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PROCTOLOGIE
PRATIQUE |
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MALADIE
DE VERNEUIL PÉRI-ANALE |
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T. PUY-MONTBRUN, R.
GANANSIA, J. DENIS |
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La maladie de Verneuil ou hidradénite suppurative est une inflammation
chronique suppurante se développant dans les régions
où sont localisées les glandes apocrines. Décrite
pour la première fois par Velpeau en 1835, elle fut isolée
en tant que telle par Verneuil en 1854. Cest une affection rare
puisquelle ne représente que 2 % de lensemble des
suppurations ano-rectales. Sa pathogénie reste discutée
et son traitement demeure chirurgical.
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Hypothèses
pathogéniques |
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La maladie de Verneuil apparaît dans le
territoire des glandes apocrines. Celles-ci sont situées
dans les régions ano-périnéo-inguinales, mammelonnaires,
axillaires et rétro-auriculaires. Cette topographie restreinte
des glandes apocrines soppose à celle ubiquitaire des
glandes eccrines. À linverse de ces dernières
qui possèdent un canal excréteur propre sabouchant
directement à la surface de lépiderme, les glandes
apocrines abouchent leurs canaux excréteurs dans lappareil
pilosébacé et il est essentiel de noter la même
origine embryologique des trois éléments que sont
le poil, la glande sébacée et la glande apocrine.
On retiendra aussi que ces glandes apocrines possèdent une
5 a-réductase de la testostérone
et nacquièrent leur caractère fonctionnel quà
partir de la puberté doù labsence de maladie
de Verneuil avant cet âge.
La prévalence de lhidradénite suppurative est
difficile à préciser. De plus, sa possible association
à une maladie de Crohn (et peut-être plus largement
à une maladie granulomateuse) ou à des lésions
arthritiques comme la spondylarthrite ankylosante complique encore
les interrogations sur sa nature.
Les questions essentielles concernant lhidradénite
suppurative sont schématiquement de deux ordres. Le premier
est de savoir si on peut réduire cette affection à
une maladie
primitivement suppurative. Le deuxième porte sur les glandes
apocrines elles-mêmes et il sagira de comprendre par
quel mécanisme elles interviennent.
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Maladie de Verneuil et infectiologie |
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Il est admis que la maladie de Verneuil nest
pas initialement une maladie infectieuse : linfection nest
quun phénomène secondaire sans agent infectieux
initial et causal et de multiples germes sont mis en évidence.
Le rôle plus spécifique du Streptococcus milleri
na pas été confirmé. Une prévalence
élevée de sérologie positive à Chlamydia
trachomatis na pas été retenue en tant que
facteur initiateur. On doit par ailleurs noter linefficacité
du traitement antibiotique pour éradiquer la maladie.
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fig. 1 Lésions
cicatricielles déformant le périnée et les deux
fesses. |
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Maladie de Verneuil et glandes apocrines |
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Il est exact que laffection ne sobserve
que dans le territoire de ces glandes dont le canal excréteur
sabouche dans un infundibulum du follicule pileux. Létude
histologique des pièces dexérèse de maladie
de Verneuil nest daucun secours pour la compréhension
du rôle des glandes apocrines. La mise en évidence
de labsence de différence en nombre et taille des glandes
apocrines chez les sujets sains et ceux atteints dhidradénite
suppurative a alors amené à penser que la lésion
initiale portait sur une oblitération du canal excréteur
de la glande conduisant à sa rupture. Cette hypothèse
a été infirmée car la seule affection connue
où existe une oblitération de ce canal, la maladie
de Fox-Fordyce, a une expression clinique tout à fait différente
de celle de la maladie de Verneuil. Lhypothèse dune
anomalie de lépithélium folliculaire a alors
été avancée par certains en raison sans doute
de lassociation connue entre maladie de Verneuil, acné
et folliculite (triade acnéique) et aussi de celle beaucoup
plus rare et peut-être fortuite entre maladie de Verneuil
et maladie de Dowling-Degos qui associe des lésions pigmentées
des plis à une pathologie folliculaire (acné, comédon).
Labsence defficacité de lisotrétinoïne
réfute cette hypothèse.
La notion dandrogéno-dépendance amène
immanquablement à évoquer là encore lassociation
maladie de Verneuil-acné. On sait que les glandes apocrines
ne deviennent fonctionnelles quà la puberté
et quelles contiennent une 5 a-réductase
de la testostérone. Ce caractère hormono-dépendant
a justifié le traitement anti-androgénique des lésions
de la maladie de Verneuil chez la femme dont les effets ne sont
que suspensifs.
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Maladie de Verneuil et génétique |
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Des arguments semblent exister pour
faire de la maladie de Verneuil une affection génétique
à transmission autosomique dominante. Les études familiales
montrent que lon retrouve dans la descendance de patients
atteints de maladie de Verneuil, des sujets présentant soit
une maladie de Verneuil soit une association maladie de Verneuil-acné.
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Maladie de Verneuil et association à une maladie
granulomateuse (maladie de Crohn) ou à des lésions arthritiques
(spondylarthrite ankylosante) |
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Ces associations posent la question de lexistence
dun éventuel facteur pathogénique commun à
ces différentes maladies à moins quil ne sagisse
là que de simples coïncidences.
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fig. 2 Association
maladie de Crohn (lésions périnéales) et maladie
de Verneuil (lésions fessières). |
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| De ces différentes
hypothèses pathogéniques, on peut retenir
que la maladie de Verneuil nest pas une maladie
infectieuse, quelle nest pas liée
à une obstruction du canal excréteur de
la glande apocrine, quelle nest pas une
variante de lacné, quelle est androgéno-dépendante
et génétiquement transmissible. Ces arguments
joints à la notion dunicité embryologique
entre glandes apocrines, glandes sébacées
et follicules pileux permettent denvisager que
la maladie de Verneuil ne serait peut-être quun
mode dexpression dune anomalie du bourgeon
épithélial primaire tel que le définit
Pinkus. En fonction de la pénétrance dune
anomalie génétique initiale, on observerait
une expression clinique plus ou moins complète,
associant à des degrés différents
une atteinte apocrine et/ou sébacée et/ou
pileuse. Mais beaucoup reste à entreprendre avant
que ne soient résolues toutes les interrogations
que pose lorigine de la maladie de Verneuil. |
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Tableau 1 Origine commune
des glandes apocrines, sébacées et des follicules pileux. |
Clinique |
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La localisation périnéo-fessière
isolée ne se rencontre que dans 20% des cas ; le plus souvent
elle est associée à dautres localisations :
inguino-scroto-pubienne (90%), axillaire (26%), nuque (16%), région
rétro-auriculaire (6%), mammelon (4%), toutes ces localisations
pouvant bien sûr sassocier entre elles.
Le début de la maladie se fait aux alentours de la trentième
année, certaines études notant une prédominance
masculine, dautres une prédominance féminine.
Il est rare dobserver la maladie de Verneuil à son
début et habituellement on est en présence dun
aspect morphologique tout à fait caractéristique associant
des formes jeunes à des formes chroniques.
La forme jeune
La lésion élémentaire est
un nodule hypodermique, dur, bien circonscrit, mobile sur les plans
profonds, violacé et peu sensible. Ce nodule peut être
unique ou multiple, confluant alors en placards bosselés.
Sa régression spontanée est possible mais rare et
le plus souvent il va souvrir à la peau, laissant sécouler
un liquide séro-purulent.
La phase détat
La lésion élémentaire va
être lobjet de phénomènes suppuratifs
secondaires avec phases de résolution et phases cicatricielles.
Lextension sous-cutanée et lapparition de nouvelles
localisations finissent par former un placard avec de multiples
orifices suppurants communiquant entre eux, creusant des trajets
et réalisant un véritable clapier purulent sous-cutané.
Des lésions dâges différents coexistent
avec des cicatrices de type chéloïde, « en patte
de crabe ». Cette localisation périnéo-fessière
peut sétendre à la région coccygienne,
au scrotum, aux plis inguinaux, au pubis, lensemble étant
tout à fait caractéristique de la maladie de Verneuil.
Le diagnostic, ici, ne pose guère de difficulté. En
revanche, une forme jeune réduite à un ou deux nodules
inflammatoires est beaucoup plus trompeuse. Cest ici que prend
toute sa valeur la recherche et la découverte dautres
localisations à distance (creux axillaire, nuque, région
rétro-auriculaire, mamelon).
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fig. 3 Lésions
chroniques. |
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fig. 4 Cicatrices chéloïdiennes
réalisant laspect « en patte de crabe ». |
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fig. 5 Association
de lésions cicatricielles et évolutives péri-anales. |
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fig. 6 Multiples orifices
communiquant entre eux par des galeries sous-cutanées. |
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Labsence de communication avec le canal anal
I faut noter l'absence de communication avec
le canal anal : sauf chez les malades déjà opérés
où une telle communication, si elle existe, est de nature
iatrogène.
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fig. 7 Lésions
chroniques cicatricielles et suppuration aiguë. |
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Lexamen bactériologique
Lexamen bactériologique na
pas démontré son intérêt pratique et
de multiples germes ont été trouvés : Streptococcus
viridans, beta hemolytique, milleri.
Lévolution
Elle se fait par poussées, différents
territoires étant successivement atteints ; les complications
sont exceptionnelles de nos jours : septicémie, amylose,
dégénérescence sous forme de cancer épidermoïde
(en fait lié au facteur irritatif et non à la maladie
de Verneuil en elle-même). Lavenir est imprévisible
en raison de lapparition toujours possible de nouvelles localisations,
le tout pouvant réaliser une maladie invalidante.
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fig. 8 Lésions
axilliaires caractéristiques. |
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fig. 9 Lésions
inguino-scrotales. |
Diagnostic
différentiel |
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Cest celui de toutes les suppurations
cutanées mais elles sont en fait bien différentes
cliniquement : furoncles, anthrax ont un autre contexe ; lacné
conglobata est une affection sébacée (triade acnéïque)
; le sinus pilonidal atteint des sujets plus jeunes mais peut être
associé et rentrer dans le cadre de la tétrade acnéïque.
Les autres suppurations sont plus rares : périnée
tuberculeux, amibiase péri-anale, actinomycose. La fistule
anale vraie est fondamentalement différente par son origine
intra-canalaire, sa communication avec le canal anal, son aspect
plus localisé.
La maladie de Crohn doit être évoquée car elle
peut donner également des suppurations multiples superficielles
mais le contexte est habituellement très différent
encore que des associations maladie de Verneuil et maladie de Crohn
aient été décrites.
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Traitement |
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Le traitement médical nest
pas efficace sauf peut-être en cas de forme mineure prise
au tout début où lon peut espérer stopper
une poussée par une antibiothérapie qui, de toute
façon, ne pourra prétendre assurer une guérison
définitive. Il en va de même pour le traitement anti-androgénique
qui a été proposé chez la femme. Enfin, rappelons
que lisotrétinoïne demeure sans effet.
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Il faut pratiquer lexérèse
de toutes les lésions apparentes au bistouri électrique,
en passant au large des lésions, en tissu sain et en emportant
la peau et les tissus cellulaires sous-jacents.
Ce décollement des plans profonds est habituellement facile.
Linjection de bleu de méthylène par les différents
orifices permet de repérer déventuelles fusées
plus profondes jusquau plan musculo-aponévrotique,
ou en cas de malade polyopéré, de trouver dinhabituelles
communications iatrogènes avec le canal anal ou le bas rectum.
La quantité de tissu malade enlevé est parfois impressionnante
et on peut être amené à segmenter les temps
opératoires en cas de lésions trop étendues.
Une fois lexérèse pratiquée, on peut
:
laisser les plaies ouvertes et la cicatrisation se faire
par granulation ; cette cicatrisation sera longue nécessitant
des soins post-opératoires bi-quotidiens mais elle sera de
bonne qualité. Cette méthode a notre préférence
;
utiliser les techniques de chirurgie plastique soit différées,
soit immédiates en recourant à des greffes ou des
plasties avec leurs différentes variantes.
Dans tous les cas, il est indispensable de prévenir le patient
de la possibilité de survenue de nouvelles localisations.
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Conclusion |
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La maladie de Verneuil dans sa localisation
périnéo-fessière réalise une suppuration
chronique, souvent massive, invalidante dont la nature nest
pas encore claire et dont le traitement est actuellement encore,
exclusivement chirurgical.
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fig. 10 Forme très
délabrante et invalidante. |
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