de l'Est mais surtout à l'abandon des
pratiques sexuelles protégées. La fellation qui est
considérée comme étant à peu de risques
pour la transmission du VIH ne l'est pas, par contre, en ce qui
concerne la syphilis. Dans le milieu homosexuel, la pénétration
anale non protégée avec des partenaires dont le statut
HIV est inconnu est en très forte augmentation.

Figure 1 : Ulcérations multiples
de syphilis secondaire
|
| |
Le germe responsable est une bactérie,
le tréponème (treponema pallidum). Il est habituel
de distinguer plusieurs phases : primaire, secondaire, latente,
tertiaire (très rare) mais les anglo-saxons utilisent la
terminologie syphilis récente qui groupe la syphilis primo-secondaire
et la syphilis latente de moins d'un an et syphilis tardive comprenant
syphilis latente de plus d'un an et tertiaire.
|
| |
remonter :  |
| |
1°) la syphilis primaire :
Elle survient après environ 3 semaines d'incubation silencieuse
par l'apparition d'un chancre au point d'inoculation. C'est une
ulcération habituellement unique, arrondie ou ovalaire
de 5 à 15 mm, indurée mais propre et indolore. Au
niveau de l'anus, ce chancre est plus souvent margino-latéral
que canalaire et il peut être douloureux. Il s'accompagne
de ganglions d'un seul côté. Le chancre est très
contagieux car il fourmille de tréponèmes. Spontanément,
il va régresser en une à trois semaines.
2°) la syphilis secondaire :
Elle correspond à la diffusion du tréponème
et survient 6 à 8 semaines (parfois plus) après
le chancre et se caractérise par des lésions cutanéo-muqueuses
très variables :
-
La roséole : petites
tâches rose pâle (5 à 15 mm), disséminées
sur le tronc totalement indolores, elles peuvent passer inaperçues
et vont disparaître très rapidement ;
-
Les syphilides : éruptions
papuleuses siégeant sur le thorax, les membres et leur
présence au niveau de la paume des mains et de la plante
des pieds est très caractéristique. Au niveau
génital et périanal, elles sont souvent érosives
et macérées ;
-
Les plaques muqueuses siègent
sur les muqueuses buccales avec dépapillation de la langue
(en carte de géographie) et au niveau vaginal avec des
plaques de leucoplasie. Il est également classique de
décrire une dépilation des sourcils et une alopécie
récente.
Toutes ces lésions sont indolores et peuvent
s'accompagner de signes généraux divers (fièvre
à 38, céphalées, douleurs musculaires
).
A ce stade, et surtout chez les sujets VIH+, peuvent exister des
formes méningées (le tréponème est
retrouvé dans le liquide céphalo-rachidien dans
40 % des syphilis secondaires) avec accident vasculaire cérébral
transitoire, paralysie de certains nerfs crâniens. Cela
justifie de proposer une ponction lombaire chez ces patients.
Toutes ces lésions de syphilis secondaires sont extrêmement
contagieuses.
3°) La syphilis latente : elle ne s'accompagne
pas de signe clinique mais peut être contagieuse (transmission
mère-enfant ou par piqûre) et elle doit être
traitée.
4°) La syphilis tertiaire a pratiquement disparu.
Il s'agit de forme neurologique majeure avec troubles psychiatriques
importants (ancienne paralysie générale).
5°) Il faut systématiquement rechercher
une maladie sexuellement transmissible associée et en particulier
demander une sérologie VIH.
|
| |
remonter :  |
| |
LE
DIAGNOSTIC BIOLOGIQUE
Si le diagnostic clinique n'est pas toujours
évident, il est facile sur le plan biologique :
- par examen au microscope à fond noir des
frottis du chancre ou des lésions érosives qui montrent
des tréponèmes mobiles. Toutefois, cet examen peut
être perturbé par l'utilisation inappropriée
de topiques sur les lésions avant d'avoir envisager le
diagnostic exact.
- Les tests sérologiques : on associe deux
tests, le TPHA, spécifique des tréponématoses
et le VDRL moins spécifique qui sont positifs à
partir du 7ème et 10ème jour. Avant cette date,
on peut utiliser un autre test, le FTA absorbé qui n'a
d'intérêt que dans les dix premiers jours.
QUELQUES CAS PARTICULIERS
- la femme enceinte : le risque est celui de la
syphilis congénitale à partir du 4-5ème mois
de grossesse. Elle doit être traitée dès sa
découverte.
- Le sujet VIH+ : les lésions cutanéo-muqueuses
peuvent être profuses ; les signes généraux
importants et surtout les formes neuro-méningées
très précoces. Les formes neurologiques tardives
sont d'apparition plus rapide que classiquement. Ceci doit faire
proposer une ponction lombaire à toute syphilis détectée
chez un patient VIH+. Il faut noter que 85 % des syphilis françaises
recensées se voient chez les homosexuels masculins dont
plus de la moitié est VIH+. La majorité des patients
VIH+ ont une réponse sérologique normale mais il
peut exister de rares cas de faux-négatifs ou de faux-positifs.

Figure 2 : Chancre
syphilitique
TRAITEMENT
Il est simple et efficace car le tréponème
est très sensible à la pénicilline. Une seule
injection de 2,4 MU de Benzathine Benzylpénicilline G est
suffisante. Il peut se produire parfois une réaction avec
température, céphalée, myalgies (réaction
d'Herxheimer) toujours bénigne qui n'est pas une allergie
à la pénicilline. On peut également utiliser
1 M U de Benethine pénicilline G plus pénicilline
G (Biclinocilline) pendant dix jours. En cas d'allergie vraie à
la pénicilline, on peut utiliser des macrolides, exemple
Erythromycine 500 mg 4 X par jour pendant 15 jours ou Azithromycine
100 mg/jour pendant 10 jours ou des cyclines sauf chez la femme
enceinte (Doxycycline 200 mg/jour pendant quinze jours).
En cas de syphilis tardive (supérieure à
deux ans), on utilisera Benzathine Benzylpenicilline G 2,4 MU par
semaine pendant trois semaines. Le risque de neuro-syphilis chez
le sujet VIH + a fait proposer un traitement plus agressif si le
liquide céphalo-rachidien est anormal ; c'est alors l'affaire
d'un spécialiste.
Le traitement doit être suivi cliniquement et sérologiquement
au troisième et au sixième mois.
Le traitement préventif : il faut rechercher
systématiquement les partenaires, insister sur les rapports
sexuels protégés, quelque soit leur forme, y compris
la fellation.
CONCLUSION
Devant le grand retour de la syphilis, il faut réapprendre
à la diagnostiquer, toujours rechercher une autre maladie
sexuellement transmissible associée et demander systématiquement
un dépistage du VIH. La syphilis est une maladie bénigne
lorsqu'elle est diagnostiquée et constamment guérie
avec les traitements classiques par la pénicilline.
|
| |
|

|
Pr. Jean DENIS
Mis en ligne en janvier 2003
|
|
|