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PROCTOLOGIE
PRATIQUE |
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DERMATOLOGIE
PROCTOLOGIQUE |
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B. SCHUBERT |
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La région péri-anale, jonction cutanéo-muqueuse,
a une situation particulière, enfouie au plus profond dun
grand pli. Il y règne un climat quasi tropical : chaud, et
cest là quen France, on apprécie la température
dite centrale, humide par la transpiration et de plus, mal ventilé.
La peau et le tube digestif sy juxtaposent et sinfluencent
réciproquement : cest le lieu de la coopération
étroite des médecins spécialisés dans
chacun des organes.
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Anatomiquement, la peau y est riche en annexes
:
glandes sudorales eccrines,
contribuant à lhumidité de surface et qui sont
asséchées après sympathectomie lombaire ;
glandes sudorales apocrines
peu fonctionnelles ;
glandes sébacées,
libres ou annexées aux unités pilosébacées
souvent abondantes.
Sa topographie dorsale inférieure rend lauto-examen
malaisé et peut expliquer certains recours tardifs au médecin.
Reconnaître une anomalie cutanée nécessite apprentissage
et expérience. La lésion cutanée directement
accessible à lexamen, sexprime par un vocabulaire
et son interprétation nécessite une méthodologie
appropriée. Les signes fonctionnels sont limités et
non spécifiques : prurit et douleurs vont motiver les consultations
sans donner dorientation précise. La première
démarche est linspection de la surface cutanée
dans sa totalité, à la recherche dautres localisations
dune même maladie. Cest ainsi dailleurs
que des lésions anales méconnues peuvent être
découvertes lors dun examen dermatologique général.
Lanalyse de la lésion, sous un bon éclairage
et avec laide dune loupe reconnaîtra :
une anomalie de couleur
: érythème, hyper ou hypo-pigmentation, purpura ;
un enduit superficiel
blanchâtre par macération dune desquamation,
ou jaunâtre en cas de pus ;
une tumeur
par prolifération anormale, bénigne ou maligne, de
lépiderme ;
une infiltration palpable
sous un épiderme normal ou distendu, témoin dune
prolifération soit inflammatoire et polymorphe soit tumorale
et monomorphe dune population cellulaire néoplasique
;
une ulcération,
une fissure
qui nest pas forcément bénigne.
Lanomalie constatée nest pas forcément
caractéristique et même si elle devait lêtre,
une confirmation histologique est nécessaire. Le prélèvement
réalisé sous anesthésie locale doit être
de taille suffisante pour que lanatomopathologiste puisse
linterpréter correctement. Un prélèvement
trop petit est une perte de temps.
La bactériologie est
souvent peu contributive sauf si certains renseignements particuliers
sont recherchés comme une culture pure par exemple.
Le tableau synoptique résume les principales orientations
diagnostiques à considérer.
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Anomalies
du développement embryonnaire |
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Nous ne retiendrons que les anomalies
mineures :
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Les hémangiomes du nourrisson |
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Ils sont
fréquents et ubiquitaires, évoluant en trois phases
: pas ou à peine visibles à la naissance, ils atteignent
entre 3 et 6 mois le maximum de leur croissance, restent stables
jusque vers 20 mois avant damorcer leur régression
spontanée, annoncée par la survenue de stries blanchâtres
de sclérose au sein de la « fraise ». Latteinte
péri-anale est rare mais classée dans les formes graves.
Une gêne fonctionnelle peut résulter de leur volume
ou de leur tendance à lulcération et au saignement
et nécessite des mesures dhygiène et dantisepsie.
Plus rarement encore, un caractère destructeur des structures
anatomiques peut nécessiter des mesures thérapeutiques
comme une corticothérapie générale à
dose élevée, 2 à 4 mg/kg. Sa répercussion
doit faire peser avec attention les avantages et les risques. Laser
à colorant pulsé et interféron a
en sont des alternatives.
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Les lymphangiomes ou hémolymphangiomes |
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Ils sont
des dilatations du réseau lymphatique souvent dorigine
congénitale, progressives, sans tendance à la régression.
Leur siège à la racine des membres est habituel. Ce
sont des vésicules tantôt claires, tantôt rosées,
en bouquets, en grappes de raisin. À ces localisations superficielles
sassocient des localisations profondes, compliquant lexérèse
chirurgicale, seule solution définitive si elle est possible.
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fig. 1 Hémangiome
du nourrisson avec ulcération. |
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La protrusion pyramidale périnéale infantile |
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Récemment,
elle a été décrite par Kagashima et plusieurs
fois rapportée depuis. Située à la partie antérieure
et médiane de lanus, elle revêt une forme pyramidale,
lisse, rouge ou rosée. Lhistologie constate une papule
en dôme, une acanthose de lépiderme, un dème
du derme et un infiltrat modéré à polynucléaires
neutrophiles, en tous points comparable à lacrochordon
ou molluscum pendulum. Sa régression est spontanée.
On évitera de la confondre avec des sévices sexuels,
des verrues, un prolapsus rectal ou un lymphangiome.
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Maladies
inflammatoires |
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Un intertrigo est un état inflammatoire
dun pli et relève souvent de facteurs étiologiques
multiples : cest le complexe des plis de Gougerot : sur une
anomalie dermatologique, psoriasis ou eczéma, se développe
une surinfection bactérienne ou mycosique, aggravant létat
initial et en perturbant les signes cliniques.
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fig. 2 Intertrigo interfessier. |
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Le portage staphylococcique
Même en labsence de signes cliniques,
le canal anal peut héberger des colonies de staphylocoques
qui seront à lorigine, soit par extension de proche
en proche, soit par manuportage, de folliculites, dimpétigo
ou dautres pyodermites, pour le porteur lui-même ou
pour son entourage. Cest un problème que ne doit pas
méconnaître le chirurgien appelé à intervenir
en ces lieux. Certains staphylocoques par leur toxine exfoliative
ou épidermolytique, sont responsables de décollements
superficiels.
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fig. 3 Lyell staphylococcique. |
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La maladie streptococcique péri-anale infantile
Elle a été
isolée par Amren en 1966. Elle atteint les enfants de 1 à
8 ans et se traduit cliniquement par un prurit anal et des douleurs
à la défécation. Lexamen clinique montre
un érythème péri-anal isolé, parfois
érosif avec saignement. Lexamen bactériologique
montre un streptocoque b hémolytique
du groupe A. De petites épidémies ont été
rapportées, favorisées par des angines streptococciques
et des bains en communauté. Des atteintes de ladulte
ont été signalées avec un érythème
périanal sur 5 cm, sans fièvre, parfois accompagné
dinduration précédant une abcédation.
La bactériologie apporte ici le diagostic et les b
lactamines sont efficaces en 10 à 15 jours. La pathogénie
reste obscure : maladie autonome ou infection secondaire dun
intertrigo ?
Lérythème périnéal
récidivant post-streptococcique
Il a été récemment proposé
comme une nouvelle entité, par Manders puis par Saada. Cest
un érythème du périnée, associé
à des lésions papulo-vésiculeuses palmo-plantaires,
récidivant en plusieurs poussées, et associé
chaque à fois à une angine à streptocoque b
hémolytique du groupe A producteur dexotoxine A et
B ou de la toxine du Toxic shock syndrome. Chaque fois le
traitement antibiotique permet la guérison. Cest un
tableau qui doit encore être confirmé.
Le Pseudomonas aeruginosa
Ce bacille pyocyanique est un bacille gram négatif
aérobie strict, peu exigeant, sécrétant un
pigment bleu-vert et diverses substances agressives pour les tissus
humains. Il pousse bien en milieu humide et résiste mal à
la sécheresse. Cest un agent redoutable des infections
nosocomiales. Lévolution est nécrotique au point
dinoculation (echtyma gangréneux). Lors de limmunodépression,
la septicémie peut sinstaller rapidement. Une bonne
hygiène, un séchage soigneux des plis, lacide
acétique à 10 % en antiseptique permettra de limiter
sa prolifération sans quil soit nécessaire de
recourir forcément à une antibiothérapie très
onéreuse.
Nécroses et gangrènes
À la suite dune intervention chirurgicale
ou dun traumatisme, on a décrit des gangrènes
extensives de la peau et des tissus sous-cutanés, relevant
de facteurs infectieux, sous diverses dénominations : gangrène
clostridienne, cellulite et myosite streptococcique, fasciite nécrosante,
gangrènes de Meleney, synergistique, de Fournier. Les adultes
jeunes ne sont pas épargnés. Une douleur violente
est le premier signe, et précède une plage noire de
nécrose, rapidement extensive. La bactériologie de
la périphérie de la lésion montre Clostridium
perfringens, Pseudomonas, Streptococcus ou
dautres germes. Cest une urgence pour la chirurgie et
la réanimation, qui nécessite une antibiothérapie
puissante et parfois loxygénothérapie hyperbare.
Lérythrasma
Il est dû à Corynebacterium
minutissimun, est très courant, souvent localisé
dans les grands plis axillaires, inguinaux et interfessier. Cest
une nappe érythémateuse brunâtre bien limitée,
sans bordure surélevée, peu prurigineuse, finement
squameuse. Lexamen sous lampe de Wood trouve une fluorescence
rouge brique. Une bonne hygiène, des topiques imidazolés
ou lérythromycine sont actifs.
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Lherpès
Il
voit sa prévalence mondiale constamment augmenter. Deux types
antigéniques ont été reconnus, HSV1 pour la
partie supérieure du corps et HSV2 responsable de lherpès
génital, transmis sexuellement, et de lherpès
du nouveau-né contaminé à la naissance ; mais
cette distinction nest pas absolue, chaque type saventurant
sur le territoire de lautre. Dans une population infectée
par lHSV2, 20 % des patients sont symptomatiques connus, 20
% sont de vrais asymptomatiques et 60 % de faux asymptomatiques
pour lesquels les signes dherpès sont frustes ou méconnus.
Les lésions cliniques sont en effet atypiques le plus souvent.
Le tableau de primo-infection bruyante et douloureuse est en fait
inconstant. Lors des récurrences anales ou péri-anales,
les vésicules sont éphémères et une
ulcération à bordure polycyclique ou serpigineuse
doit y faire penser, ainsi que le caractère récidivant
au même endroit. La contagion, par transmission directe, se
fait par relation sexuelle. En phase aiguë, lorsque la douleur
est violente, le sujet nest pas apte à transmettre.
Mais lexcrétion virale persiste en dehors de la phase
aiguë ; elle est la plus importante dans la période
proche dune récurrence ou peu après la primo-infection.
Une excrétion virale péri-anale a été
démontrée en cas dherpès génital.
Lisolement du virus sur culture cellulaire reste la méthode
de diagnostic de référence et la sensibilité
est de 77 % si les prélèvements portent sur plusieurs
lésions. Une détection par PCR sera possible à
lavenir.
La sérologie na de valeur diagnostique que si elle
est négative. Les tests actuels sont devenus très
spécifiques et détectent les anticorps anti HSV2.
Ainsi, Janier dans une étude parisienne a trouvé une
prévalence HSV2 élevée dans une population
de 487 consultants dans un centre MST. Mais seuls 9 % des porteurs
danticorps anti HSV2 ont des antécédents cliniques
dherpès génital. La séropositivité
HSV1 protège en partie contre lHSV2 et il ny
a pas de corrélation nette avec dautres MST.
Larsenal thérapeutique sest enrichi récemment
avec le valaciclovir (Zelitrex®) prodrogue de laciclovir,
le famciclovir (Oravir®) prodrogue du penciclovir et le cidofovir.
Ces produits sont très utiles dans les ulcères herpétiques
chroniques des sujets immuno-déprimés. Ils sont utiles
lors de la primo-infection mais très peu lors des récidives.
Le foscarnet a été utilisé localement avec
succès dans les ulcères chroniques de limmuno-déprimé
résistant à laciclovir. Une compresse imbibée
de 20 ml de foscarnet appliquée
2 fois par jour, pendant un temps dapplication prolongé,
a permis une guérison. Tous ces médicaments permettent
de traiter les poussées et de soulager la souffrance des
patients. Mais ils ne peuvent prévenir les récurrences
et dans certaines maladies hématologiques, les patients sont
astreints à des traitements prolongés, peu satisfaisants.
Cest la raison pour laquelle des essais de vaccination sont
en cours, susceptibles de prévenir primo-infection et récurrence.
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fig. 4 Herpès.
Cliché J. Denis. |
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Le zona
Il résulte
de la réactivation du virus varicelle-zona devenu latent
dans les neurones des ganglions nerveux para-vertébraux après
une varicelle. Mais cette primo-infection peut être infraclinique,
méconnue ou inapparente et une réexposition au virus
peut être en cause. Cest une ganglioradiculite postérieure
aiguë et la douleur radiculaire annonce souvent léruption
cutanée unilatérale, en bandes, sarrêtant
à la ligne médiane. Des plages érythémateuses,
arrondies, se couvrent en quelques heures dun bouquet de vésicules
qui, confluant entre elles, peuvent former des décollements
bulleux à bordure polycyclique et évoluer vers la
nécrose. Dans les zona sacrés, des troubles rétentionnels
urinaires et rectaux compliquent léruption. Les séquelles
atrophiques napparaissent quen cas de nécrose.
Chez le sujet âgé, les algies post zostériennes
sont très handicapantes ; pour leur prévention le
valaciclovir (Zelitrex®) est utilisé chez le sujet immuno-compétent
de plus de 50 ans. Ce traitement doit être administré
très précocement, avant la 72e heure, à la
dose de 2 comprimés, 3 fois par jour pendant 7 jours.
Les condylomes acuminés (anciennes végétations
vénériennes, crêtes de coq ou verrues ano-génitales)
Ils ont beaucoup bénéficié
du progrès des connaissances. Le groupe des virus des papillomes
humains est devenu très nombreux grâce à la
PCR et au séquençage du DNA. En 1998, 77 types ont
été clonés. De nouvelles méthodes de
détection des HPV étudient une trentaine de nouveaux
types potentiels qui sy ajouteront. Tous les HPV ont un tropisme
pour les épithéliums stratifiés kératinisants
mais il y a des variations daffinité pour des régions
anatomiques différentes. Ainsi, HPV1 préfère
la peau fortement kératinisée des paumes et des plantes
et HPV16 la région génitale. Toutefois, on peut trouver
HPV1 dans un condylome génital. La transmission de verrues
ano-génitales se fait habituellement mais non exclusivement
par voie sexuelle. Dans une étude prospective dOriel,
97 sujets avaient eu des contacts avec des porteurs de lésions.
64 % dentre eux ont développé des verrues génitales
dans les 9 mois. Au cours dinfections expérimentales,
des lésions ne sont survenues que 20 mois plus tard. Enfin,
il peut y avoir auto-contamination génito-anale à
partir de verrues des mains et la situation inverse est possible.
Depuis les années 1975-1980 diverses publications américaines
avaient fait état dabus sexuel pour des verrues ano-génitales
de lenfant. Ce fut le début dune période
difficile pour bien des parents qui se virent suspectés à
tort, bien quil y ait eu dindéniables abus ailleurs.
On a su depuis quun enfant contaminé à la naissance
pouvait ne voir apparaître des lésions ano-génitales
quà lâge de 2 ans et persister dans lenfance.
Dautres enfants ont été contaminés en
partageant des bains.
Certains types de virus HPV sont à lorigine de lésions
dysplasiques et de néoplasies diverses : cancers cutanés
et génitaux externes, du col utérin, du larynx, ou
de lanus. Pour ces virus à haut risque, comme HPV 16
et 18, le génome sintègre dans les noyaux et
entrainera une désorganisation de larchitecture épithéliale.
Loncogénèse dépend encore de facteurs
génétiques et environnementaux. Les papillomes sont
sous immuno surveillance : la grossesse, limmunodépression,
soit par un traitement au cours de la transplantation dorganes,
soit par linfection VIH, favorisent leur développement
et la transformation cancéreuse :
Virus HPV anogénitaux à risque modéré
: 6, 11, 42, 43, 51, 70, 72.
Virus HPV anogénitaux à risque élevé
: 16, 18, 30, 31, 35, 39, 40, 45, 52, 53, 54, 56, 58, 59, 64, 66-68
Transmission iatrogène : HPV 16 a été retrouvé
sur des spéculum rincés avec une solution aqueuse
de chlorhexidine : la chaleur est nécessaire à la
stérilisation. Un autre risque concerne médecins et
chirurgiens : on a pu trouver du DNA infectieux de virus HPV dans
les fumées dégagées par le laser CO2 ou lélectrocoagulation
; il est susceptible de contaminer par inhalation les opérateurs.
Laspect clinique des condylomes est bien connu des proctologues
: formations pédiculées charnues, à surface
villeuse. Elles confluent parfois en masse exubérante comme
dans la tumeur de Büschke-Löewenstein, mais se distinguent
aisément des condylomes plans de la syphilis secondaire.
Dans les formes profuses, lexamen histologique recherchera
des images dysplasiques et lhybridation in situ
les virus oncogènes. Les traitements sont multiples : cryothérapie
pour les lésions limitées, chirurgie pour les lésions
envahissantes, particulièrement dans le canal anal. Des traitements
médicaux peuvent être actifs dans les formes mineures
: podophylline, 5-FU. Dans un proche avenir, en France, limiquimod
sera vraisemblablement introduit : ce traitement, déjà
disponible ailleurs, modifie la réponse immunitaire : il
est capable dinduire la production de cytokines diverses,
dont linterféron a, le TNFa
et les interleukines 1, 6 et 8. En topique à 5 %, il apparaît
avoir une activité thérapeutique significative dans
le traitement des condylomes anogénitaux externes.
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La gale
Cest une
parasitose humaine commune, due à Sarcoptes scabei homini
et transmise par contact inter-humain, souvent comme une MST. Lincubation
est de lordre de 3 semaines en cas de primo-infestation, plus
courte en cas de réinfestation. Elle se caractérise
par un prurit généralisé à recrudescence
nocturne. Le sillon scabieux est caractéristique, observable
dans les sillons inter-digitaux et la face antérieure des
poignets. Ailleurs, cest un aspect de prurigo, de papules
excoriées non spécifiques. Seule la topographie de
léruption est alors évocatrice et le sommet
de la courbe des fesses est lune de ces localisations. Devant
un prurigo non spécifique, il convient de rechercher le sillon
spécifique de la gale dans ses localisations délection,
les poignets, les espaces inter-digitaux, le chancre scabieux chez
lhomme et le prurigo aréolaire des seins chez la femme.
Le traitement local a prouvé son efficacité sil
est bien conduit. Aucun pli ne doit échapper à lapplication
dAscabiol®, traitement de référence en France,
de Lindane® ou de Pyréthrine®, et particulièrement
le sillon inter-fessier. Dans les gales résistantes, profuses
et croûteuses chez les immuno-déprimés, diverses
publications récentes ont montré lintérêt
dun traitement général par une prise unique
dIvermectine®. Mais ce traitement nest pas validé
et ses effets indésirables restent à évaluer
en raison du signalement dune surmortalité dans une
population de sujets âgés ainsi traités.
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Le Phtirius inguinalis
(morpion)
Lextrémité de ses pattes
est munie de crochets lui permettant de saccrocher aux poils.
Cest une petite masse grise à la limite de la visibilité,
à proximité des orifices pileux. Plutôt habitué
à ses localisations pubiennes traditionnelles, il peut ségarer
dans une zone péri-anale hirsute. Il se transmet à
la manière des MST, par contact direct. On le trouve aussi
dans les régions ciliaires chez lenfant. La poudre
Aphtiria® ou dautres pédiculicides en sont le traitement.
Les MST associées seront dépistées.
Loxyurose
Cette parasitose cosmopolite est fréquente
chez lenfant. Enterobius vermicularis est un
petit ver blanc de 1 cm pour la femelle, de 0,5 cm pour le mâle,
vivant dans la région caeco-appendiculaire. La femelle fécondée
descend au rectum, se fixe à la marge anale pour déposer
ses ufs dans les plis radiés. Le prurit y est alors
vif et le déplissement anal peut montrer le parasite à
lexaminateur. Le scotch-test anal décèlera les
ufs responsables de la contamination par ingestion. Chez la
petite fille, le même processus entraîne une vulvite
inflammatoire. Fluvermal® ou Combantrin® en sont le traitement
en prise unique, à répéter 20 jours plus tard.
La schistosomiase
Des lésions cutanées génitales
ou périnéales peuvent revêtir divers aspects
: papuleuses ou papulo-nodulaires dallure banale, elles peuvent
devenir papillomateuses, infiltrées en plateau avec une bordure
inflammatoire et plus rarement devenir tumorales et polypoïdes,
alors souvent entourées de micro-papules satellites. Si le
prurit est modéré, la lésion peut sulcérer,
saigner, être à lorigine de fistules et après
une évolution prolongée, se cancériser. Le
diagnostic est évoqué après des bains en zone
dendémie, une éosinophilie sanguine et la mise
en évidence des ufs de bilharzies entourés dun
granulome inflammatoire et parfois dune hyperplasie pseudo-épithéliomateuse.
La Larva migrans cutanée
(Larbish, dermatite rampante vermineuse, creeping disease)
Parasitose des zones inter-tropicales, cest
la pénétration accidentelle et la survie temporaire
de larves dhelminthes, ankylostomes surtout, infestant diverses
espèces animales. La contamination se fait à partir
du sol souillé de déjections animales. Sont touchés
les enfants qui jouent dans la boue et les touristes allongés
sur les plages sans interposition de matelas. Le risque est plus
grand sur le sable sec épargné par le flux des marées.
La migration larvaire sous-cutanée est une impasse parasitaire
et se traduit par une inflammation linéaire serpigineuse,
précédée dune papule prurigineuse et
se déplaçant de 1 à 2 cm par jour. Lévolution
est bénigne et la régression peut être hâtée
par un traitement local, cryothérapie ou mieux thiobendazole
(Mintezol®), uniquement disponible dans les pharmacies centrales.
La préparation est à 10 % dans un véhicule,
la vaseline par exemple, et se fait en écrasant 10 comprimés
à 500 mg dans 50 g dexcipient.
3 à 4 applications par jour en pansement occlusif pendant
3 à 4 jours en sont la posologie.
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fig. 6 Larva migrans
cutanée. |
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La Larva currens
Elle est comparable
à la Larva migrans mais est plus rapide. Le
déplacement se fait de 5 à 15 cm par heure. Elle est
due à la pénétration de larves de Strongyloïdes
stercoralis au cours dun cycle dauto-réinfestation
dune anguillulose. Le siège est le plus souvent péri-anal
ou fessier. Le diagnostic est soupçonné sur léosinophilie
sanguine et confirmé par la découverte des larves
à lexamen coprologique et à la coproculture.
La migration cutanée dune filaire Loa Loa
adulte peut réaliser un tableau comparable.
Lamibiase cutanée
Entamoeba histolytica est un parasite
des zones intertropicales. Lensemencement cutané de
la région anale se fait à partir de selles au cours
dun épisode damibiase colique aiguë ou après
drainage chirurgical dun abcès hépatique, par
grattage ou fistulisation dun foyer amibien profond. Enfin,
la localisation anale peut résulter dune transmission
sexuelle chez les homosexuels. Cliniquement, cest une ulcération
inflammatoire et très douloureuse, de taille variable ; les
bords sont décollés, bourgeonnants, le fond est purulent
et nécrotique, lextension est rapide. On pense à
ce diagnostic dans un contexte évident comme labcès
amibien du foie. La confirmation vient de la découverte dEntamoeba
histolytica sur le frottis de lulcère dans du
sérum physiologique. Les lésions cutanées isolées
sont séronégatives.
La candidose cutanéo-muqueuse
Cest une maladie très commune.
Les levures du genre Candida, où Candida albicans
prédominent devant Candida tropicalis ou Candida
krusei. Ce sont des saprophytes du tube digestif qui peuvent
proliférer à ses deux extrémités, soit
chez les jeunes enfants ou lorsque sont réunies des conditions
favorables à leur développement : obésité,
diabète, antibiothérapie, corticothérapie,
grossesse et contraception orale et bien sûr toutes les immuno-dépressions.
Dans les plis, la phase de début, faite dun semis de
micro-pustules blanchâtres, évolue vite vers une plage
érythémateuse suintante, dune coloration rouge-sombre
à bordure bien limitée et festonnée, marquée
dune collerette blanchâtre. Le fond du sillon est marqué
dune fissure et lensemble est revêtu dun
enduit blanchâtre fétide. En périphérie
se développent des anneaux à bordure finement squameuse
ou pustuleuse, multiples et extensifs. Lextension génitale
est fréquente.
Un tel état doit faire rechercher les facteurs prédisposants
cités plus haut, mais il peut aussi masquer une dermatose
préexistante : eczéma, psoriasis, maladie bulleuse.
Une corticothérapie, locale ou générale, sera
facteur daggravation. Le traitement local est simple : hygiène,
utilisation de savon alcalin, compresses avec solution bicarbonatée,
applications répétées dimidazolés,
de préférence en émulsion fluide ; éviter
les pommades favorisant la macération.
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fig. 7 Candidose étendue
de lenfant : large nappe vernissée à bordure festonée. |
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Les dermatophyties
Dues aux dermatophytes,
parasites des kératinocytes humains, elles atteignent plus
fréquemment le sexe masculin. Ces intertrigos sétendent
secondairement sur les cuisses et le pubis. La contamination peut
être inter-humaine lors dun rapport sexuel ou indirecte,
par des vêtements de sport partagés, par exemple. Une
auto-inoculation à partir dune mycose des pieds est
habituelle.
Epidermophyton floccosum, responsable de lésions
symétriques, Trichophyton rubrum avec des signes atypiques
et Trichophyton interdigitale en sont les agents habituels.
Au début unilatérales, les lésions se développent
sur la face interne des cuisses en placards arrondis, à bordure
active, polycyclique, débordant sur les organes génitaux
et le pli interfessier.
La limite est nette, plus inflammatoire que le centre, finement
squameuse avec de petites pustules où le prélèvement
mycologique identifiera lagent pathogène après
une culture de 5 à 6 semaines. Des anneaux satellites peuvent
se développer alors que le centre prend une teinte bistre.
Le prurit est marqué. Lorsque des applications inadaptées
de corticoïdes locaux ont masqué la desquamation et
réduit lérythème, le diagnostic peut
devenir difficile et lexamen mycologique perturbé.
Les maladies sexuellement transmises
Elles sont discutées ailleurs. Avec lépidémie
de sida, la syphilis est devenue rare. Toutefois on a déjà
signalé des reprises dans les pays économiquement
défavorisés. Les condylomes plans de siège
péri-anal sont une manifestation caractéristique de
la syphilis secondaire.
La gonococcie sest
aussi plus raréfiée. On la rencontre encore chez des
voyageurs revenant de pays tropicaux, comme dailleurs le
chancre mou et la
maladie de Nicolas Favre.
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fig. 8 Intertrigo inguinal. |
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fig. 9 Lésions
syphilitiques érosives. |
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La donovanose
(granulome inguinal ou ulcère vénérien) ne
sévit que dans les zones endémiques intertropicales
où cette maladie est due à une bactérie du
groupe klebsiella, Calymmatobacterium granumalotosis.
Lincubation est de une à plusieurs semaines. La lésion
papuleuse du début se transforme en une ulcération
non indurée, à surface veloutée et végétante,
classiquement en margelle de puits. Si elle siège habituellement
dans la région génitale, elle peut aussi être
péri-anale et devenir ulcéro-végétante,
nécrosante et mutilante. Elle atteint les populations jeunes,
est souvent découverte pendant la grossesse chez la femme.
Lexamen histologique montre une hyperplasie pseudo-épithéliomateuse
qui peut être trompeuse. Un frottis coloré par le Giemsa
rapide permet un diagnostic rapide et sensible. Les corps de Donovan
sont des corps arrondis ovalaires ou en batonnets, colorés
en bleu par le Giemsa, situés à lintérieur
des histiocytes. Le traitement fait appel aux cyclines ou au Bactrim®
durant 10 à 15 jours, à lérythromycine
en cours de grossesse.
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fig. 10 Donovanose
périanale (cliché Pr. Grosshans) |
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Leczéma de contact
Il résulte du développement dune
réaction immunitaire du type IV de la classification de Gell
et Coombs, mécanisme dhypersensibilité cellulaire
retardée à médiation lymphocytaire. Pendant
la période de sensibilisation, silencieuse, lallergène
est pris en charge par les cellules présentatrices de lantigène
; les lymphocytes sont informés et le mettent en mémoire.
En fin de processus, le patient est capable de répondre à
toute nouvelle rencontre avec lantigène, par le développement
dune réaction deczéma (érythème,
vésicule, suintement, prurit) au lieu même de la rencontre.
Pour développer un eczéma péri-anal, lallergène
doit arriver au contact de la région. Cest rarement
le fait des vêtements ; pour arriver au fond du pli, il faut
y avoir été conduit et ce sont donc principalement
des produits de toilette ou des topiques qui sont en cause :
par leur composant actif : anesthésiques locaux (groupe
caïne), antibiotiques (Néomycine®), antimycosiques
(imidazolés), anti-inflammatoires (Parfénac®)
;
par le véhicule de la préparation lui même
comme la lanoline, des conservateurs comme les parabens (parahydroxybenzoate
de méthyle, propyle, etc...), Kathon CG, ou des stabilisateurs
(éthylènediamine) ;
des parfums divers et en particulier le baume du Pérou
;
et même des corticoïdes locaux.
Le répertoire des allergènes est très vaste
et découvrir lallergène en cause nécessite
une enquête allergologique quasi policière. En outre,
un test positif nest pas forcément pertinent. Enfin,
une allergie à un réactogène peut ne sexprimer
que par un prurit.
Le traitement dun eczéma allergique nest pas
la cortico-thérapie locale qui ne peut que réduire
la symptomatologie : cest léviction définitive
de lallergène. La confirmation est obtenue par les
tests épicutanés. La réintroduction de lallergène
nest pas obligatoire, sauf pour un patient dubitatif qui exige
la preuve par la récidive.
Les dermites dirritation
Elles sont consécutives à laction
sur la peau dune substance irritante, sans composante immunologique.
Au maximum, cest la bulle caustique, véritable brûlure
chimique. Lirritation chronique provoque un état inflammatoire
souvent accompagné de suintement : cest aussi un eczéma
mais par un mécanisme différent. On peut classer dans
cette catégorie la dermite dirritation péri-anale
par utilisation de laxatifs aux anthraquinones : le métabolisme
intestinal de ce produit le rend fortement irritant lorsquil
est éliminé.
In. Memoriam. On peut encore classer dans ce groupe un état
pathologique autrefois extrêmement courant et devenu très
rare : cest lérythème fessier du nourrisson
quasi-disparu depuis lutilisation des couches jetables, pour
un coût annuel de 3 000 à 4 000 F par an pour les parents.
Reste encore le problème mécanique des élastiques
antifuites, responsables dirritation des cuisses, ainsi quun
risque de sensibilisation aux ingrédients du caoutchouc.
Leczéma atopique ne concerne curieusement jamais les
fesses, peut-être en raison de lhumidité persistante
de la région.
La dermite séborrhéïque
Elle est caractérisée par une
desquamation grasse sur un fond brun-rouge. Elle débute au
fond des plis puis sétend rapidement. Latteinte
de la région lombo-fessière est moins fréquente
que la localisation principale au visage où laspect
est très caractéristique par latteinte médiane
des sourcils, de la glabelle, des régions péri-narinaires,
toutes zones riches en glandes sébacées.
Les sujets à peau grasse en sont atteints avec prédilection
mais on la remarque aussi lors de maladies neurologiques comme la
maladie de Parkinson, certaines maladies psychiatriques et surtout
chez les sujets VIH. Le rôle de Malassezia furfur
a été discuté mais les imidazolés (kétoconazole
surtout) ont une action bénéfique rapide.
Le psoriasis des plis
Cest le classique psoriasis inversé,
atteignant les plis plutôt que les faces dextension
des grandes articulations ; il peut aussi apparaître au cours
dun psoriasis habituel, et le diagnostic peut être difficile
dans les formes pauci lésionnelles. Une atteinte périnéale
doit faire rechercher les autres localisations, même mineures.
Dans le pli, la lésion érythémato-squameuse
est modifiée : cest une plage érythémateuse,
habituellement bien limitée, parfois accompagnée de
lésions satellites en médaillon. La macération
masque les squames qui fondent en un enduit blanchâtre à
odeur prononcée. La surinfection bactérienne ou levurique
complique le psoriasis ; ces facteurs infectieux peuvent aussi le
déclencher par un phénomène de Koebner : les
médiateurs de linflammation agissant comme une agression
vont provoquer lapparition de la lésion psoriasique
(Dubertret).
Le traitement du psoriasis sest beaucoup modifié :
les corticoïdes locaux restent une bonne indication mais ceux
de classe 1 sont très fortement absorbés dans les
plis et susceptibles dy provoquer rapidement des complications
: vergetures, dyschromie, complications infectieuses. Le calcipotriol
peut irriter les plis. Les dérivés des goudrons, très
en faveur dans les pays anglo-saxons, nont été
carcinogènes quaprès des applications trop prolongées
dans les plis.
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fig. 11 Psoriasis :
lésion squameuse de la convexité. |
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fig. 12 Psoriasis :
érythème bien limité du fond du pli. |
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Le lichen plan
La localisation anale de cette maladie détiologie
inconnue et touchant la peau et les muqueuses est rare. Dans sa
forme habituelle, cest une lésion papuleuse ferme,
polygonale, dune coloration rouge-violine évocatrice
et dont lhistologie est très caractéristique
: hyperplasie épidermique où certains kératinocytes
montrent des images de dégénérescence (corps
cytoïdes), en regard dun infiltrat dermique en miroir,
lymphohistiocytaire, collé à la basale quil
grignote. Une incontinence pigmentaire (fuite du pigment dans le
derme) est habituelle et responsable des séquelles pigmentaires
qui persistent plusieurs mois après la régression
de linflammation aiguë.
Au niveau muqueuses buccales, génitales surtout, et parfois
périanales, la lésion peut être érosive,
douloureuse et passer à la chronicité. Le diagnostic
histologique nest alors pas facile, car lulcération
emporte les manifestations caractéristiques de la maladie
et parfois seuls les bords sont évocateurs. Le lichen érosif
peut devenir néoplasique. Limportance de la participation
lymphocytaire dans linfiltrat fait penser à une pathogénie
immunitaire dont le mécanisme reste mystérieux. Une
association avec une hépatite C a été signalée.
Le lichen scléro-atrophique (ancien
Kraurosis vulvae)
Latteinte anale se voit exclusivement
dans le sexe féminin et correspond à lextension
postérieure de latteinte vulvaire. Souvent révélé
par un prurit, il peut être asymptomatique et nêtre
découvert quà lexamen. Il donne à
la muqueuse génitale, où il débute, un aspect
blanc-nacré, brillant, parfois associé à des
excoriations, des ecchymoses sous-épithéliales. Il
sétend secondairement à la région anale
et péri-anale décrivant des limites en forme de 8.
Cette atteinte génitale peut se voir chez lenfant mais
dans 60 % des cas, cest une maladie de la femme ménopausée.
Lévolution est dominée par les risques datrophie
scléreuse définitive et de dégénérescence
néoplasique. La survenue de zones hyperplasiques ou dulcérations
rebelles impose la biopsie pour le diagnostic précoce dun
carcinome épidermoïde. Le cancer complique rarement
le lichen atrophique, mais 61 % des cancers surviennent histologiquement
sur un lichen scléro-atrophique. Il convient donc dinformer
la patiente de ce risque, de la surveiller régulièrement,
de ne pas hésiter à biopsier en cas de doute. Chez
ladulte, le traitement fait appel aux dermocorticoïdes
de classe 1 (Dermoval®, Diprolène®) au rythme dune
application quotidienne pendant au moins 3 à 4 mois. Après
amélioration, les applications peuvent être espacées
; la durée du traitement est difficile à apprécier.
Les arrêts trop précoces ont été suivis
de récidive rapide. Dans un très grand nombre de cas,
le traitement doit être poursuivi à vie. Une restitution
ad integrum est rare mais on peut espérer limiter
la gêne fonctionnelle et les dyspareunies orificielles. La
chirurgie sera utile lors des complications mécaniques ou
infectieuses comme les abcès. Une bonne hygiène est
recommandée ainsi que ladjonction de lubrifiants aux
rapports.
Chez lenfant, les corticoïdes classe 2 ou 3 sont suffisants
et une régression complète peut être espérée.
Il est toutefois utile de prévenir quune récidive
à lâge adulte est possible et que le traitement
pourra en limiter les conséquences.
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fig. 13 Lichen scléro-atrophique
péri-ano-vulvaire. |
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fig. 14 Carcinome épidermoïde
sur lichen scléro-atrophique. |
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Lacrodermatite entéropathique
Cest une maladie congénitale rare
et caractérisée par un déficit en zinc. Elle
se traduit par des lésions eczématiformes à
topographie principalement péri-orificielle associées
à des lésions des mains et des pieds. La diarrhée
est fréquente, la croissance de ces enfants est perturbée.
La compensation du déficit en zinc a permis de guérir
ce déficit congénital à transmission autosomique
récessive.
Des états comparables acquis ont été décrits
par la suite : déficit endémique nutritionnel au Moyen-Orient,
syndrome de déplétion en zinc après résection
intestinale importante, après malabsorption, au cours dalimentation
parentérale mal équilibrée. Cette dernière
complication est devenue rare depuis la compensation systématique
en zinc en réanimation.
LAcanthosis nigricans
Cest un épaississement cutané
donnant un aspect velouté, en plage grisâtre dabord,
franchement noirâtre en évoluant, mal limité
atteignant de façon élective les plis axillaires,
inguinaux et inter-fessiers mais aussi creux poplités et
plis des coudes, la région péri-ombilicale et parfois
même palpébrale. Cette hyperplasie épidermique
peut devenir papillomateuse. Huit types ont été retenus
par Schwartz : une forme bénigne et familiale, associée
à lobésité, à des signes de virilisation
chez la femme jeune, à des maladies métaboliques ;
il peut être induit par certains médicaments : corticothérapie
générale, acide nicotinique, insuline, extraits hypophysaires.
Il peut enfin être paranéoplasique. Cest le cancer
de lestomac qui en est responsable dans 61 % des cas, les
autres provenances étant diverses : poumon, foie, utérus,
seins, ovaires ou lymphomes.
Fissures et ulcérations
Les fissures de cause proctologique sont traitées
ailleurs. Citons pourtant laphtose ou maladie de Behçet
qui, dans ses formes bipolaires, associe à des aphtes classiques
de la muqueuse buccale, des ulcérations arrondies peu spécifiques
de la marge anale. Ces atteintes cutanéo-muqueuses en constituent
un critère diagnostique majeur. Sur les fesses, les pseudo-folliculites
peuvent être observées à un stade précoce.
Les autres manifestations sont oculaires, neurologiques, articulaires
et vasculaires.
Maladies bulleuses auto-immunes
Certaines des grandes dermatoses bulleuses
saccompagnent dérosions muqueuses, particulièrement
génitales et péri-anales.
La pemphigoïde cicatricielle en
est un exemple : elle peut débuter de façon atypique
et rester longtemps méconnue, évoluant vers des cicatrices
rétractiles invalidantes. La localisation anale est rare
(3 %). Le diagnostic se fait par immuno-fluorescence directe des
dépôts linéaires dIgG et de C3.
La dermatose à IgA
linéaire touche préférentiellement les enfants.
On y reconnait des bulles à groupement herpétiforme
et latteinte périnéale et génitale est
habituelle. Il ny a pas dentéropathie au gluten
contrairement à la dermatite herpétiforme où
latteinte muqueuse est rare.
Dans le groupe des pemphigus,
les atteintes muqueuses sont caractéristiques. De nouvelles
entités ont été décrites avec lidentification
précise des protéines et des épitopes cibles
des auto-anticorps. Les antigènes reconnus sont la desmogléine
1 et 3 pour les pemphigus superficiels et vulgaires, et la desmoplakine
1 et 2 pour les pemphigus para-néoplasiques.
La conception actuelle de ces maladies bulleuses est quelles
résultent dune levée plus ou moins large de
la tolérance immunitaire vis-à-vis dun ou de
plusieurs antigènes épidermiques et la fixation des
anticorps sur leur cible perturbe les fonctions dadhérence
inter-kératinocytaire. Les progrès des connaissances
physiopathologiques ne saccompagnent pas encore de progrès
thérapeutique, la corticothérapie générale
et limmuno-suppression restant la base du traitement. Toutefois,
dans certaines formes, un traitement local par dermocorticoïdes
de classe I a permis déconomiser sur la corticothérapie
générale, particulièrement chez les sujets
âgés et fragiles.
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fig. 15 Pemphigus :
érosions post-bulleuses extensives à partir des atteintes
des plis. |
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Le pemphigus bénin familial
On le nomme aussi maladie
de Hailey-Hailey. Cest une génodermatose
débutant à lâge adulte, bénigne
au contraire des pemphigus, évoluant par poussées
estivales, caractérisées par la survenue de lésions
bulleuses dans les plis. Lhistologie observe un clivage intra-épidermique
avec acantholyse et cellules dyskératosiques. Ce trouble
congénital de la cohérence inter-kératinocytaire,
non immunitaire, est encore mal expliqué. Lexamen clinique
trouve des érosions humides avec des croûtelles jaunâtres.
Des fissures ou rhagades parallèles à la périphérie
des érosions sont spécifiques. Lextension est
variable selon les patients. À lextrême, tous
les plis peuvent être atteints ; la gêne fonctionnelle
et le retentissement sur la qualité de la vie sont considérables.
Si certains aspects cliniques sont comparables à la maladie
de Darier, le traitement par les rétinoïdes napporte
ici aucun secours. Lexcision chirurgicale des zones atteintes
a été proposées avec des succès inconstants.
Des contrôles de la surinfection par des antibiotiques locaux,
par les imidazolés en cas de candidose, par la corticothérapie
locale pour limiter linflammation apportent quelques soulagements.
Certains cas ont été améliorés par la
thalidomide mais cette indication reste à valider. Dans les
formes graves le méthotrexate a été proposé
mais le traitement spécifique reste à découvrir
; on peut même se demander si ce tableau clinique est univoque
et ne recouvre pas des facteurs étiologiques divers.
Les granulomatoses
Dans le groupe des granulomatoses, lérythème,
linfiltration ou lulcération des manifestations
périanales nont pas de caractère spécifique,
et lhistologie peut ne pas être parlante au début
; il faut savoir la renouveler.
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fig. 16 Pemphigus bénin
familial de Hailey-Hailey : aspect caractéristique des rhagades,
en périphérie des décollements bulleux. |
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La tuberculose cutanée orificielle
Devenue rare, elle est considérée
comme une forme dauto-inoculation ou le résultat dune
dissémination lymphatique ou hématogène. Elle
survient chez des sujets en mauvais état général,
immunodéprimés, porteurs dune tuberculose connue.
La localisation péri-anale suit en général
une tuberculose intestinale. Le granulome tuberculoïde à
lhistologie nest pas toujours très spécifique
mais la PCR permet actuellement dy trouver les bacilles de
Koch. Avant dinstituer le traitement général,
il conviendra de rechercher la source de la contamination anale.
Histiocytose langerhansienne
La localisation péri-anale de cette
maladie réactionnelle caractérisée par un granulome
à cellules de Langerhans existe aussi bien chez lenfant
que chez ladulte. Les atteintes plurifocales ont un plus mauvais
pronostic que les formes isolées. Les lésions cutanées,
initialement papuleuses, jaunes ou brunâtres, avec une desquamation
superficielle, vont facilement séroder dans les plis.
Lexamen histologique, immuno-histochimique et ultrastructural
est indispensable et caractéristique. Le pronostic dépend
de lâge du patient, de létendue de la maladie
et de la gravité de latteinte des organes vitaux. Les
lésions tissulaires sont probablement en rapport, au moins
en partie, avec la production locale de cytokines.
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fig. 17 Histiocytose
langerhansienne, infiltration et ulcération péri-anale
chez lenfant. |
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La granulomatose Wegener
Cest une vascularite systémique
granulomateuse avec des atteintes ORL, pulmonaires et rénales.
Le pronostic nest pas bon et lié à la gravité
des atteintes viscérales. Les AC dirigés contre le
cytoplasme des polynucléaires neutrophiles (ANCA) sont devenus
les marqueurs de la maladie. Une observation récente a fait
état dulcération périanale.
Malakoplakie
Cest une maladie mystérieuse avec
dans 75 % des cas une localisation uro-génitale, pour 12,5
% une atteinte viscérale digestive et avec une atteinte cutanée
pour 4 % des cas. Il sagit cliniquement dulcérations
croûteuses ou suintantes, de nodules ou de plaques, soit indurées
et ligneuses, soit infiltrantes et molles. Lhistologie est
caractéristique : au centre dun infiltrat inflammatoire
polymorphe, on trouve de larges plages de cellules claires à
cytoplasme éosinophile et spumeux, les cellules de Von Hansemann.
Ce sont des macrophages renfermant des granulations cytoplasmiques
et les corps de Michaelis et Gutman contenant des structures calcaires
et ferriques, daspect concentrique en bulbe doignon
ou en il doiseau et correspondant à des débris
bactériens. La raison de cette réaction macrophagique
anormale contre des germes banals nest pas claire et limmunodépression
inconstante. Le pronostic est médiocre et dépend de
latteinte rénale. La maladie est aggravée par
les corticoïdes et la colchicine ; les antibiotiques sont décevants
sauf peut être les quinolones en traitement prolongé
; la chirurgie est souvent suivie de récidive. Un succès
par association Clofazine®-Bactrim® doit encore être
validé.
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Tumeurs |
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Séparer les tumeurs des maladies
infectieuses virales peut sembler artificiel : on connait en effet
lorigine virale des condylomes acuminés bénins
pour la plupart. Ils peuvent devenir malins sous certaines conditions.
Nous avons conservé cette classification pour des raisons
de commodité.
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Le naevus pigmentaire
(ou grain de beauté) est une dysembryoplasie bénigne
connue de tous. Un hamartome
est une tumeur comportant un agencement anormal de cellules normales.
Cette distinction ne permet pas de tout classer, et une récente
controverse nosologique sur la définition de chacun de ces
termes na pas encore abouti à un accord. Il est impossible
dénumérer lintégralité des
tumeurs bénignes de diverses origines, congénitales
ou acquises. Citons deux exemples extrêmes : lun très
commun, le molluscum pendulum : masse charnue, molle,
avec un pédicule étroit, souvent pigmenté dans
les plis où il peut sulcérer, son axe vasculaire
se thromboser et devenir douloureux. Lautre exemple est à
lopposé : des plaques papuleuses blanchâtres
du périnée, peu évocatrices cliniquement, vont
être reconnues à lhistologie pour être
un naevus épidermique acantholyque et dyskératosique,
une forme naevoïde de maladie
de Darier. Seul lexamen histologique
peut permettre de reconnaitre la nature parfois complexe danomalies
macroscopiquement peu évocatrices.
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fig. 18 Condylomes
acuminés péri-anaux de lenfant. |
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fig. 19 Condylomes
acuminés géants du périnée. |
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Les carcinomes ano-génitaux ont
une incidence augmentée de 100 fois après les transplantations
dorganes et surviennent 7 à 8 ans après la greffe.
Leur potentiel invasif est élevé et un diagnostic
précoce nest possible que par une surveillance systématique
des patients. Nous nous limiterons à évoquer certaines
particularités dermatologiques de ces cancers, étudiés
par ailleurs.
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Le carcinome baso-cellulaire
Cette tumeur très fréquente de
la peau des blancs est presque toujours située sur les parties
photo-exposées. Depuis plus de deux décennies, la
photothérapie de maladies dermatologiques comme le psoriasis,
a pu induire sur les parties génitales des cancers cutanés.
La localisation péri-anale est exceptionnelle et ne représente
que 5 % des cancers de cette région. Lâge moyen
est supérieur à 60 ans avec une prédominance
masculine, et des observations chez le sujet noir nont été
rapportées que récemment.
Les signes fonctionnels sont mineurs ou absents. La découverte
dune anomalie de surface, une ulcération, un saignement
peut motiver la consultation. Mais cest très souvent
une découverte dun examen systématique.
Cliniquement, cest une tumeur bien limitée, translucide,
soit nodulaire ou globuleuse, soit polylobée ou en plaque
entourée dun bourrelet perlé. Le caractère
translucide de cette tumeur est assez caractéristique. Elle
est parfois recouverte dune télangiectasie. Elle peut
être tatouée, cest-à-dire pigmentée
par la mélanine à tel point quelle peut simuler
le mélanome malin. Cest une tumeur qui ne métastase
jamais, sauf dans les formes étendues à évolution
très prolongée, confirmant ainsi le caractère
cancéreux que certains avaient mis en doute. Lexérèse
complète vérifiée histologiquement en est le
traitement.
Le carcinome épidermoïde
56 % des carcinomes anaux sont de cette nature. Il est un peu plus
fréquent chez la femme mais plus agressif chez lhomme.
Au Danemark, son incidence a triplé depuis 1960. Parmi les
facteurs favorisants, on cite le tabac, les dysplasies cervicales,
le multi partenariat sexuel, lhomosexualité, la maladie
de Crohn et linfection aux virus HPV. Le rôle de HSV2
reste controversé. Il peut survenir sur une cicatrice de
lichen scléro-atrophique ou de tuberculose, sur une radiodermite
ou même une ancienne fistule pilonidale. Le diagnostic doit
être précoce et toute infiltration dure, toute ulcération
infiltrée ou tumeur végétante ou polypoïde
doit être biopsiée.
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fig. 20 Carcinome basocellulaire
du périnée chez un sujet âgé. |
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fig. 21 Carcinome spinocellulaire
monstrueux du périnée. |
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La maladie de Büschke-Löwenstein
Elle est actuellement considérée
par de nombreux auteurs comme un carcinome verruqueux de la muqueuse
ano-génitale associé à linfection HPV.
Son comportement est localement agressif : la tumeur devient exophytique,
bourgeonnante en chou fleur, parcourue de nombreuses anfractuosités
; son extension est aussi endophytique comprimant, repoussant et
détruisant les tissus sous-jacents. Chez lhomme elle
siège préférentiellement dans le sillon balano-préputial,
chez la femme sa localisation est vulvaire. Les localisations périanales
et ano-rectales sont moins fréquentes. Lexamen histologique
montre une exagération papillomateuse des condylomes, lépiderme
massivement hyperplasique et exophytique avec des cellules vacuolisées
dans la couche granuleuse. Il sy associe un développement
endophytique respectant longtemps la membrane basale. Des biopsies
multiples sont nécessaires pour mettre en évidence
des images de dysplasie, de carcinome in situ ou bien le
début du caractère invasif avec rupture de la membrane
basale. Les métastases ganglionnaires des parties molles
ont été rapportées après une radiothérapie
qui rend la tumeur anaplasique, mais aussi après une évolution
prolongée. Les virus HPV retrouvés par lhybridation
in situ ont été des types 6 et 11 faiblement oncogènes,
mais aussi 16 et 18 et plus récemment 54. Le traitement chirurgical
est souhaitable lorsquil est possible. On a pu proposer un
traitement général par rétinoïde (Acitrétine®)
qui permet de réduire la masse tumorale. Linterféron
a, est plutôt considéré
maintenant comme un adjuvant post-chirurgical. Des chimiothérapies
à la Bléomycine® ont encore été
proposées.
On tend actuellement à considérer cette entité
comme une variété de carcinome épidermoïde
corrélé à linfection HPV avec une évolution
in situ prolongée et une dissémination métastatique
tardive, si elle nest pas précipitée par une
radiothérapie.
La papulose bowénoïde
Cest une MST de ladulte jeune autour de 30 ans qui intéresse
les deux sexes. Ce sont des lésions ano-génitales
papuleuses ou planes peu inquiétantes, de 1 à 3 mm
de diamètre, multiples, avec pigmentation brune-violine sur
le versant cutané, rouge sur le versant muqueux. Le prurit
attire souvent lattention. Lhistologie est celle dune
maladie de Bowen avec désorganisation architecturale et atypie
cellulaire ; elle est interprétée actuellement comme
AIN (anal intra-epithelial neoplasia), par analogie au VIN vulvaire
de même étiologie. La biologie moléculaire y
reconnait un HPV16 dans 60 à 80 % des cas, mais aussi HPV
18, 31, 33, 39. On la distingue de la maladie de Bowen vraie, à
histologie identique mais de survenue beaucoup plus tardive, où
le risque de cancer invasif est estimé à 25 %. Elle
peut apparaitre et se développer pendant la grossesse ou
lors de tout épisode de dépletion en lymphocytes CD4,
par forcément liée au VIH. Des cas pédiatriques
ont été rapportés, liés à une
contamination néo-natale ou un abus sexuel. Lévolution
vers un cancer invasif est exceptionnelle et des cas de régression
spontanée ont été rapportés chez limmuno-compétent.
Le traitement peut être médical (5-FU, podophylline)
ou chirurgical par cryothérapie, électrocoagulation,
laser CO2, excision. Chez les sujets immuno-déprimés,
des formes extensives sont susceptibles de devenir invasives et
une surveillance semestrielle est nécessaire. Chez la femme,
des dysplasies cervicales sont à rechercher. Enfin, le ou
les partenaires sexuels doivent être examinés et les
autres MST dépistées.
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fig. 21 Carcinome spinocellulaire
monstrueux du périnée. |
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La maladie de Bowen vraie
Elle revêt des aspects variés selon
le degré dhumidité de la zone atteinte. Plaque
sèche, desquamante, rouge et ulcérée, ou plaque
rouge humide et veloutée dans les plis. Elle est plus rare
en région génito-anale quailleurs sur la peau.
Cest un carcinome épidermoïde in situ dont
la croissance est lente et les limites bien tracées. Il atteint
des sujets relativement âgés, en général
autour de 60 ans. De rares observations de forme pigmentée
ont été rapportées où la mélanine,
abondante dans les couches basales peut aussi être démontrée
dans les mélanophages dermiques. Lexamen histologique
fait le diagnostic. Des séquences virales HPV ont été
trouvées dans le génome des cellules.
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fig. 23 Maladie de
Bowen. Cliché J. Denis. |
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La maladie de Paget
La maladie de Paget du mamelon peut être
considérée comme lextension cutanée dun
épithélioma galactophorique et se caractérise
histologiquement par lenvahissement de lépiderme
et des parois pilaires par des cellules de Paget aisément
reconnaissables. Or la glande mammaire est ontogéniquement
une annexe cutanée et une glande à sécrétion
apocrine. Des maladies de Paget extra-mammaires ont été
décrites dans les régions où il y a des glandes
sudorales apocrines : la vulve, les régions péri-anales,
mais aussi la région génitale de lhomme, le
pubis, les fesses et la région axillaire. Les études
immunohistochimiques semblent démontrer que la cellule de
Paget dérive de lépithélium sudoral.
Si la maladie de Paget survient isolément le plus souvent,
elle est parfois associée à un cancer profond. Le
traitement doit tendre à lexérèse complète
: cest le plus difficile en raison de la nature multi-centrique
de la maladie, de ses bords mal définis et de la fréquente
sous-estimation de son étendue réelle.
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fig. 24 Maladie de
Paget extra-mammaire étendue à tout le périnée. |
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Le mélanome malin
Développé à partir des
mélanocytes, cest un cancer redoutable en raison de
sa tendance très précoce à essaimer et de son
peu de sensibilité aux moyens chimiothérapiques actuels.
Sa survenue ano-rectale nest pas fréquente : 1 % des
tumeurs de la région. On lestime à 25 cas par
an en France. Il est souvent méconnu et toute tumeur pigmentée
péri-anale, du canal anal et de la jonction ano-rectale doit
être excisée. Mais le mélanome peut être
achromique dans 25 % des cas. Le pronostic dépend de lépaisseur
de la tumeur (indice de Breslow) sa détection précoce
est essentielle, mais la situation anale ne sy prête
guère. La découverte tardive, lépaisseur
importante, 7 mm dans une série, alors que la limite est
de 0,7 mm pour un assez bon pronostic, font que la survie nest
que de 10 % à 5 ans. Il faut donc penser au mélanome
devant toute anomalie tumorale, pigmentée ou non, et en faire
un examen histologique. Depuis 2 ans, un nouveau protocole (Kirkwood)
par linterféron a à forte dose a été
institué en traitement adjuvant des mélanomes à
risques avec des résultats semble-t-il plus prometteurs.
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fig. 25 Mélanome
: forme cutanée du haut du sillon interfessier, à type
de naevus mollusciforme géant, laspect inflammatoire,
la polychromie signe le mélanome. |
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La maladie de Kaposi
Des séquences virales de HSV8, un herpès
virus initialement découvert par Cheng dans le Kaposi du
sida, ont été trouvées depuis peu dans les
formes non liées à linfection VIH, aussi bien
dans les lésions que dans le génome des cellules monocluéées
sanguines. Un Kaposi transitoire a été signalé
lors dune primo-infection à HSV8. Cest aussi
la première affection maligne à apparaître après
une greffe dorgane, en moyenne après un an de ciclosporine
et 2 ans dazathioprine associé à des stéroïdes.
Sa régression spontanée a été observée
après larrêt du traitement immuno-supresseur.
Cest le marqueur dune immuno-dépression profonde.
Les atteintes cutanées et muqueuses précèdent
celles des organes profonds, pulmonaires et digestifs. Chez les
homosexuels de la cohorte de San Francisco, le risque est corrélé
aux antécédents de MST et au nombre de partenaires.
Les nouveaux traitements de linfection VIH et peut-être
les nouvelles conduites influencées par les campagnes de
« Safer Sex » ont réduit son incidence dans le
sida. Sil ny a pas de traitement entièrement
satisfaisant, le dermatologue doit rappeler lintérêt
de traitements locaux pour des lésions isolées susceptibles
de provoquer une gêne particulière de par leur situation.
La cryothérapie a ainsi pu réduire de telles lésions,
ainsi que linjection dantimitotique in situ,
bien que cette dernière technique soit relativement douloureuse.
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fig. 26 Kaposi du Sida. |
PRURIT
ANAL |
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Le prurit est un signe fonctionnel subjectif,
quotidiennement rencontré, mais que bien souvent on a de
la peine à expliquer. Les enseignements de la physiologie
et lexpérience clinique nous ont appris ses relations
étroites avec la douleur. Sa définition, une sensation
déplaisante de la peau qui induit un besoin impérieux
de se gratter est peu satisfaisante pour lesprit. La sémantique
analytique sest attachée à discuter des différences
entre prurits, démangeaisons et chatouillements, mais dès
1923 Jules Romain en fit une critique acerbe dans « Knock
ou le Triomphe de la Médecine ». On peut pourtant dire
que le prurit est limité à la peau alors que seule
la douleur sexprime dans les organes profonds. Prurit et douleur
résultent de lactivation des extrémités
nerveuses libres situées à la jonction dermo-épidermique.
Les anciens avaient démontré que le prurit résultait
de la stimulation infra-liminaire des récepteurs de la douleur.
La nature certainement très diverse des stimuli est un vaste
champ détudes où lintervention des cytokines
sera très certainement démontrée.
Lurticaire résulte de la libération dhistamine
à partir des mastocytes et induit un prurit et une sensation
de brûlure qui a été comparée à
la réaction provoquée par lortie (urtica en
latin). Les antihistaminiques anti H1 y sont efficaces le plus souvent.
Par une approximation un peu légère, on a eu tendance
à les proposer dans tout prurit avec des résultats
variables. Si un effet est obtenu, cest en général
par un effet sédatif qui élève le seuil de
réponse nerveuse.
Le prurit anal est un motif fréquent de consultation chez
lhomme blanc de classe moyenne et dâge moyen,
au dire des auteurs anglais. Il est moins fréquent chez les
femmes (1 femme pour 3 hommes), il est alors associé au prurit
vulvaire. Lexamen clinique soigneux va rechercher son caractère
symptomatique :
dune maladie dermatologique
spécifique où la localisation
anale accompagne dautres localisations et il est important
dexaminer la surface cutanée en totalité sans
pourtant se laisser abuser par les complications du prurit :
lichénification ou excoriations, secondaire au grattage
prolongé,
impétiginisation,
eczématisation par réaction dirritation
ou par réaction allergique à un topique ;
dune cause mécanique
par difficultés dhygiène : obésité
provoquant la macération, anus profondément situé,
hirsutisme ; les patients avec une colostomie nont pas de
prurit anal. Des selles fréquentes le favorisent. Ce sont
des patients souffrant de tension nerveuse ; le côlon, nous
disent les psychiatres, est la caisse de résonance des émotions
;
dune origine proctologique
objectivable avec fuites anales :
par cause locale : hémorroïdes, fissures, marisques
qui troublent la fonction anale,
par dysfonctionnement sphinctérien véritable
;
dune maladie générale
: diabète souvent compliqué de candidose, maladie
métabolique ou hormonale, cancer profond de diverses origines
dont le colon, ou hémopathie :
lymphome ou polyglobulie.
Lorsque toutes les étiologies dermatologiques, procto-logiques
et générales ont été éliminées,
reste le prurit idiopathique,
celui pour lequel aucune cause précise na pu être
démontrée, ou qui résiste lorsquune cause
supposée a pu être éliminée.
Une surveillance clinique est souhaitable car le prurit peut parfois
précéder de longtemps une cause organique, locale
ou une maladie systémique, particulièrement néoplasique.
Lorsquil apparaît hors de proportion avec les constations
cliniques, des facteurs psychologiques
sont invoqués et bien sûr la région ano-génitale
est fortement investie au dire des psychanalystes. Il est utile
de se reporter à lintéressant travail de A.
Laurent : dans sa conclusion, il lui semble arbitraire dattribuer
une origine psychogène aux prurits anaux bien quun
facteur psychologique puisse être présent pour certains
patients. Par ailleurs, mettre en cause le refoulement dune
homosexualité ne résiste plus à la critique.
Il est parfois difficile de prouver une cause organique et bien
des exemples ont montré que le prurit peut précéder
les manifestations objectives. Les patients doivent être surveillés
régulièrement et conseillés avec circonspection.
Comme il ny a pas de consensus sur le traitement, les propositions
subjectives sont nombreuses. Citons les injections intradermiques
de Bleu de méthylène associé à un anesthésique.
Les urines bleues et un pourtour anal de la même couleur ont
évidemment un fort impact psychologique. La balance bénéfice-risque
doit rester à lesprit.
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fig. 27 Lichénification
périanale, consécutive au prurit (cliché Pr.
Grosshans). |
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ANOMALIES MINEURES
DU DÉVELOPPEMENT
EMBRYONNAIRE
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MALADIES CUTANÉES
PÉRI-ANALES ET PÉRINÉALES
MALADIES INFLAMMATOIRES
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TUMEURS
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INFECTIEUSES |
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DERMATOLOGIQUES |
BENIGNES |
| Hémangiomes (nourrissons) |
Bactériennes
Portage staph.
Mal. Strepto.péri-anale infantile
Pseudomonas aeruginosa
Gangrènes |
Eczéma
de contact
Dermite séborrhéïque
Psoriasis
Lichen plan
Lichen scléro atrophique |
Naevus et hamartomes
Molluscum pendulum
Naevus épid. dyskératos.
acantholyt.
Endometriose |
| Hémolymphangiomes |
Erythrasma |
Acrodermatite entéropathique |
|
| |
Acanthosis nigricans |
MALIGNES |
| Virales |
Aphtose |
Epithélioma
baso-cellulaire |
| Herpes-Zona |
|
|
| Sinus pilonidaux |
Condylomes HPV |
Maladie
bulleuse auto-immune |
Carcinome épidermoïde |
| |
Pemphigoïde
cicatricielle |
Carcinome verruqueux |
| Parasitaires |
Pemphigus
végétant |
(Büschke
Löewenstein) |
| Gale |
|
|
| Phtiriase |
Pemphigus
bénin familial |
Papulose bowenoïde |
| Oxyurose |
|
Bowen |
| Protrusion
pyramidale périnéale infantile |
Schistozomiase |
Hidrosadénite-(Verneuil) |
|
| Larva migrans,
currens |
|
Paget extra mammaire |
| Amibiase cutanée |
Granulomes |
|
| Candidose |
tuberculose |
Mélanome |
| Trichophyties |
hystiocytose X |
|
| |
Wegener |
Kaposi (VIH)
ou non |
| MST |
Malakoplakie |
|
| Syphilis |
|
|
Gonococcie
Donovanose
Nicolas-Favre
Chancre mou
Sida |
Manifestations
anales des maladies inflammatoires du tube digestif
Crohn |
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Que proposer alors ?
Un pli doit être sec et les sous-vêtements
de coton,
une bonne hygiène locale : savon neutre ou syndet
émollient,
éviter les topiques irritants : solutions acides,
ammoniums quaternaires, les antiseptiques, qui en cultures in vitro,
tuent 100 % des kératinocytes,
et les topiques sensibilisants : anesthésiques locaux,
certains stéroïdes,
condamner définitivement la radiothérapie locale.
Les conseils doivent être circonspects pour éviter
des conduites obsessionnelles.
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