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LABORATOIRE |



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PROCTOLOGIE
PRATIQUE |
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LÉSIONS
ANALES ET PÉRI-ANALES DE LA MALADIE DE CROHN |
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J. DENIS, R. GANANSIA,
T. PUY-MONTBRUN |
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Les localisations anales et péri-anales au cours de la maladie
de Crohn sont fréquentes, parfois inaugurales et alors souvent
de diagnostic difficile. Leur évolution est variable : régressive
ou prolongée, pouvant saggraver avec de gros délabrements
muco-cutanés, musculaires modifiant considérablement
larchitecture ano-rectale.
Par ailleurs, ces lésions semblent avoir un pouvoir évolutif
autonome : un traitement peut parfaitement être efficace sur
la localisation intestinale alors que les lésions ano-périnéales
continuent dévoluer pour leur propre compte.
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Historique |
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En 1913, Dalziel décrit neuf cas de lésions
intestinales compatibles avec le diagnostic de maladie de Crohn.
En 1921, Gabriel découvre des granulomes à cellules
géantes dans lhistologie des fistules anales non tuberculeuses.
En 1932, Crohn, Ginsburg et Oppenheimer isolent liléite
terminale inflammatoire qui portera dès lors le nom de maladie
de Crohn. En 1934, Bissel suggère la relation étiologique
entre la maladie de Crohn et les lésions anales, fistules
ou abcès, qui lui sont souvent associées, relation
confirmée par Penner et Crohn en 1938. Morson et Lockhart-Mummery,
en 1959, retrouvent des granulomes giganto-cellulaires dans les
lésions anales de patients atteints de maladie de Crohn.
En 1965, Gray et Lockhart-Mummery, montrent quune lésion
anale isolée peut être la manifestation initiale de
la maladie de Crohn.
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Épidémiologie |
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Si la prévalence globale de la maladie
de Crohn intestinale est très variable dun pays à
lautre, (plus fréquente en Amérique du Nord
et en Europe du Nord), il ne semble pas y avoir de différence
significative ni géographique, ni en fonction de lâge
et du sexe en ce qui concerne les lésions ano-périnéales.
La prévalence des lésions anales de la maladie de
Crohn est très variable dune étude à
lautre (22 % à 82 %). Cette variation peut être
expliquée par la rigueur de lexamen, les critères
dinclusions, les effets centres (chirurgie, gastro-entérologie,
proctologie) et peut être aussi par une variation dans lhistoire
naturelle de la maladie : en 1938 Penner et Crohn notaient 18,2
% de lésions ano-périnéales, alors quen
1991, Palder en trouve 61,5 %.
Les lésions anales sont quasi constantes en cas de lésions
rectales, très fréquentes en cas datteintes
coliques (environ 70 %) alors quelles sont plus rares dans
les formes iléales pures (30 %).
Par ailleurs, les lésions anales peuvent être cliniquement
inaugurales et amener à la découverte de lésions
intestinales, ou précéder de plusieurs années
les autres localisations de la maladie de Crohn et donc apparaître
isolées avec des différences considérables
dune série à lautre de 9,3 à 50
% (dans notre expérience personnelle : 23,9 %).
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Aspects
cliniques |
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Nous nenvisageons que les lésions
liées à la maladie de Crohn et non celles, aspécifiques,
qui peuvent se rencontrer chez nimporte quel patient ayant
des troubles du transit, ou des causes irritatives variées.
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Les lésions purement cutanées |
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Les métastases cutanées péri-anales
Il existe rarement de véritables «
métastases » cutanées péri-anales, nodules
érythémateux sensibles séparés du canal
par une zone saine dont le diagnostic ne peut être fait que
par lexamen histologique. Ces lésions sont à
distinguer des manifestations cutanées non spécifiques
comme lérythème noueux ou le pyoderma gangrenosum
qui sont exceptionnels dans la zone péri-anale et surtout
les lésions de type eczématiforme induites par la
diarrhée et entretenues par le grattage.
Les marisques
Elles se distinguent des marisques habituelles
car très inflammatoires, démateuses. Parfois
appelées à tort condylomes, elles sont très
souvent associées à des ulcérations sur leur
face interne. La biopsie peut apporter un élément
de diagnostic précoce.
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Il peut sagir de fissures atypiques,
latérales, à fond légèrement sanieux,
habituellement peu douloureuses, souvent associées à
des marisques inflammatoires.
Plus souvent, ce sont des ulcérations larges, extensives,
à bords décollés et irréguliers, épaissis.
Elles peuvent être purement cutanées ou purement canalaires
mais elles sont fréquemment mixtes, débordant dans
le bas rectum ou elles peuvent être térébrantes,
nécrotiques (« cavitating ulcer »), être
source de surinfection et aboutir à des suppurations complexes
et délabrantes. Ce type dulcération mixte peut
être très douloureux.
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Les fistules anales vraies
Linfection à pour point de départ
une glande dHermann et Desfosses, lorifice primaire
se situant donc au niveau dune crypte de Morgagni. Ces fistules
dapparence banale peuvent présenter des lésions
histologiques spécifiques, sintégrant réellement
dans le cadre de la maladie de Crohn. Pour certains, les fistules
« vraies » observées dans la maladie de Crohn
auraient plus souvent des trajets musculaires hauts situés
par rapport aux fistules « banales », non spécifiques.
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fig. 1 Ulcération
creusante, bordée par une marisque démateuse. |
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fig. 2 Ulcérations
multiples, superficielles de la marge anale. |
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fig. 3 Ulcérations
extensives, se prolongeant dans le canal anal. |
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Les suppurations dont le point de départ est une ulcération
Si lulcération est marginale, le
trajet est presque toujours superficiel avec souvent dimportants
décollements cutanés.
Si elle est à point de départ canalaire ou rectal,
le trajet peut être simple mais il est le plus souvent complexe,
parfois mutilant sur le plan sphinctérien et architectural.
Lorsque lulcération se situe au niveau de la paroi
antérieure du rectum, elle peut donner naissance à
une fistule recto-vaginale.
Les fistules ano-vulvaires, ano-vaginales et
recto-vaginales
Elles peuvent avoir différentes origines
:
soit elles sont de réelles fistules anales antérieures
dont le point de départ se situe au niveau de la ligne pectinée
mais dont lorifice externe est pré-vulvaire réalisant
en fait une fistule ano-vulvaire ;
soit elles se développent à partir dulcérations
basses, canalaires ou cutanées, donnant des trajets superficiels
dune fistule ano-vaginale ;
soit elles peuvent avoir pour origine une ulcération
haut située dans la paroi antérieure du rectum, réalisant
une vraie fistule recto-vaginale avec des trajets souvent irréguliers
et délabrants.
Radcliffe trouve 2,5 % de fistules ano-vulvaires, 52,5 % de fistules
ano-vaginales et 45 % de fistules hautes, recto-vaginales.
Les techniques dimagerie médicale
Elles peuvent être utiles dans les lésions
suppurées, notamment léchographie endo-anale
et lIRM (avec antenne rectale) qui peuvent parfois découvrir
un abcès profond méconnu
cliniquement.
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fig. 4 Ulcérations
multiples, profondes, avec pont cutané. |
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fig. 5 Suppuration
superficielle à partir dune ulcération marginale. |
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fig. 6 Suppuration
complexe, à trajets profonds, multiples dont lorigine
se situe dans une ulcération du bas rectum. |
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Les sténoses du canal anal ou du bas rectum |
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Elles peuvent être le terme évolutif
dune ulcération ou dune fissure ancienne ou apparaître
indépendamment. Leur siège peut être canalaire
(40 %), rectal (34 %) ou mixte (26 %). Elles peuvent être
inflammatoires ou fibro-scléreuses, réalisant un véritable
diaphragme extra-muqueux.
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Fréquence des différentes lésions |
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La fréquence de ces différentes
lésions les unes par rapport aux autres varie beaucoup dune
série à lautre en raison du recrutement personnel
de chaque équipe. Les fissures semblent les plus fréquentes
dans les séries de Buchmann (72 %) et de Lockhart-Mummery
(41,5 %). Dans dautres séries, les fistules sont majoritaires
(61,6 à 96,5 %). Chez lenfant, Palder note 51 % de
fissurations, 28 % de suppurations, 35 % de marisques. Les lésions
ulcéreuses sont plus fréquentes dans les atteintes
iléales (58 % vs 22 % pour le rectum) ; les formes suppurées
sont plus fréquentes en cas datteinte colique et surtout
rectale (88 % vs 12 % pour latteinte iléale).
Lassociation de plusieurs types de lésions est un argument
diagnostique en faveur de la maladie de Crohn. Sa fréquence
varie de 8 à 44,5 %. Dans notre expérience portant
sur 54 patients consécutifs opérés en 1995-1996,
elle est de 64,8 %.
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Classification |
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De multiples tentatives de classification
des lésions ont été faites.
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Classification pronostique |
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On distingue deux types de lésions
:
les lésions mineures qui regroupent les lésions
cutanées et endo-canalaires basses de traitement et de pronostic
favorable ;
les lésions majeures : suppurations profondes, complexes,
ulcérations extensives associées à des sténoses,
fistules recto-vaginales dont le traitement est souvent très
difficile et le pronostic sombre.
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Première classification de Hughes |
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La première classification de
Hugues à visée pathogénique distingue des lésions
primaires : fissurations, ulcérations creusantes, marisques
et des lésions secondaires mécaniques et infectieuses,
conséquence évolutive des lésions primaires.
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Deuxième classification de Hughes |
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La deuxième classification de
Hughes ou classification de Cardiff revient à un bilan anatomique
avec trois rubriques de base identifiées par des lettres
majuscules :
U (Ulcération) ;
F (Fistule) ;
S (Sténose).
À lintérieur de ces rubriques sont introduits
des sous groupes (identifiés par des chiffres et des lettres
minuscules) qui peuvent donner une idée de limpact
clinique et de la difficulté thérapeutique. Sy
ajoute une classification complémentaire (dite APD) incorporant
les lésions anales associées (par exemple hémorroïdes),
lexistence dune atteinte intestinale proximale et le
degré dactivité de la lésion anale.
Cette classification complexe peut être
simplifiée par exemple :
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U
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F
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S
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0 absent
1 superficielle
2 profonde |
0 absent
1 superficielle
2 haute/complexe |
0 absent
1 spasme / membrane
2 sévère / fibrose |
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fig. 7 Suppuration
complexe, dorigine profonde, avec marisques oedémateuses
et début de destruction du canal anal. |
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fig. 8 Fistule ano-vulvaire
; destruction importante au niveau de la fourchette. |
Diagnostic
positif |
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Il est facile sil existe dautres
localisations connues de la maladie de Crohn ou si les lésions
anales, évocatrices, ont permis de découvrir les autres
localisations de la maladie. Lexamen histologique peut être
également très évocateur avec lexistence
de follicules giganto-épithélioïdes profonds
sans nécrose caséeuse.
Il est parfois plus difficile quand la lésion anale est isolée.
Là encore toute lésion suspecte, même isolée,
nécessite un prélèvement pour examen histologique
qui permettra de retrouver un granulome épithélioïde
et giganto-cellulaire et dévoquer le diagnostic de
maladie de Crohn dans 30 à 40 % des cas (dans notre expérience
le diagnostic histologique est positif dans 60 % des cas).
Cependant, il peut ne pas y avoir dargument histologique formel
et seul laspect clinique et lévolution souvent
prolongée permettront de rattacher la lésion à
la maladie de Crohn.
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Diagnostic
différentiel |
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On distinguera ces lésions de
la marisque banale, de leczéma, de la maladie de Paget,
de la maladie de Bowen, de la forme verruqueuse dun cancer
épidermoïde en saidant des examens histologiques.
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La fissure anale vraie avec son syndrome
douloureux typique et contracture sphinctérienne.
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Il faut éliminer une lésion
tuberculeuse, un herpès extensif, un chancre syphilitique,
plus rarement une ulcération due, à lamibiase,
à un cancer ulcéré ou tout simplement à
un traumatisme. Certaines ulcérations aspécifiques
du sida ressemblent de très près à des lésions
crohniennes mais dans un contexte clinique très évocateur.
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Ici il faut éliminer un cancer
colloïde à forme fistuleuse, typique par sa sécrétion
en grain de tapioca et surtout par lexamen histologique. La
fistule tuberculeuse, se différencie par le contexte, lépidémiologie,
les examens bactériologiques, la présence de caseum
; si elle est peu fréquente actuellement en Europe, elle
reste un diagnostic différentiel important dans certaines
populations vivant dans des conditions socio-économiques
difficiles ou de patient atteint
dimmunodéficience acquise.
Les suppurations dont le point de départ est une ulcération
cutanée peuvent encore faire discuter une maladie de Verneuil
: lassociation des deux maladies a été décrite
sans que lon puisse en apprécier lexacte fréquence
et la relation qui existe réellement entre les deux affections
(prédisposition génétique ? Facteur hormonal
?).
Devant toute lésion anale, il ny a pas toujours dargument
clinique décisif pour affirmer le diagnostic de maladie de
Crohn. Lexamen histologique napporte pas toujours la
preuve formelle car le granulome giganto-cellulaire est inconstant
et non spécifique (il se différencie de celui observé
dans les réactions à corps étrangers et dans
la tuberculose où existe une nécrose caséeuse).
Le diagnostic repose alors sur un faisceau déléments
cliniques, histologiques, évolutifs, et sur lélimination
des autres étiologies.
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fig. 9 Fistule recto-vaginale,
multiples ulcérations de la marge. |
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fig. 10 Fistule ano-vaginale
: lorifice anal est superficiel, lorifice vaginal est
profond. |
Évolution |
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Lévolution spontanée
est marquée sur le plan général par une longue
succession de poussées et de rémissions. Le bilan
complet et la surveillance de la maladie sont utiles pour le pronostic
et le traitement des lésions anales. Pour beaucoup dauteurs,
les lésions anales ne semblent pas liées au degré
dactivité de la maladie sur plan intestinal.
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Les lésions peuvent guérir
spontanément, rester asymptomatiques ou stables pendant des
années. Daprès Buchmann, le pronostic des lésions
anales est relativement bon, car sur une série de 23 fistules
et 53 fissures, il nobserve après 10 ans aucune symptomatologie
fonctionnelle. Dautres auteurs rapportent des évolutions
analogues.
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Ces lésions peuvent saggraver
: le trajet des suppurations se complique, devient mutilant sur
le plan sphinctérien, et peut aboutir à une incontinence
sphinctérienne. Les fissures et les ulcérations peuvent
amener des sténoses endo-canalaires ou du bas rectum. Cest
ainsi que dans la série de Keighley avec un suivi de dix
ans, sur 54 fissures 17 ont guéri, 10 ont persisté
et 27 ont évolué vers une sténose. Sur 21 fistules
il ny a eu que 8 guérisons spontanées, 7 fistules
persistantes et 6 guérisons par chirurgie.
Ces différences dappréciation dans lhistoire
naturelle des lésions ano-périnéales de la
maladie de Crohn est surprenante et ne peut sexpliquer que
par des séries non comparables en raison des différences
de recrutement des auteurs. Cest là que la classification
de Cardiff pourrait être
intéressante en apportant une certaine homogénéité
entre les différentes équipes.
Il est important de savoir que les lésions ano-périnéales
évoluent souvent pour leur propre compte, indépendamment
des localisations intestinales.
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fig. 11 Destruction
complète du canal anal. |
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Sur le plan anal, la dégénérescence
des lésions semble plus fréquente que celle des lésions
anales de la population générale ce dautant
que leur évolution est beaucoup plus longue. Leur fréquence
se situerait aux alentours de 1 à 2 %, les lésions
suppurées semblant être particulièrement touchées
avec comme facteurs aggravant le tabagisme et lutilisation
dimmunosupresseurs.
Tout ceci impose donc de surveiller de façon régulière
les patients présentant des lésions anales de maladie
de Crohn, et de ne pas hésiter au moindre doute à
pratiquer des biopsies.
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Traitement |
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Il est très difficile dapprécier
laction spécifique de tel ou tel médicament
ou de telle ou de telle technique chirurgicale sur les lésions
ano-périnéales de la maladie de Crohn, car les résultats
sont parfois discordants, les séries courtes, souvent non
randomisées, la classification des lésions imprécise,
les critères de guérison, damélioration,
ou de qualité de vie assez flous et variables : douleur spontanée
ou provoquée, écoulements, cicatrisation dune
lésion, fermeture dune fistule. Bien des résultats
enthousiastes initiaux ne résistent pas à lépreuve
du temps ou ne sont pas reproductibles.
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Pour les soins locaux,
on utilise les antiseptiques, les pansements secs et/ou cortisonés.
Linjection locale de prednisolone a été proposée
dans les lésions hyperalgiques de type fissuraire.
Par voie générale,
les corticoïdes, la sulfasalazine, la mesalazine sont utilisés
surtout dans le traitement général de la maladie de
Crohn et peuvent donner des améliorations sur létat
ano-périnéal. Il en va de même de la nutrition
entérale ou parentérale continue.
Certains médicaments
ont été plus particulièrement étudiés
pour leur action sur les lésions ano-périnéales
:
le Métronidazole 20 mg/kg/jour : certaines
études ont montré des améliorations allant
de 10 % à 60 %, avec un traitement prolongé pendant
au moins 6 mois, mais une rechute est observée à larrêt
du traitement dans plus de 70 % des cas ; dautres sont moins
enthousiastes. Par ailleurs existent des effets secondaires dans
la moitié des cas : neuropathie, goût métallique,
urticaire, neutropenie... Ces résultats méritent dêtre
confirmés sur de grandes séries indiscutables ;
la 6Mercaptopurine : Korelitz a publié
une étude prospective en double aveugle sur 26 fistules anales
: après un traitement minimum de 6 mois, 39 % des fistules
ont guéri, 26 % se sont améliorées dans un
délai de 3 mois. Il ny a pas eu deffets secondaires,
mais des rechutes en nombre important à larrêt
du traitement. Markowitz sur 14 fistules et 28 lésions péri-anales
note une diminution des lésions anales qui passent de 78
% à 47 %, ceci étant particulièrement net sur
les fistules (de 40 % à 14 %) ;
lAzathioprine a fait lobjet de plusieurs
études qui montrent une action bénéfique dans
50 % à 75 % des cas dabcès et de fistule, et
de 50 % dans les fistules recto-vaginales ;
Methotrexate : na pas donné lieu à
des essais contrôlés sur les lésions périnéales
;
Cyclosporine : La cyclosporine A a été
utilisée dans les lésions périnéales
sévères en commençant par voie intra-veineuse
(4 mg/kg/jour) puis passage à la voie orale
(6-8 mg/kg/jour). Les résultats immédiats sont souvent
rapides et spectaculaires mais ne semblent pas se maintenir dans
le temps, en particulier lors du passage à la voie orale
;
loxygénothérapie hyperbare, 20 à
40 séances (2 h à 2 A), na été
utilisée que dans de très courtes séries avec
des résultats qui restent à valider ;
pour Kruis, le Zinc aurait une incidence négative
sur la présence de fistule. Il semblerait daprès
Heimburger, que certaines atteintes cutanées de la maladie
de Crohn seraient secondaires à une carence en zinc. La régression
des lésions et les troubles généraux pourraient
sobtenir par la supplémentation ;
enfin, certains produits sont en cours dévaluation
: Dapsone, Thalidomide et IL10 nont pas apporté
la preuve de leur efficacité. Lanti TNF a
donnerait de bons résultats dans les fistules, mais non encore
contrôlés. Leffet ne semble que suspensif et
il existe un risque de lymphome.
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Traitement local
Dans les fistules simples,
lorsque la méthode classique est utilisée, la majorité
des équipes obtient un taux de cicatrisation satisfaisant
dans des délais acceptables, parfois un peu supérieurs
à la normale et la récidive est observée dans
le même pourcentage que pour les fistules banales.
Dans les suppurations complexes
à gros dégâts architecturaux, la préférence
va au drainage avec pose éventuelle de séton pendant
plusieurs mois, épargnant la zone cutanée et le sphincter.
Certaines équipes préfèrent un traitement plus
agressif.
Les fistules recto-vaginales
peuvent être opérées par la technique de Musset
ou par celle du lambeau davancement rectal ou vaginal protégé
en général par une dérivation temporaire, mais
les résultats sont inconstants.
Les sténoses
peuvent être dilatées (manuellement ou au ballonnet)
ou fendues au bistouri électrique ou laser.
Toutes ces techniques donneraient de meilleurs résultats
si la lésion intestinale associée est iléale
et seraient moins efficaces en cas datteinte colique et rectale.
Létat dactivité de la lésion intestinale
a une influence discutée.
Traitement général
La dérivation intestinale
peut restaurer létat général, diminuer
le processus inflammatoire et permettre de protéger des actes
chirurgicaux. Laction bénéfique sur les lésions
anales est controversée ; si une amélioration initiale
est possible, la rechute est très fréquente lors du
rétablissement de la continuité.
La résection de la lésion
intestinale semble avoir peu daction
sur lévolution de la lésion anale sauf si la
totalité des lésions proximales est enlevée,
mais les statistiques sont discordantes (de 20 à 70 % de
bénéfice).
Le Hartmann bas
est une alternative à la proctectomie.
La proctectomie
ne trouve dindication (5 à 25 % des cas) que dans les
cas désespérés : les fistules recto-vaginales
hautes, les énormes délabrements architecturaux associés
le plus souvent à des lésions rectales considérables
et évolutives. La plaie périnéale présente
souvent un important retard de cicatrisation ou ne se ferme pas
avec apparition de nouvelles lésions crohniennes.
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Les
indications thérapeutiques spécifiques |
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Elles sont surtout liées au degré
dévolutivité et à la gravité du
retentissement fonctionnel sur la vie quotidienne.
Les lésions cutanées,
fissuraires, ulcéreuses doivent
être traitées médicalement. Le geste chirurgical
est réservé aux formes douloureuses ou à la
nécessité dun prélèvement large
pour examen anatomo-pathologique. Cependant, certaines équipes
sont plus agressives sur les fissures qui ne répondent pas
au traitement médical pour éviter les complications
infectieuses ou mécaniques.
Les fistules anales « classiques
» peuvent être opérées
par les techniques habituelles.
Les suppurations profondes
doivent être drainées de façon prolongée
pour éviter les rétentions ; dans les fistules recto-vaginales
quiescentes une simple surveillance associée au traitement
médical semble raisonnable. En cas dintervention, le
choix de la technique est fonction de lexpérience du
chirurgien.
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Conclusion |
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Les lésions ano-périnéales
de la maladie de Crohn sont maintenant bien décrites sur
le plan anatomo-clinique et une classification satisfaisante est
en vue. Mais bien des incertitudes persistent sur leur génie
évolutif propre, leurs réactions vis à vis
des traitements où rien ne semble encore très bien
codifié : le «savoir-faire» et lexpérience
des équipes étant un gros atout thérapeutique.
Il faut espérer que de nouvelles études portant sur
des séries importantes, randomisées, bien classifiées
et avec des critères defficacité précis
permettront de proposer une conduite thérapeutique raisonnée.
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