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VOUS
ALLEZ AVOIR... UNE CHIRURGIE DE FISTULE
ANALE 
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PREAMBULE
Une fistule anale est une communication entre
une glande normalement présente à l'intérieur
de l'anus et la peau de la région péri-anale ou plus
à distance sur la fesse, plus rarement à l'intérieur
du rectum. C'est l'infection de cette glande qui est à l'origine
de la fistule. Son émergence externe au niveau de la peau
(orifice secondaire) se présente le plus souvent comme un
bouton qui ne cicatrise pas, d'où s'écoule un liquide
séro-purulent par intermittence ou en continu (voir fiche
"la
fistule anale").
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Figure 1
: aspect de l'orifice externe d'une fistule anale. Il peut prendre
l'aspect comme ici d'un petit "bouton" par lequel
s'écoule du pus. |
Ce " tunnel" traverse toujours les muscles
de l'anus (les sphincters) à une hauteur variable avant de
s'ouvrir à la peau. La solution la plus simple pour guérir
définitivement une fistule est d'ouvrir le trajet du tunnel
à la peau sur toute sa longueur (mise à plat), ce
qui inclut une section plus ou moins importante de ces muscles.
Or le rôle de ces sphincters de l'anus est de permettre l'évacuation
des selles et surtout les retenir, fonction encore appelée
continence anale. La difficulté du traitement est donc d'obtenir
une suppression définitive de cette fistule tout en limitant
les conséquences éventuelles sur la continence anale,
d'où la proposition d'artifices techniques ou de méthodes
de substitution.
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METHODES DE TRAITEMENT
Le traitement est toujours chirurgical, car les antibiotiques vont
au mieux réduire l'écoulement chronique sans jamais
guérir la fistule. Il peut nécessiter plusieurs interventions
successives si la fistule concerne trop de sphincter ou présente
un trajet complexe qui s'étend dans plusieurs directions.
L'intervention se déroule sous anesthésie générale,
le patient étant installé sur le dos, hanches et genoux
fléchis. Lors du premier temps opératoire, le chirurgien
va tenter de repérer la fistule avec son orifice externe
cutané souvent évident, puis le trajet de la fistule
qui conduit à l'orifice interne toujours situé dans
le canal de l'anus, au niveau d'une glande qui s'est initialement
infectée et a créé la suppuration. Pour cela,
il va injecter de l'air puis souvent un colorant inerte (le bleu
de méthylène).
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Figure 2
: Repérage du trajet fistulaire avec du bleu de méthylène.
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Une fois les deux extrémités
repérées, il va tenter d'introduire dans ce tunnel
une tige métallique souple (un stylet) pour le matérialiser.
Ceci est possible d'emblée si le trajet est simple et direct,
ce qui lui permet d'évaluer la quantité de muscle
(sphincter de l'anus) concerné.
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Figure 3
: Matérialisation de la fistule par un stylet.
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Si la fistule est basse, c'est-à-dire
assez superficielle, une mise à plat d'emblée au bistouri
est possible car elle concerne peu de sphincter, sans conséquence
significative sur la continence anale. Cette ouverture complète
à la peau permet alors un traitement complet de la fistule
dans un seul temps opératoire. Ceci est également
possible si la fistule se dirige uniquement vers l'intérieur
du rectum (fistule inter-sphinctérienne ou intra-murale)
car la quantité de sphincter concerné est là
aussi minime.
Si la fistule est haute, c'est-à-dire plus profonde, ou si
elle présente un trajet complexe avec plusieurs ramifications,
cette mise à plat n'est pas possible d'emblée car
les risques d'entraîner une incontinence secondaire sont trop
importants. Il faut alors disséquer la fistule pour l'enlever,
et assurer un drainage sur un fil élastique (appelé
séton), qui va permettre d'assécher progressivement
les éventuelles ramifications pendant plusieurs semaines
avant la réalisation d'un second temps opératoire.
Cette procédure en deux temps est également privilégiée
lorsque la continence est déjà précaire, par
exemple en présence d'une diarrhée chronique ou un
sphincter anal déjà endommagé.
Trois solutions sont alors possibles
pour traiter la fistule dans un second temps opératoire qui
sera réalisé sous anesthésie générale
après un délai de 6 à 10 semaines. Le choix
entre ces différentes méthodes reste très théorique
car les conditions opératoires et le type de fistule guideront
en pratique votre chirurgien vers la technique la mieux appropriée
à votre cas.
- La première option est une section directe au bistouri
du trajet résiduel (matérialisé par le séton
en place) après s'être assuré qu'il n'existe
plus de suppuration et que le tissu cicatriciel ainsi obtenu soit
assez solide et fibreux pour ancrer le sphincter sur les berges
de la plaie. Une telle section est quelquefois réalisée
par un serrage progressif du fil élastique au cours de consultations
successives. La récidive après cette mise à
plat en deux temps est très rare, au prix d'une petite déformation
séquellaire de l'anus et parfois de troubles limités
de la continence.
- La seconde solution consiste à fermer l'orifice interne
de la fistule dans le canal de l'anus en abaissant la paroi du rectum
en regard (lambeau d'avancement ou " flap "), la plaie
externe cicatrisant progressivement puisque la communication n'existe
plus. Cette technique n'est pas toujours réalisable, et le
taux de récidive est beaucoup plus élevé qu'après
une mise à plat en deux temps. Son principal intérêt
est d'éviter une section des sphincters et donc de limiter
les risques sur la continence anale.
- La troisième possibilité est de tenter d'obturer
la fistule par l'injection d'une " colle biologique "
dans le trajet. Cette nouvelle technique séduisante par sa
simplicité est encore en cours d'évaluation. Elle
n'est pas envisageable dans tous les cas car les conditions doivent
être favorables (trajet simple, direct et assez long), avec
des risques probablement importants de récidive.
Quelquefois certaines fistules complexes, multi-opérées
ou qui surviennent dans le cadre d'une maladie de Crohn peuvent
nécessiter plus de deux temps opératoires et des délais
de drainage plus longs ; la prise en charge relève alors
de services spécialisées en chirurgie proctologique,
avec un traitement adapté au cas par cas.
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Figure 4
: Dissection de la fistule anale. |
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Figure 5
: mise en place d'un élastique souple qui assure le drainage
de l'infection et évite la récidive de l'abcès. |
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LES ECOULEMENTS, LES DEMANGEAISONS ET LA DUREE
DE CICATRISATION SONT LES PRINCIPAUX DESAGREMENTS DE CES INTERVENTIONS.
La première intervention est habituellement
la plus importante, laissant des plaies ouvertes dans la région
périanale dont l'étendue dépendra de l'extension
initiale de la fistule. Ces plaies sont responsables d'un écoulement
qui peut être important les premiers jours.
Le passage des matières fécales sur ces plaies ne
gêne pas la cicatrisation, mais cette situation nécessite
plusieurs bains de siège par jour. Ce suintement permanent
qui persiste jusqu'à l'obtention d'une cicatrisation complète
entraîne volontiers des démangeaisons. Ce phénomène
peut être accentué par la présence d'un fil
élastique, qui ne gène pas la défécation,
mais qui nécessite une hygiène soigneuse. Les douleurs
sont transitoires et souvent modérées, facilement
contrôlées par les anti-douleurs classiques et un
laxatif doux. La durée d'hospitalisation est variable,
n'excédant pas habituellement 3 jours, mais des soins infirmiers
à domicile sont souvent nécessaires pendant 2 à
3 semaines. Un arrêt de travail de 3 à 4 semaines
est donc souvent nécessaire. La cicatrisation complète
demande souvent 6 à 8 semaines.
En cas de seconde intervention, celle-ci est habituellement plus
limitée, avec en conséquence des contraintes moins
importantes et plus courtes. Malgré tout, la durée
classique du traitement complet d'une fistule anale en deux temps
est souvent d'environ 3 mois.
QUELLES SONT LES COMPLICATIONS POSSIBLES
D'UNE CHIRURGIE DE FISTULE ANALE ?
Les risques de récidive d'un abcès
ou d'une fistule dépendent de la technique utilisée
: 2 % dans les techniques de mise à plat, probablement
plus de 20 % (résultats discordants des études)
après une fermeture par lambeau et encore plus élevé
après obturation par une colle biologique (en cours d'évaluation).
Les risques d'altérer la continence anale ne sont pas négligeables.
Cette incontinence concerne surtout l'impossibilité de
retenir les gaz, un suintement intermittent, et la difficulté
à retenir les selles liquides. L'évaluation de ce
risque est encore un sujet à controverses car les études
ne sont pas toutes concordantes. Globalement, ils persistent des
troubles significatifs de la continence à distance de l'intervention
chez au moins 10 % des patients après une mise à
plat surtout en deux temps, un pourcentage beaucoup plus faible
après réalisation d'un lambeau d'avancement comme
à priori avec les colles biologiques.
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Pour en savoir plus
:
Sur ce site :
La
fistule anale par Jean Denis
L'abcès
anal par François Pigot
Drainage
d'un abcès anal : quelles suites opératoires par Ghislain
Staumont
- Garcia-Aguilar
J, Davey CS, Le CT, Lowry AC, Rothenberger DA. Patient satisfaction
after surgical treatment for fistula-in-ano. Dis Colon Rectum 2000 ;43
:1206-1212.
- Pigot F, Siproudhis L. Fistules anales et colles
biologiques. Le Courrier de colo-proctologie 2003 ;4 :117-119.
- Puy-Montbrun
T. Traitement des fistules anales. Gastroenterol
Clin Biol 1998 :22 :B142-7.
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Dr. Ghislain STAUMONT
Mis en ligne en Juin 2006
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