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PROCTOLOGIE
PRATIQUE |
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RECTITES |
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Définition
et épidémiologie |
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On appelle rectite un processus inflammatoire
de la muqueuse rectale, constaté endoscopiquement et qui
saccompagne de symptômes non spécifiques. Latteinte
macroscopique a habituellement une limite supérieure nette.
On distingue les rectites dites spécifiques parce quelles
relèvent dune étiologie précise, des
rectites non spécifiques ou idiopathiques entrant dans le
cadre des formes distales dune maladie inflammatoire chronique
de lintestin. Il nexiste pas de données épidémiologiques
françaises concernant lincidence des rectites spécifiques
mais leur prévalence hospitalière représente
environ la moitié des cas de rectites diagnostiquées.
Sil existe actuellement un accroissement de lincidence
de la rectocolite hémorragique, celui-ci est principalement
le fait de laccroissement de lincidence des rectites
non spécifiques. En France, lincidence standardisée
des rectites non spécifiques varie entre 0,8 et 1,4 pour
100 000 habitants : les atteintes limitées au rectum concernent
35 à 50 % des nouveaux cas de rectocolite hémorragique
diagnostiqués.
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Comment
faire le diagnostic ? |
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Le diagnostic positif de rectite est apporté
par lexamen endoscopique, qui constate une atteinte inflammatoire
de toute ou partie de la muqueuse rectale. Cette inflammation relève
dune étiologie propre (rectite spécifique) dans
plus de la moitié des cas. Le contexte peut être évident
parce quil existe une administration médicamenteuse
(paracétamol, acide acétyl-salicylique, dextropropoxyphène)
ou caustique
intra-rectale, ou parce quon a la notion dune radiothérapie
récente. Lévolution est favorable dans deux
tiers des cas en moins de 3 mois. En revanche, les lésions
radiques chroniques peuvent survenir après un intervalle
libre de plusieurs mois ou de plusieurs années après
le début de la radiothérapie. Les biopsies dans ce
contexte doivent être prudentes (hémorragie, absence
de cicatrisation).
Les lésions inflammatoires liées à une maladie
sexuellement transmise sont classiques
mais aujourdhui plus rares. Elles sont dominées par
les infections à Neisseiria gonorrheae, Herpes
virus simplex II et à Chlamydiae trachomatis.
Dans ce contexte, les manifestations rectales peuvent être
discrètes (Neisseiria gonorrheae) ou bruyantes avec
participation génito-urinaire intense (Herpès). La
notion dun rapport contaminant, la présence de lésions
péri-anales vésiculeuses souvent décapitées
parfois confluantes doivent être des arguments dorientation.
Lensemencement de milieux de transport, de milieux sélectifs
ou un étalement et fixation sur lame pour immuno-fluorescence
indirecte sont les démarches nécessaires à
la quête diagnostique.
Les rectites dorigine parasitaire
sont assez rares en Europe y compris dans un contexte de maladie
sexuellement transmise ou dimmunodépression : elles
représentent en revanche létiologie principale
des rectites infectieuses africaines dans certaines séries
(Schistosomia mansoni).
Dautres lésions inflammatoires
dorigine infectieuse peuvent être
évoquées en présence dun syndrome rectal,
mais latteinte lésionnelle dépasse habituellement
la muqueuse rectale ; les douleurs abdominales et la diarrhée
sont fréquentes sinon constantes et la démarche diagnostique
rejoint le cadre large des colites infectieuses (Shigella,
Campylobacter, Entamoeba histololytica). Malgré
une enquête infectieuse exhaustive, lagent pathogène
nest pas identifié dans 32 à 59 % des rectites
présumées infectieuses. Enfin, un contexte de dyschésie
avec manuvres défécatoires doit faire évoquer
un syndrome du prolapsus rectal,
conforté par les données des explorations fonctionnelles
proctologiques, de lendoscopie et des biopsies rectales profondes.
Le diagnostic de rectite non spécifique
repose sur des arguments de présomption histologique et sur
lévolution de la maladie. La déformation architecturale
des glandes, laspect villeux de lépithélium
de surface, lexistence de granulomes ou de microgranulomes,
la présence dagrégats lymphoïdes, dune
infiltration lymphoplasmocytaire, dun excès dhistiocytes
et/ou dabcès cryptiques ont une bonne valeur prédictive
positive. Labsence de preuve histologique initiale doit inviter
à ne poser le diagnostic de rectite non spécifique
quau terme dune période de suivi et après
répétition des biopsies en période de rémission
clinique et endoscopique.
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Quelle
évolution ? |
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Lévolution des rectites spécifiques
est dépendant de leur étiologie. En dehors du cadre
des rectites médicamenteuses ou infectieuses dévolution
le plus souvent régressive, certains tableaux de rectite
spécifique peuvent sinstaller dans la chronicité,
y compris après traitement ou disparition de lagent
causal (radiothérapie, médicaments, prolapsus rectal).
Les rectites non spécifiques
ont une évolution similaire à celle des rectocolites
hémorragiques de forme plus étendue. La topographie
de latteinte initiale ninfluence pas lhistoire
évolutive de la maladie ; le risque dextension à
un segment ou à la totalité de la muqueuse colique
sus-jacente est une complication non rare des rectites non spécifiques
: elle concerne lévolution de 10 à 25 % des
formes inaugurales limitées au rectum, au terme dun
suivi moyen de 5 ans. Les rechutes sont quasi constantes ; dans
plus de 80 % des cas, lhistoire naturelle de la maladie inflammatoire
rectale se traduit par des alternances de rechutes et de rémissions.
Les périodes passées en rémission augmentent
avec la durée du suivi dans de larges études de cohortes
et le mode évolutif dépend de ce qui se passe durant
les trois premières années. Néanmoins, certaines
formes évolutives doivent faire craindre que le tableau de
rectite soit lexpression dune maladie de Crohn distale,
tout particulièrement lorsque lévolution clinique
est continue et que la réponse anatomique sous traitement
est incomplète.
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Quels
traitements ? |
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Le traitement des rectites infectieuses
est celui de lagent causal lorsquil est identifié.
Une antibiothérapie probabiliste peut être proposée
si la crainte dune maladie sexuellement transmise persiste
malgré lenquête infectieuse réalisée
: lassociation dofloxacine (dose unique : 400 mg)
et de doxycycline (200 mg/j pendant 15 jours) permet de traiter
une infection syphilitique, gonococcique et à chlamydiae.
Une rectite herpétique dans le cadre dune primo-infection
sévère peut requérir un traitement intensif
et précoce par aciclovir (1 000 mg/j minimum pendant 10
jours).
Le traitement des rectites radiques
aiguës et des rectites radiques chroniques hémorragiques
repose sur les dérivés cortisonés en lavement.
Les autres alternatives sont la photocoagulation dans les formes
localisées, linstillation de formaline tamponnée
à 4 % ou loxygénothérapie hyperbare.
Les bases rationnelles du traitement
des rectites non spécifiques
reposent, soit sur les dérivés dacide 5-amino-salicylique
ou 5 ASA (traitement de la poussée, traitement dentretien),
soit sur les dérivés cortisonés (traitement
de la poussée).
Dans le traitement de la poussée (traitement dattaque),
il existe un effet dose-réponse du 5 ASA avec une efficacité
supérieure au placebo. Lefficacité des traitements
locaux ou per os est supérieure au placebo à la
fois en terme de réponse clinique et de rémission
endoscopique. En cas de traitement local, il existe un avantage
théorique à préférer les suppositoires
aux lavements en raison du volume de distribution et de la concentration
du principe actif. À posologie comparable, ladministration
de 5 ASA sous forme de suppositoires est préférable
au traitement per os parce que le pourcentage de patients en rémission
à 2 et 4 semaines est supérieur.
Les dérivés cortisonés ont également
une bonne efficacité en terme damélioration
endoscopique et sur les scores histologiques. Lefficacité
des corticoïdes est supérieure au placebo dans le
traitement des colites distales. Lamélioration des
scores clinico-biologiques est comparable ou en faveur des dérivés
amino-salicylés dans les essais contrôlés
comparant corticoïdes et 5 ASA en administration locale.
Dans la prévention des rechutes, on peut préférer
un traitement dentretien basé sur des administrations
locales sous forme de suppositoires ou de lavements car la proportion
des patients en rémission est supérieure au placebo
ou au traitement oral de 5 ASA.
On définit par rectite
rebelle ou rectite réfractaire les
atteintes inflammatoires distales ne répondant pas à
six semaines de traitement local par dérivés du
5 ASA ou cortisonés, associés à des dérivés
oraux du 5 ASA. Cette entité concerne 12 à 14 %
des rectites non spécifiques. Certains traitements (cromoglycate,
sucralfate, ciclosporine) ont été proposés
mais leur justification repose aujourdhui sur des études
dont lefficacité est discutable car peu différente
de celle dun traitement par placebo. Dautres traitements
sont discutés parce quils peuvent représenter
un traitement utile des rectites réfractaires : dérivés
4-amino-salicylés en lavement (2 g), lidocaïne (0,8
g/24 h), lavement dacides gras à chaîne courte,
application de nicotine transdermique (20 mg/j), azathioprine
ou 6-mercaptopurine.
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Conclusion |
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Les rectites appartiennent au cadre nosologique
large des maladies inflammatoires de lintestin : laspect
endoscopique et le profil évolutif des rectites non spécifiques
sont peu différents des autres formes topographiques de rectocolite
hémorragique. Néanmoins, cette atteinte impose au
praticien la recherche première dune étiologie
spécifique (enquête infectieuse, médicamenteuse,
caustique) et surtout une démarche thérapeutique assez
différente (traitement local, rectites réfractaires)
de celle utilisée dans les autres formes de rectocolite hémorragique.
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