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PROCTOLOGIE
PRATIQUE |
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SINUS
PILONIDAL |
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R. GANANSIA, T. PUY-MONTBRUN,
J. DENIS |
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Le sinus pilonidal représente environ 15 % des suppurations
périanales et 68 % des suppurations indépendantes de
lano-rectum.
Siégeant dans les tissus sous-cutanés du sillon interfessier,
cette cavité infectée occupée par une touffe
de poils communique avec la peau par un ou plusieurs orifices le plus
souvent médians.
Cliniquement, le tableau est tantôt aigu à type dabcès,
tantôt chronique sous la forme dun écoulement persistant
du sillon interfessier. Le traitement relève de la chirurgie.
Sil existe un consensus de la plupart des équipes sur
lexérèse complète du sinus pilonidal, des
divergences demeurent entre adeptes de la cicatrisation dirigée,
dont nous faisons partie, et de la fermeture cutanée directe
ou par plastie.
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Le sinus pilonidal est une cavité pseudo-kystique
à bords granulomateux située dans le tissu sous-cutané
du sillon interfessier en regard du coccyx et du sacrum. Cette cavité
communique avec la peau par un ou plusieurs conduits épidermisés
qui souvrent au niveau de minuscules orifices (fossettes)
siégeant sur la ligne médiane. Elle contient des poils
dépourvus de follicules pileux. Le sinus pilonidal est le
siège dune suppuration réalisant un abcès
qui se fistulise secondairement à la peau de façon
souvent latéralisée. Il représente environ
9,1 % des suppurations de la région anale et près
de 68 % des suppurations indépendantes de lano-rectum.
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Étiopathogénie |
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Depuis les descriptions dAnderson puis
de Hodges en 1880, le débat nest pas complètement
terminé entre les théories acquises et congénitales.
Dans la théorie congénitale, les fossettes sont des
cicatrices embryologiques et la cavité, la résultante
dun défaut de coalescence, au niveau du raphé
médian, du tissu sous-cutané dérivé
du feuillet embryologique mésoblastique.
Dans la théorie acquise, la pression des masses fessières
favorise la rupture des poils et leur pénétration
dans la peau du sillon interfessier. Linclusion des poils
crée une réaction à corps étranger responsable
de la cavité à paroi granulomateuse.
Si la théorie acquise prévaut actuellement dans la
littérature, elle ne rend pas compte de lexistence
de fossettes identiques chez lenfant avant lapparition
de la pilosité, ni des 38 % de formes familiales. Elle justifie
par contre lexistence de formations identiques au sinus pilonidal
observées au niveau des espaces inter-digitaux chez les coiffeurs
et les tondeurs. Lhypothèse congénitale à
linverse napporte pas dexplication à la
présence de poils dans la cavité.
La réalité est probablement mixte : pénétration
des poils au niveau des fossettes congénitales, soit dans
une cavité sous-cutanée dorigine embryologique,
soit directement dans le tissu sous-cutané créant
une cavité par réaction à corps étranger.
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fig. 1 Sinus pilonidal avec orifices
médians évidents et touffe de poils. |
Clinique |
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Une prédisposition familiale a été
évoquée devant lexistence de cas familiaux dans
38 % des cas.
Laffection survient dans plus de 75 % des cas chez lhomme,
entre 16 et 24 ans. Elle atteint classiquement des sujets bruns
à pilosité abondante et à peau grasse, mais
ces caractéristiques physiques sont inconstamment retrouvées
dans la littérature.
Comme toutes les suppurations, le sinus pilonidal peut se présenter
sous une forme aiguë ou chronique.
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Sous la forme dune tuméfaction
dapparition rapide, inflammatoire et douloureuse siégeant
dans le sillon interfessier, elle ne pose guère de problème
diagnostique. À linverse, si la tuméfaction
est latéralisée ou para-anale, elle peut évoquer
un abcès anal ou de la fesse, quil faudra éliminer
en sassurant de lintégrité du canal anal
et en recherchant les fossettes médianes qui permettent le
diagnostic.
Lévolution spontanée se fait vers la régression
ou louverture spontanée qui libère le contenu
purulent et pilaire de labcès.
La forme aiguë est souvent inaugurale mais peut aussi venir
émailler lévolution dune forme chronique.
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Elle peut survenir demblée ou le
plus souvent au décours de lépisode aigu.
Une secrétion purulente ou séro-purulente sécoule
soit par une des fossettes médianes, soit par un ou plusieurs
orifices de fistulisation de labcès, le plus souvent
latéralisés.
Ces orifices secondaires posent des problèmes diagnostiques
lorsquils sont multiples évoquant une maladie de Verneuil
ou quand ils sont situés en position péri-anale suggérant
une fistule anale simple ou en fer à cheval. Là encore,
lintégrité de la ligne des cryptes au toucher
anal et en anuscopie, la recherche des fossettes médianes
et la palpation dun cordon induré remontant vers une
fossette à partir dun orifice de fistulisation permettent
le diagnostic.
Des accidents évolutifs exceptionnels ont été
décrits : choc toxi-infectieux dans les formes aiguës,
cancérisation dans des formes chroniques dévolution
très prolongée.
Il faut enfin signaler que le sinus pilonidal peut dans 5 % des
cas siéger au niveau du raphé médian antérieur.
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fig. 2 Micro-orifices
avec un seul poil. |
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fig. 3 et 4 Orifice
secondaire latéralisé ; la pression fait sourdre une
goutte de pus au niveau de la fossette médiane. |
Traitement |
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Le traitement du sinus pilonidal est essentiellement
chirurgical, lantibiothérapie seule étant inefficace
pour guérir laffection et ne se concevant quen
prophylaxie péri-opératoire. La découverte
et le traitement de germes anaérobies ne modifient pas le
taux des complications postopératoires.
De nombreuses modalités techniques ont été
proposées pour traiter cette affection.
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Les traitements « à minima » |
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Lincision simple
Pratiquée sous anesthésie locale,
en consultation, elle permet à la phase dabcès
de soulager le patient et de programmer le geste curateur «
à froid » . En effet, lincision simple saccompagne
de plus de 50 % de récidives à court terme.
Le curetage-phénolisation
Dérivé de la technique de Lord-Millar,
il consiste, après anesthésie locale et élargissement
à laide dune pince de lorifice de fistulisation,
à cureter puis à brosser la cavité pour la
débarrasser de son contenu. Elle est alors remplie, à
laide dune seringue à insuline, dacide
phénique pur qui est aspiré deux minutes plus tard.
Un nouveau curetage est ensuite réalisé.
Si les résultats à court terme semblent satisfaisants,
le taux de récidive à deux ans atteint déjà
25 à 30 %.
Le drainage filiforme par séton
Il consiste après cathétérisme
des différents trajets à mettre en place un lien élastique
de drainage qui est laissé 6 à 8 semaines. Le drainage
favoriserait la réduction de volume de la cavité,
sa superficialisation permettant dans un deuxième temps sous
anesthésie locale lexcision du couvercle cutané
et la cicatrisation par seconde intention. Les pourcentages de récidive
de cette technique demeurent inconnus.
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Les techniques dexcision |
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Le premier temps commun à toutes ces
techniques est lexcision large de la totalité du sinus
pilonidal sous anesthésie générale, locorégionale
ou locale. Il sagit denlever tous les orifices, les
différents trajets et la totalité de la cavité.
Cette éxérèse est facilitée par linjection
de bleu de méthylène par les orifices primaires ou
secondaires.
Le plan de clivage est profond au niveau de laponévrose
rétro-sacrée qui doit être respectée
pour éviter le risque dostéïte.
Au décours de cette excision, de nombreuses techniques de
fermeture ont été proposées dans le but de
réduire le temps de cicatrisation :
fermeture partielle par marsupialisation ;
fermeture complète par suture directe en un plan par
des points de Blair-Donati ou par des points obliques ;
plasties cutanées : elles ont aussi pour but de modifier
lanatomie du sillon interfessier considéré comme
responsable de laffection. Il peut sagir de plasties
en Z, en W, LLL, en V-Y, plasties rhomboïdales, lambeau de
Karydakis ou de Schrudde III.
Toutes ces techniques déxécution délicate
comportent des risques de nécrose cutanée et de récidives
de 0 à 28 % dans des séries dont le suivi est inférieur
à trois ans, ce qui reste insuffisant pour apprécier
la presque totalité des récidives.
Notre préférence reste à léxérèse
à ciel ouvert avec cicatrisation de seconde intention. Après
excision large, la plaie est laissée ouverte et nettoyée
pluri-quotidiennement à laide dantiseptiques
locaux. Le patient est revu tous les 15 jours pour un éventuel
curetage et/ou nitratage de la plaie et un contrôle de la
cicatrisation afin déviter les accollements de surface,
sources de récidives. La cicatrisation en règle peu
douloureuse survient environ deux mois après lintervention
en laissant une cicatrice linéaire et souple. Le pourcentage
de récidive dans notre expérience et dans celle dautres
travaux de la littérature est inférieure à
5 % avec un recul minimum de trois ans.
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fig. 5 Schéma
en coupe de la plaie. Les berges doivent être biseautées
en pente douce. |
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fig. 6 Aspect final
de la plaie après hémostase soigneuse. |
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