|
Effets sur le rectum
Jusqu'à 75% des malades traités par radiothérapie
pelvienne présentent des symptômes aigus pendant le
traitement : saignements, douleurs rectales, diarrhée, ténesme
(tension douloureuse du rectum avec sensation de brûlure et
envies continuelles d'aller à la selle).
Le plus souvent, ces symptômes disparaissent dans les 3 mois
suivant la fin de la radiothérapie mais il peut persister
des séquelles dans 3 à 20 % des cas qui peuvent ne
se manifester que tardivement (parfois plusieurs années après
le traitement).
La rectite radique (figure n°1) est la complication rectale
la plus fréquente de la radiothérapie.

Figure 1 : Rectite radique.
Elle se manifeste essentiellement par
des émissions de sang rouge par l'anus qui peuvent être
répétées et abondantes, entraînant parfois
une carence en fer et une anémie pouvant nécessiter
des transfusions sanguines. Les autres symptômes sont une
diarrhée, des besoins pressants, un ténesme ou des
douleurs rectales. Le diagnostic est fait facilement par l'examen
du rectum au cours d'une rectoscopie ou d'une coloscopie qui permettra
en outre d'éliminer une autre cause de saignement. La muqueuse
rectale peut être rouge ou au contraire pâle, avec des
vaisseaux sanguins dilatés (télangiectasies) qui peuvent
saigner au contact du rectoscope ou du coloscope. Plus rarement
des ulcérations peuvent être présentes. Le traitement
médicamenteux des rectites radiques est souvent décevant
: des lavements de corticoïdes, de dérivés salicylés,
de sucralfate ou d'acides gras à chaîne courte peuvent
être essayés. Souvent leur effet n'est que modeste
ou temporaire. Les deux traitements les plus efficaces à
l'heure actuelle sont l'application locale de formol et la coagulation
par plasma argon qui paraît préférable au laser.
Dans la première technique, comparable
à une cautérisation chimique, le formol dilué
à 4% est appliqué par le médecin par lavement
ou par tamponnement direct sur les lésions visibles. Le traitement
peut être réalisé sous anesthésie, surtout
lorsque la surface à traiter est importante. Le tamponnement
à travers un anuscope ou un rectoscope ou, pour une meilleure
visibilité, à l'aide d'écarteurs paraît
préférable aux lavements : des colites aiguës
sévères au formol, des sténoses ont été
décrites avec les lavements. L'anus doit être recouvert
par une pommade protectrice pour éviter la survenue d'ulcération
ou de nécrose anales. Le rectum est traité pas à
pas, de la partie proximale des lésions vers la partie distale,
le tampon de formol est maintenu au contact de la zone pathologique
pendant 2 ou 3 minutes, jusqu'à arrêt du saignement.
Si nécessaire le traitement peut être répété,
mais généralement les saignements cessent dès
la première application si l'intégralité des
lésions a été traitée.
Le traitement par le plasma argon est une sorte de
cautérisation par un courant électrique appliqué
à l'aide d'une électrode à travers un jet de
gaz plasma argon sur la muqueuse du rectum. Il a l'avantage, par
rapport aux autres méthodes d'électrocoagulation et
au laser de permettre de contrôler plus facilement l'extension
de la brûlure dans la profondeur de la muqueuse ce qui diminue
la fréquence des complications avec cette méthode
(ulcérations douloureuses, sténose). Ce traitement
est appliqué au cours d'une coloscopie. Deux à trois
séances sont habituellement nécessaires.
L'efficacité de ces 2 techniques varie de 80 à 100%
des cas selon les études publiées.
Beaucoup plus rarement un rétrécissement du rectum
(ou sténose) ou une fistule recto-vaginale (communication
anormale entre le rectum et le vagin) peuvent apparaître après
radiothérapie pelvienne. Les sténoses peuvent être
traitées par dilatation voire, par pose de prothèse.
En cas d'échec, et pour les fistules recto-vaginales un traitement
chirurgical peut être nécessaire.
Effets sur la continence
La continence anale (capacité à retenir
les gaz et les selles) dépend de plusieurs facteurs : du
transit intestinal et de la consistance des selles, des capacités
du réservoir constitué par le rectum et de l'efficacité
des sphincters de l'anus. La radiothérapie agit sur ces 3
éléments et peut donc altérer la continence.
En effet, après radiothérapie une diarrhée
est fréquente. Les capacités du réservoir rectal
peuvent être altérées : par la radiothérapie
elle même qui induit une rectite et une fibrose des parois
du rectum ce qui diminue son élasticité, par les gestes
chirurgicaux éventuellement associés qui réduisent
le volume du réservoir (ex : résection antérieure
du rectum pour un cancer du rectum). Enfin, la radiothérapie
a probablement un retentissement sur les sphincters de l'anus eux
mêmes. Les troubles observés sont le plus souvent une
incontinence aux selles liquides et des sensations de besoins pressants.
La fréquence de ces symptômes après radiothérapie
pelvienne est mal connue.
Effets sur le canal anal et la marge anale
La radiothérapie peut entraîner après
quelques semaines une brûlure superficielle de la peau péri-anale
et du canal anal se traduisant le plus souvent par une simple rougeur
sensible (comme un coup de soleil). Le traitement consiste dans
ce cas à appliquer des pommades protectrices. Plus rarement
une brûlure plus profonde peut se produire se manifestant
par une ulcération douloureuse (figure n°2), de traitement
plus difficile. L'application locale de pommades à la cortisone
fortement dosée peut apporter un soulagement mais dans certaines
formes de lésions très profondes ,hyper douloureuses
le recours à un anus artificiel temporaire peut être
nécessaire.

Figure 2 : Ulcération secondaire
à une radiothérapie.
Conclusion
La radiothérapie est un outil thérapeutique
indispensable au traitement de nombreux cancers pelviens. Ce traitement
a cependant des effets secondaires à prendre en compte :
rectite radique, troubles sphinctériens. La fréquence
et l'importance de ces effets secondaires peut être limitée
par une optimisation des doses utilisées et par une utilisation
ciblée des rayons sur la tumeur et non sur les tissus sains.
|