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PROCTOLOGIE
PRATIQUE |
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MALADIES
SEXUELLEMENT TRANSMISSIBLES ano-rectales (SIDA EXCLU) |
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T. PUY-MONTBRUN, R.
GANANSIA, J. DENIS |
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Si les maladies sexuellement transmissibles
ano-rectales (MST AR) sobservent le plus souvent chez les homosexuels
masculins, elles ne sont pas pour autant exceptionnelles chez les
hétérosexuels. En terme de risque, la probabilité
de présenter une MST AR se trouve corrélée non
au type de sexualité mais à la multiplicité des
partenaires. À ce titre, les hétérosexuels à
partenaires multiples apparaissent autant à risque que les
homosexuels. Cest dire que le terme de Gay Bowel syndrome consacré
par le temps et lhabitude ne doit plus être utilisé.
La fréquence de la polycontamination participe au polymorphisme
clinique des MST AR. Quant au virus de limmunodéficience
humaine (VIH), il a modifié lexpression et lévolution
de certaines MST AR et en a créé de nouvelles. De plus,
entre MST classiques et VIH existent une potentialisation réciproque
en matière de risque de contamination et de gravité.
Avant denvisager successivement les principales étiologies
des MST AR en dehors du sida, il importe davoir présent
à lesprit deux notions essentielles à leur prise
en charge : la fréquence de leur association et la nécessité
daccompagner leur traitement de mesures prophylactiques.
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Les
MST bactériennes |
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La syphilis |
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La syphilis demeure encore une maladie dactualité.
La manifestation initiale en est le chancre anal qui apparaît
3 à 4 semaines après le contage. Cest une ulcération
contagieuse de la marge, classiquement latérale, rosée,
indurée, habituellement peu douloureuse encore que des formes
avec algies pseudo-fissuraires aient été décrites.
Le chancre peut sassocier à des manifestations inflammatoires
locales et présenter un caractère creusant. À
linverse, il est des chancres atones non inflammatoires qui
peuvent donner le change avec une fissure évoluée
banale. La présence dune adénopathie inguinale
unilatérale et indolore est un élément important
dorientation et ce dautant quil existe des chancres
particulièrement atypiques (médians, ulcérations
superficielles diffuses, ulcérations bourgeonnantes, ulcérations
en miroir ou des formes pseudo-polypeuses). Quant au chancre rectal,
il est exceptionnel et sassocie à des manifestations
fonctionnelles (ténesmes) avec, à lexamen, un
aspect pseudo-tumoral. Enfin, le tableau peut toujours être
remanié ou aggravé par une poly-contamination.
En labsence de traitement, ou parce que le chancre est passé
inaperçu (il existe dindiscutables chancres asymptomatiques),
la maladie évolue vers la phase secondaire à partir
de la septième-huitième semaine. Au niveau anal, on
observera des lésions maculeuses blanc nacré, indolores,
ou des lésions à type de fissurations superficielles
multiples. Cest plus tard quon pourra retrouver les
syphilides papuleuses, brun pâle ou roses, pseudo-papillomateuses
(Condyloma latum) voire des lésions papulo-érosives.
Ladénopathie inguinale est toujours présente.
Toutes ces lésions sont contagieuses et existent parallèlement
à des atteintes buccales et cutanées dont la recherche
aidera au diagnostic. Quant aux lésions tertiaires, elles
sont devenues exceptionnelles dans les pays occidentaux en dehors
dune association avec le VIH.
Le diagnostic peut être direct ou indirect :
direct : cest la mise
en évidence du Treponema Pallidum par lexamen
à ultra-microscope à fond noir dun prélèvement
effectué au niveau du chancre ou des lésions secondaires.
indirect : il est assuré
par les tests sérologiques qui mettent en évidence
les anticorps dans le sang : le VDRL (détection des anticorps
anticardiolipidiques) est moins spécifique que le TPHA ou
le FTA-ABS qui utilisent des antigènes tréponémiques
pour détecter les anticorps spécifiques.
Le FTA-ABS IgM permet dapprécier lancienneté
de la maladie. Une co-infection par le VIH peut être responsable
dune modification des tests sérologiques.
Le traitement repose sur la pénicillinothérapie
(cyclines et érythromycine nétant indiqués
quen cas dallergie à la pénicilline).
On utilisera la benzathine-pénicilline G à la dose
de 2,4 millions dunités par injection. Suivant lancienneté
de la maladie, 2 ou 3 injections à 8 jours dintervalle
pourront être nécessaires. Enfin, dans les formes florides,
la prévention de la réaction dHerxheimer sera
assurée par ladministration de corticoïdes. Lefficacité
du traitement sera appréciée par la surveillance de
la sérologie à trois, six et douze mois. Lassociation
à une infection par le VIH peut nécessiter des posologies
plus élevées.
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fig. 1 Chancre syphilitique.
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fig. 2 Ulcérations
multiples de syphilis secondaire. |
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fig. 3 Syphilides végétantes. |
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La gonococcie |
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Due à Neisseria gonorrhoae, diplocoque gram
négatif intracellulaire, la gonococcie est particulièrement
fréquente chez les homosexuels mâles. Chez lhomme,
la contamination relève dun rapport anal passif alors
que chez la femme une auto-contamination à partir dune
infection vaginale ou urétrale est le plus souvent retrouvée.
Il faut souligner aussi le caractère souvent asymptomatique
de la gonococcie. Ce sont essentiellement ces patients qui
seront exposés au risque évolutif : péri-hépatite,
stérilité chez la femme, méningite, péricardite,
endocardite et syndrome articulaire. À linverse, dans
les formes expressives, une symptomatologie dintensité
variable et non spécifique sinstalle après une
incubation dune semaine environ. Soit il sagit dune
forme aiguë avec douleur volontiers
marquée, ténesmes, émissions de sang et de
pus. Soit, on est en présence dune forme
subaiguë, paucisymptomatique avec rectorragies intermittentes
et de rares filaments de pus sur les selles. Lexamen endoscopique
retrouve essentiellement des lésions rectales. La muqueuse
peut apparaître érythémateuse, fragile au contact
avec un peu de sang et du pus réparti en filaments. Parfois,
tout se réduit à quelques trainées purulentes
barrant la lumière du rectum ou reposant sur une muqueuse
quasi normale. Les ulcérations sont exceptionnelles. Enfin,
il est classique de signaler la possible présence de pus
au niveau des cryptes.
Le diagnostic repose sur la recherche
de germes à lexamen direct et en culture par prélèvements
à travers lanuscope. Il faut insister ici sur la relative
fréquence des faux négatifs qui font de la gonococcie
rectale un diagnostic souvent clinique. À linverse,
la positivité des cultures ne peut constituer à elle
seule une preuve irréfutable de la responsabilité
univoque du gonocoque étant donné la fréquence
des poly-contaminations (on sait, par exemple, que Neisseriae
meningitidis a été cultivé à
partir de prélèvements rectaux chez des homosexuels
mâles).
Le traitement peut être rendu
difficile par la résistance à la pénicilline
(germe producteur de b-lactamase). Il
peut faire appel à la spectinomycine (deux injections IM
de 2g dans deux sites différents) à la doxycycline
ou à lassociation ceftriaxone 250mg IM suivie de doxycycline
administrée sur une période de 15 jours, ce qui permet
le traitement dune chlamydiose associée (20 à
30% des cas). Comme pour les autres MST, la recherche dune
poly-contamination associée ne sera pas omise.
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fig. 4 Gonococcie rectale. |
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Les chlamydioses |
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Responsables de rectites chez les hommes ou les femmes ayant des
rapports anaux passifs ou des rapports bucco-anaux, cette MST a
une fréquence difficile à apprécier. La chlamydiose
rectale est retrouvée chez environ 15% des homosexuels asymptomatiques.
Lagent responsable est le Chlamydia trachomatis
dont il existe 15 immunotypes connus.
Parmi eux, les sérotypes D à
K provoquent des rectites non spécifiques dexpression
clinique souvent très modérée avec endoscopiquement
une muqueuse simplement érythémateuse, ailleurs normale.
Les ulcérations sont exceptionnelles. Enfin, des adénopathies
inguinales peuvent être associées.
Les sérotypes L1, L2 et L3
sont à lorigine de la maladie de Nicolas-Favre-Durand
ou lymphogranulomatose inguinale vénérienne que lon
nobserve pratiquement plus dans nos régions. Le tableau
réalisé est ici beaucoup plus sévère
avec fièvre, ténesmes, émissions purulentes.
Il sy associe des lésions anales faites de condylomes
suintants et dulcérations. Au niveau rectal, on constate
lexistence dune infiltration avec présence de
pus et dulcérations doù partent des trajets
suppurants. Des adénopathies uni ou bilatérales sont
présentes. Lévolution se fait vers la sténose
rectale avec périnée fistuleux (syndrome de Jersild).
Le diagnostic des chlamydioses repose
avant tout sur la mise en évidence du germe par prélèvements
à la curette ou au bactopick (germe intracellulaire) avec
transport dans un milieu de culture spécial à 4°.
Les inclusions sont souvent révélées par immunofluorescence
au bout de quelques jours. Il est possible davoir un résultat
plus rapide en utilisant des techniques qui visent à montrer
la présence dantigènes aux niveau des prélèvements
effectués. Le sérodiagnostic quant à lui est
de peu de secours pour les chlamydioses anorectales.
Le traitement repose sur les cyclines
(doxycyclines) pendant 15 jours à 3 semaines ou sur lérythromycine.
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Le chancre mou |
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Il est exceptionnel en France où il sobserve surtout
chez les immigrés. Il est dû à Hemophilus
ducreyi. Cliniquement, il sagit dune ou plusieurs
ulcérations anales, purulentes associées à
une adénopathie inflammatoire qui va évoluer vers
la suppuration. Le traitement est assuré par le cotrimoxazole.
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La donovanose |
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Très rare en France, la donovanose ou granulome vénérien
tropical, est due à un bacille gram négatif proche
de Klebsielles. La lésion initiale est un chancre non induré
dont lévolution sera ulcéro-bourgeonnante et
extensive. Le diagnostic est fait par les prélèvements
biopsiques qui retrouvent un granulome inflammatoire polymorphe
avec de nombreux histiocytes à lintérieur desquels
seront mis en évidence les corps de Donovan. Le traitement
repose sur les cyclines ou la streptomycine.
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Autres MST bactériennes |
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Une prévalence élevée de shigelloses a été
rapportée chez les homosexuels dans la littérature.
La transmission serait le plus souvent féco-orale. Laspect
rectoscopique associe inflammation de la muqueuse, sang et parfois
ulcérations.
Campylobacter (jejuni, ftus et intestinalis)
a été retrouvé chez des patients homosexuels
qui présentaient une rectite purulente. Quant aux mycoplasmes,
leur pouvoir pathogène nest à envisager que
pour des concentrations égales ou supérieures à
10 000/ml.
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Les
MST virales |
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Papillomatose (HPV) |
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La papillomatose est linfection sexuellement transmissible
sans doute la plus fréquente. Aux États-Unis, sa prévalence
a été multipliée par 7 en 15 ans et elle atteindrait
0,5 à 1% des adultes jeunes.
Dun point de vue virologique,
la papillomatose est due au papillomavirus, virus à DNA qui
a un tropisme particulier pour les kératinocytes des épithéliums
malpighiens kératinisés ou non. Il existe, actuellement,
plus de 60 types différents de HPV. Au niveau de lanus,
les principaux retrouvés sont les 6, 11, 16, 18, 31, 33,
35, 39. Il ne semble pas, dans notre expérience, que lon
puisse retenir lexistence dune corrélation entre
le type du virus et les caractéristiques cliniques de la
papillomatose et ce dautant que les études virologiques
montrent que linfection peut être due soit à
un seul virus soit à lassociation de plusieurs dentre
eux surtout chez les malades immunodéprimés, en particuliers
dans le cadre de linfection par le VIH.
Quant au pouvoir oncogène, il est principalement supporté
par les types 16 et 18.
Épidémiologiquement,
il sagit dune affection qui touche principalement ladulte
jeune. Lincubation varie de 3 semaines à 8 mois ou
plus. Le mode de contamination le plus fréquent est le contact
vénérien direct. La présence de papillomes
au niveau du canal anal est souvent associée à la
pratique de rapports anaux. Cette contamination vénérienne
explique la fréquente association de la papillomatose aux
autres affections sexuellement transmissibles (syphilis, gonococcie,
herpès...) Chez les homosexuels, lassociation HPV-VIH
est de fréquence variable selon les auteurs pouvant aller
jusquà 70% des patients avec, ici, toutefois un effet
centre certain. Il existe cependant, dindiscutables contaminations
non vénériennes. Celles-ci peuvent être liées
à une auto-contamination à partir de verrues vulgaires
en particulier chez lenfant qui peut aussi être contaminé
à la naissance ou en partageant des bains. Des contacts indirects,
par des objets ou du linge souillé, peuvent aussi être
responsables dune transmission indirecte de linfection.
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fig. 5 Papillomes de
la marge anale. |
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fig. 6 Papillomes intra-canalaires. |
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Enfin, une immuno-dépression thérapeutique peut saccompagner
dune papillomatose le plus souvent extracanalaire en aile
de papillon.
Cliniquement, au niveau de la marge, la lésion caractéristique
est le condylome acuminé, lésion exophytique unique
ou multiple, faite de petites excroissances rosées ou grisâtres,
à crêtes dentelées, localisées ou disséminées,
pouvant prendre une extension pseudo-tumorale. Les lésions
peuvent être pédiculées ou non. Leur disposition
en aile de papillon est souvent observée au niveau de la
marge. Lexamen doit toujours comprendre une anuscopie à
la recherche de localisations intra-canalaires. Elles sont présentes
dans environ 2/3 des cas chez les homosexuels. Les lésions
intra-canalaires sont volontiers regroupées au niveau de
la ligne des cryptes et de la région sous-pectinéale.
Des localisations sus-pectinéales peuvent être exceptionnellement
rencontrées signant la présence dîlots
ectopiques de muqueuse malpighienne.
À côté de ces formes saillantes, il convient
dinsister sur la possibilité de condylomes
plans parfois à la limite de la visibilité.
Les techniques récentes de détection ont de plus confirmé
lexistence de localisations infra-cliniques qui participent
sans doute à la grande difficulté déradication
de la papillomatose. La mise en évidence de telles lésions
sort du champ de la pratique courante. Force est pour le moment
de se contenter dun examen soigneux et attentif à la
recherche de toutes les localisations accessibles à lil.
Lapplication dacide acétique à 5% semble
dun intérêt plus restreint quau niveau
génital.
À linverse, il existe une forme géante de papillomatose,
la maladie de Büschke-Löewenstein
qui reconnaît des localisations anales. Il sagit dune
volumineuse masse papillomateuse et suppurée envoyant des
prolongements dans les fosses ischio-anales, lappareil sphinctérien
et le canal anal. Malgré ce caractère clinique invasif,
lhistologie confirme quil sagit dune lésion
bénigne et le typage retrouve le plus souvent les virus 6
ou 11. Elle est susceptible de dégénérescence.
Un autre cas particulier est représenté par la papulose
Bowenoïde due principalement aux types 16, 18 et 33.
Actuellement, considérée comme une néoplasie
intra-épithéliale, elle sobserve chez ladulte
jeune sexuellement actif et atteint lhomme et la femme. Cliniquement,
il sagit de multiples éléments papuleux peu
saillants, rouges, qui ont tendance à se regrouper dans la
région ano-génitale.
Dans tous les cas, lexamen histologique
mettra en évidence leffet cytopathogène du virus
: la koïlocytose. Il permettra, par ailleurs, la recherche
dune dysplasie.
La découverte dune papillomatose anale impose la recherche
dautres localisations : pénis (chez lhomosexuel,
latteinte anale est 7 fois plus fréquente que la localisation
pénienne), vulve, vagin et col de lutérus chez
la femme. Il est nécessaire de sassurer de labsence
de poly-contamination. Enfin, lexamen du partenaire sera toujours
proposé.
Lévolution sans traitement
de linfection à HPV se fait dans limmense majorité
des cas vers lextension progressive. Dans notre expérience,
la régression spontanée est exceptionnelle. La récidive
avec apparition de nouvelles lésions après traitement
est, par contre, très fréquente (30 à 60% des
cas) et ce quelque soit le type de traitement utilisé et
même en dehors dune recontamination.
Un autre mode évolutif à considérer est celui
de la dysplasie ou du cancer. Seule les dysplasies de haut grade
sont préoccupantes et posent dans leur prise en charge, des
problèmes thérapeutiques non encore résolus.
Des multiples études consacrées à ce sujet,
on peut retenir que lassociation de plusieurs types dHPV
serait un élément favorisant de même que le
degré dimmunodépression. La cancérisation
se fait sur le mode épidermoïde. Ses modalités
sont complexes et font intervenir non seulement le HPV mais aussi
des co-facteurs comme le tabagisme, lirritation chronique
locale, la poly-contamination et limmunodépression.
La latence entre létat non dysplasique, létat
de dysplasie de haut grade et le cancer invasif nest pas connue.
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fig. 7 Papillomatose
pseudo-tumorale. |
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Traitement
La fréquence des récidives souligne la difficulté
du traitement. Dinnombrables méthodes ont été
décrites, montrant limperfection de nos moyens.
Les topiques
Ils utilisent la podophylline et ses dérivés ou le
5-FU ont peu dintérêt en matière de papillomatose
anale dans la mesure où ils sont souvent mal tolérés
et dune efficacité restreinte. Dautres thérapeutiques
locales (Imiquimod) paraissent prometteuses mais demandent à
être validées.
Les méthodes instrumentales
Elles sont de loin les plus efficaces. Lexérèse
aux ciseaux ne constitue pas à elle seule une technique suffisante
dans la mesure où il faut toujours veiller à détruire
profond et large. Lélectrocoagulation constitue la
méthode de référence. Pratiquée après
prélèvement aux ciseaux pour lhistologie, elle
permet la destruction de lensemble des lésions dans
un même temps chaque fois que cela est possible. Les suites
opératoires sont douloureuses et nécessitent des antalgiques
suffisamment efficaces. Les lésions intra-canalaires étendues
posent le problème dune éventuelle sténose
post-opératoire. Il faudra prévenir le malade que
la destruction des papillomes ne constitue pas en soi le traitement,
mais le début dune prise en charge qui devra sétaler
sur 6 à 12 mois avant que lon puisse parler de guérison.
Lélectrocoagulation peut être pratiquée
sous anesthésie locale ou générale. Le laser
CO2 donne des résultats équivalents au bistouri électrique.
La photocoagulation à linfra-rouge peut être
utilisée en cas de lésions intra-canalaires peu nombreuses.
La cryothérapie ou lapplication dazote liquide
ne paraissent pas donner des résultats suffisamment sûrs,
tout du moins lorsque les lésions commencent à être
trop nombreuses.
Le traitement par voie générale
Des techniques comportant linjection locale dinterféron
Alpha après destruction initiale des lésions ont été
décrites. Elles nont pas jusqualors emporté
la conviction.
En conclusion
il apparaît que cest encore la destruction au bistouri
électrique large et profonde de lensemble des lésions
qui permet despérer les meilleurs résultats
sous réserve dune surveillance au long cours pour traiter
les éventuelles récidives. Un examen histologique
au préalable est indispensable. Le typage viral na
quant à lui guère dintérêt en pratique
courante.
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fig. 8 Maladie de Büschke-Löwenstein. |
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Lherpès |
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Cest une affection sexuellement transmissible extrêmement
fréquente. Les lésions ano-rectales sont le plus souvent
dues à lherpès virus simplex 2 (HSV2). HVS1
nest retrouvé suivant les séries que dans 3
à 20% des cas. Sur la plan général, il sagit
dune infection dont la prévalence est très importante.
Il existe aux Etats-Unis 500 000 à 1 000 000 de nouveaux
cas par an datteintes à HSV 2. Lherpès
ano-rectal sobserve avec prédilection chez lhomosexuel
mâle.
La prévalence de linfection dans cette population est
diversement appréciée suivant les auteurs (20 à
83% de la population homosexuelle suivant les séries et les
lieux géographiques). Lherpès ano-rectal nest
cependant pas exceptionnel chez la femme où existe une possibilité
de contamination loco-régionale. Lincubation est de
1 à 26 jours et il ny a pas de différence clinique
entre une atteinte à HSV1 ou HVS2, sauf en ce qui concerne
les récurrences : un herpès ano-génital à
HSV2 récidive 8 à 10 fois plus quavec HSV1 et
plus de 80% des primo-infections anales et/ou rectales à
HSV2 récidivent dans les 12 mois contre 55% pour HSV1.
Il apparaît donc que le virus
2 est plus agressif.
Clinique
En dehors dun contexte dimmunodéficience
a) Primo-infection
Elle est toujours bruyante et dure en moyenne une quinzaine de jours.
Latteinte anale associe fièvre, malaise, douleur, adénopathie
inguinale et des ulcérations plus ou moins nombreuses. Les
vésicules sont rarement observées. Il faut connaître
la possibilité datteinte intra-canalaire isolée.
Les rectites sont habituellement observées lors des primo-infections,
en particulier pour les infections à HSV2 et la notion de
rapport anal est quasi constante chez lhomosexuel mâle.
Fièvre et dysurie sont présentes dans 48% des cas,
ladénopathie inguinale dans 57%, les paresthésies
sacrées dans 26%. Douleurs ano-rectales et ténesmes
sont constants. La constipation est signalée dans 78% des
cas et des ulcérations péri-anales sont observées
dans 70% dentre eux. Enfin, en rectoscopie, est mise en évidence,
dans un cas sur deux, la présence de papules, vésicules,
ulcérations sur les 10 à 15 derniers centimètres
du rectum. Cette localisation au bas-rectum semble assez caractéristique
de létiologie herpétique.
Le tableau peut aussi être plus trompeur, marqué par
une rétention durine au premier plan sans manifestation
ano-rectale.
b) Récurrences
Elles sont plus discrètes et plus courtes. La rectite est
exceptionnelle. Insistons sur la possibilité de récurrences
asymptomatiques avec les risques de contamination que cela
comporte.
En cas dimmunodéficience
Ce chapitre sera développé plus en détail dans
larticle consacré aux lésions proctologiques
du sida.
Signalons que linfection à HSV est aggravée
par limmunodéficience, que les lésions sont
cliniquement sévères et les récurrences fréquentes.
Il sy associe souvent une poly-
contamination. Enfin, cest dans le cadre de limmunodéficience
que la dissémination herpétique est possible pouvant
mettre en jeu le pronostic vital.
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fig. 9 Herpès
ano-génital. |
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Diagnostic
Le diagnostic repose sur des examens directs et indirects. Dune
façon générale, il faut prélever sur
des lésions jeunes car la probabilité de retrouver
le virus où ses effets cytopathogènes diminue fortement
avec le temps. Cela est particulièrement valable pour les
récurrences. Il faut prélever en péri-phérie
des lésions et rechercher une poly-contamination.
Le diagnostic direct
Il seffectue par cultures virales sur cellules embryonnaires
humaines ou sur lignée continue de rein de singe. Cest
la méthode la plus sensible et la plus spécifique
qui permet aussi de tester le virus. Le prélèvement
doit être mis dans un milieu de culture spécifique
et transféré immédiatement au laboratoire ou
alors conservé à 4°C pendant 48 heures. Les résultats
sont obtenus en 36 à 96 heures en moyenne. Des techniques
plus rapides de mise en évidence des antigènes viraux
peuvent être utilisées. On peut aussi rechercher les
effets cytopathogènes par frottis colorés (préparation
de Tzanck ou coloration de Papanicolaou). Ces dernières méthodes
nont dintérêt que si elles sont pratiquées
sur des lésions jeunes. Enfin, lhistologie permet de
retrouver les effets cytopathogènes du virus. Cest
un examen dintérêt à condition de le coupler
à un immuno-marquage spécifique.
En pratique courante, la méthode la plus accessible semble
être la biopsie sous anesthésie locale pour histologie
avec immuno-marquage spécifique. Si elle nest pas réalisable,
il faut faire appel à la culture.
Les méthodes indirectes
Elles reposent sur le sérodiagnostic qui na, ici, que
peu dutilité sauf pour le diagnostic des primo-infections
lorsquon peut mettre en évidence, à des prélèvements
successifs, une augmentation significative des IgM. En matière
de récurrence, le sérodiagnostic nest daucun
secours.
Traitement
Il repose sur laciclovir qui est un inhibiteur compétitif
de lADN polymérase virale. La posologie de 200mg X
5/24 heures per os est à réserver aux formes mineures.
Des doses beaucoup plus importantes peuvent être administrées
en cas de forme grave (800mg X 5/24 heures per os ou 5 à
10 mg/kg toutes les 8 heures en perfusion). Toutes ces posologies
sont données en dehors dune insuffisance rénale.
Le traitement est à poursuivre jusquà la guérison.
En cas de récurrence, il faut traiter tôt et si elles
deviennent trop nombreuses (plus de six crises par an), on peut
envisager une administration quotidienne préventive daciclovir
à raison de 600 à 800 mg/jour.
En cas de résistance, on fera appel à laciclovir
en intra-veineux ou au foscarnet.
On dispose actuellement dune nouvelle molécule le valaciclovir
qui a pour intérêt de posséder une meilleure
bio-disponibilité.
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fig. 10 Herpès
extensif de la marge anale. |
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Les infections à poxvirus |
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Elles sont responsables du molluscum contagiosum qui
se présente sous forme de petites saillies arrondies de quelques
millimètres parfois ombiliquées.
La pression fait sécouler une substance blanc-grisâtre.
La régression spontanée est fréquente. Le traitement
se fait par curetage de la lésion ou par lazote liquide
ou électro-coagulation.
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fig. 11 Molluscum contagiosum. |
Les
MST parasitaires |
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Elles sont représentées par lamibiase
et la lambliase.
Lamibiase |
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Elle semble fréquente chez les homosexuels (80% des amibiases
à New-York sont observées chez des hommes ; 20 à
30% des homosexuels et bisexuels sont porteurs dEntomoeba
histolytica). La contamination se fait par des rapports oro-anaux.
Laffection peut être asymptomatique ou sexprimer
par des émissions de glaires et de sang. La rectoscopie retrouve
une muqueuse normale ou démateuse, friable, recouverte
dun enduit pseudo-membraneux avec parfois des ulcérations
en coup dongle très évocatrices.
Signalons, la possibilité damibiase péri-anale
avec lésions ulcérées et/ou hypertrophiques.
Le diagnostic repose sur lexamen de selles, les prélèvements
intra-rectaux, les biopsies et le sérodiagnostic.
Le traitement est assuré par le métronidazole ou ses
dérivés.
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La lambliase |
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Elle touche 4 à 18% des homosexuels mâles et se transmet
par des rapports oro-anaux.
Elle peut être latente ou sexprimer par des troubles
du transit avec parfois altération de létat
général.
La rectoscopie est généralement normale mais on peut
observer des ulcérations muqueuses. Le diagnostic repose
sur les examens de selles ou sur les biopsies.
Le traitement repose sur le metronidazole ou ses dérivés.
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Pour en savoir plus |
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