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HEMORROÏDES
ET ACCOUCHEMENT  |
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Après un accouchement, 20% des femmes vont souffrir de maladie
hémorroïdaire (1). L'intérêt que porte
votre entourage à votre bébé et à votre
suivi gynécologique, place cette région anale au troisième
plan et pourtant c'est parfois un souvenir plus douloureux que l'accouchement
lui-même.
ANATOMIE
Nous appelons hémorroïdes
les petits coussinets vasculaires situés dans le canal anal
au bout des artères hémorroïdaires. Il y a habituellement
trois artères hémorroïdaires et donc le plus
souvent trois hémorroïdes.
Ces coussinets, appelés coussinets de Thompson (Voir Figure
1), sont composés d'anastomoses artérioveineuses (zone
de transition entre les artérioles et les veines) et de lacs
vasculaires. Ils participent à la continence anale.
Le canal anal est divisé en deux par la ligne pectinée
(voir Figure 2). Au dessus de la ligne pectinée, on parle
d'hémorroïdes internes qui sont recouvertes de muqueuse,
en dessous on parlera d'hémorroïdes externes recouvertes
d'épiderme (la peau).
Ainsi, nous avons tous des hémorroïdes.

Figure 1 : Dessin en coupe du canal anal avec les hémorroïdes.

Figure 2 : Les 3 paquets hémorroïdaires.
PHYSIOPATHOLOGIE
L'origine de la maladie hémorroïdaire n'est pas formellement
connue mais plusieurs hypothèses sont formulées.
Lorsque les hémorroïdes internes gonflent au point de
s'engager dans le canal anal où elles se font étrangler
par le sphincter anal, elles deviennent inflammatoires, turgescentes
et donc susceptibles de saigner et de faire mal. La circulation
sanguine dans ce coussinet hémorroïdaire se faisant
mal, il se forme parfois un caillot de sang que l'on appelle thrombose
hémorroïdaire. Cette thrombose est alors soit interne
(située au dessus de la ligne pectinée, au niveau
de l'hémorroïde interne) soit externe (située
au dessous de la ligne pectinée, au niveau de l'hémorroïde
externe). Elle est le plus souvent externe.
L'hyperpression vasculaire pendant la grossesse favorise la formation
d'une turgescence hémorroïdaire. Les poussées
importantes au moment de l'accouchement favorisent l'extériorisation
de ces hémorroïdes. Lorsque ces coussinets hémorroïdaires
se font étrangler dans le canal anal par le sphincter anal
à la suite de leur extériorisation, cela favorise
l'apparition de thromboses et d'inflammations.
Si en plus se surajoutent des poussées itératives
aux toilettes en raison d'une constipation non traitée, ou
des selles fréquentes et acides en cas de diarrhées
alors tout est réuni pour que la crise arrive.
On verra ainsi que les troubles du transit jouent un rôle
important même si l'accouchement reste un facteur déclenchant.
L'imprégnation hormonale durant la grossesse joue aussi certainement
un rôle, comme les modifications hormonales qui interviennent
après l'accouchement. Le tissu hémorroïdaire
est en effet riche en récepteurs hormonaux (2).
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ETIOLOGIE DE LA MALADIE HEMORROÏDAIRE EXTERNE
Les facteurs de risque prouvés
de thrombose hémorroïdaire après accouchement
sont la dyschésie (difficultés à évacuer
les selles, également appelée constipation terminale)
et l'accouchement tardif, au-delà de 39,7 semaines d'aménorrhée
(1). Un gros bébé et une première phase de
travail trop longue sont aussi des facteurs de risque de thrombose
externe hémorroïdaire (3).
Ainsi, la césarienne semble protéger des thromboses
: 4% de thromboses hémorroïdaires externes après
césarienne contre 20% après un accouchement par voie
basse. Pour autant l'existence d'une thrombose hémorroïdaire
ne constitue pas une indication de césarienne.
SYMPTÔMES
La thrombose hémorroïdaire externe est
la pathologie hémorroïdaire la plus fréquente
après un accouchement mais plusieurs types de maladies hémorroïdaires
peuvent se présenter.
- La thrombose hémorroïdaire
externe : il s'agit d'un caillot de sang
qui se forme dans les petits coussinets hémorroïdaires
situés sous la ligne pectinée. Il crée une
réaction inflammatoire très douloureuse, et une tuméfaction
anale bien ressentie par la patiente. Cette thrombose s'accompagne
parfois d'un dème. Ce petit nodule se résorbe
en plusieurs jours, la douleur disparaissant en 2 à 4 jours
puis la thrombose pouvant mettre plusieurs jours voire plusieurs
semaines à disparaître. Elle laisse parfois une excroissance
cutanée disgracieuse mais peu gênante appelée
marisque (voir Figure 3).

Figure 3 :
Thrombose externe et marisque.
- La thrombose hémorroïdaire
interne : parfois ce caillot touche l'ensemble de l'hémorroïde,
sa partie externe comme la partie interne. L'ensemble du paquet
hémorroïdaire est thrombosé et s'extériorise.
Ce type de thrombose est particulièrement douloureuse. Son
évolution est identique à la thrombose externe mais
sa résorption est en générale plus longue.
- Le prolapsus thrombosé circulaire
: dans des cas plus rares, les 3 paquets sont extériorisés,
inflammatoires et thrombosés. Ils constituent le prolapsus
hémorroïdaire thrombosé circulaire. Cette maladie
nécessite un traitement plus lourd et parfois une chirurgie
en urgence.
Les thromboses sont source de douleur. La simple turgescence et
l'dème des hémorroïdes internes induisent
une tension et une pesanteur parfois aussi douloureuses.
LES EXAMENS COMPLEMENTAIRES
L'examen proctologique fera le diagnostic. L'examen
de la marge anale permet de repérer une éventuelle
thrombose hémorroïdaire externe sous forme d'une tuméfaction
anale bleutée avec ou sans dème.
L'anuscopie, examen à l'aide d'un spéculum adapté
au canal anal, permet l'observation des hémorroïdes
internes. Cet examen n'est pas possible en période douloureuse.
L'examen proctologique est essentiel pour faire le diagnostic car
les douleurs anales après accouchement ne sont pas forcément
liées à une maladie hémorroïdaire.
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
La fissure anale, plaie du canal anal, est fréquente
après un accouchement. Elle touche 15% des femmes après
un accouchement (1). Elle est source de douleurs après la
selle disparaissant progressivement après. Elle entraîne
parfois des saignements.
Il faut également se méfier des maladies anales non
liées à l'accouchement et pouvant se révéler
durant cette période. Comme l'abcès de la marge anale,
tuméfaction douloureuse parfois accompagnée d'un écoulement
purulent, le mélanome malin dont l'évolution est bien
différente : nodule noirâtre infiltrant, peu douloureux,
ne régressant pas. Il ne faut ainsi pas hésiter à
consulter son médecin.
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TRAITEMENT
Le traitement des troubles
du transit
Il est essentiel, même si son efficacité n'est prouvée
qu'en cas de diarrhée (4). En effet, la constipation reste
mal vécue en cas de douleur anale et son traitement a donc
aussi un effet antalgique.
Les mesures diététiques qui consistent à boire
beaucoup d'eau, au minimum 2 litres par jour, à user et abuser
des fibres (fruits, légumes, céréales) sont
à envisager en premier lieu. Mais si malgré une bonne
hygiène alimentaire, la constipation persiste, un traitement
laxatif peut aider. De même, les pansements coliques permettent
d'avoir des selles plus moulées et moins acides en cas de
diarrhée. Ce traitement est à envisager seulement
après avis de votre médecin ou gynécologue.
Les traitements
locaux
Une large gamme de suppositoires et de pommades est à notre
disposition. Ces topiques associent différentes molécules,
souvent des anti-inflammatoires voire des corticoïdes, un anesthésique
local, un fluidifiant comme l'héparine, de la vitamine P
et des flavonoïdes
En fonction du symptôme dominant, on adaptera au mieux la
molécule nécessaire. Ainsi en cas de thrombose ou
de microthromboses internes, on utilisera une association d'anti-inflammatoires
et d'anticoagulant ; en cas de douleurs, on préfèrera
les anesthésiques locaux associés aux anti-inflammatoires,
et en cas d'oedème,les corticoïdes locaux
Les suppositoires ont aussi un rôle de lubrifiant du canal
anal, facilitant ainsi l'évacuation des selles. S'ils sont
efficaces pour soulager les patients, ils ne permettent pas d'éviter
les crises.
Habituellement, les suppositoires sont préférés
pour les hémorroïdes internes et les pommades pour les
hémorroïdes externes ou les hémorroïdes
internes prolabées, extériorisées. Aucune étude
n'a comparé ces divers traitements et l'automédication
dans ce domaine est importante.
Ces traitements locaux peuvent être utilisés même
en cas d'allaitement.
Les médicaments
Il faut savoir penser aux antalgiques par voie générale.
Ils sont utilisés dans beaucoup de situations douloureuses
comme les maux de tête mais très souvent oubliés
dans les douleurs proctologiques.
Le paracétamol est à utiliser en premier lieu pendant
la grossesse et en postpartum mais s'il n'est pas suffisant, un
avis médical est nécessaire. Les anti-inflammatoires
sont proscrits pendant la grossesse et à manipuler avec prudence
en cas d'allaitement. Des antalgiques plus puissants contenant des
dérivés morphiniques sont aussi utilisables sur avis
médical.
Les veinotoniques n'ont pas fait la preuve de leur efficacité,
ils accélèreraient la résorption de la thrombose
et peuvent être utilisés pendant la grossesse et en
cas d'allaitement.
En cas d'dème important, la cortisone est efficace
soit en application locale soit per os.
Enfin, dans le cas du prolapsus hémorroïdaire circulaire
thrombosé, les traitements locaux et per os peuvent
ne pas suffire. Les corticoïdes et les antalgiques en intraveineux
sont alors utilisés.
Les traitements instrumentaux
Il s'agit de traiter les hémorroïdes internes. Ce sont
l'infrarouge, les ligatures élastiques ou la cryothérapie.
Ces traitements sont pratiqués par un proctologue. Ils sont
peu utilisés en pratique après un accouchement, la
principale pathologie hémorroïdaire étant représentée
par les thromboses qui constituent une contre-indication aux traitements
instrumentaux. Ils sont par contre très utiles en cas de
pathologie hémorroïdaire interne si l'extériorisation
de l'hémorroïde n'est pas trop importante.
La chirurgie
Elle est à éviter le plus possible après un
accouchement. En effet, l'imprégnation hormonale des tissus
rend la cicatrisation plus difficile et l'évolution est le
plus souvent favorable dans les jours qui suivent l'accouchement.
De plus, seules un tiers des patientes souffrent encore de leurs
hémorroïdes six mois après l'accouchement (5).
Néanmoins, en cas de thrombose hémorroïdaire
externe résistant au traitement, la chirurgie permet de soulager
rapidement.
En cas de thrombose hémorroïdaire purement externe,
sans dème, l'incision avec thrombectomie c'est-à-dire
évacuation complète de la thrombose, sous anesthésie
locale (sans adrénaline en cas de grossesse), est un traitement
efficace. Mais il ne s'agit pas d'un traitement radical et l'apparition
d'autres thromboses est possible. Ce traitement est inefficace si
la thrombose s'accompagne d'un dème.
Si la thrombose touche l'hémorroïde interne, dans certains
cas extrêmes d'échec du traitement médical,
il faut alors effectuer une résection complète de
l'hémorroïde, en disséquant l'ensemble du coussinet
hémorroïdaire, le libérant ainsi du sphincter
anal interne, jusqu'à l'artère hémorroïdaire
qui est ligaturée. Il reste alors une plaie ouverte que l'on
peut suturer (c'est la chirurgie de Ferguson) ou laisser ouverte.
De toute façon, cette chirurgie ne soulage de la douleur
que plusieurs jours après quand la cicatrisation du canal
anal est complète.
Quand il s'agit d'un prolapsus hémorroïdaire thrombosé
circulaire, en cas d'échec du traitement médical,
une chirurgie radicale emportant les trois paquets hémorroïdaires
peut-être proposée. Il s'agit de l'intervention de
Milligan-Morgan décrite en 1937 (6). Elle laisse trois plaies
ouvertes qui vont mettre plus de trois semaines à cicatriser.
Il faut donc tout tenter avant d'envisager une telle chirurgie.
S'il est vrai que la maladie évolue favorablement après
l'accouchement, il arrive parfois que la maladie hémorroïdaire
perdure et au-delà de six mois, si les symptômes sont
suffisamment gênants pour la patiente, un traitement plus
radical est alors souhaitable. A ce moment là, c'est une
chirurgie qui le plus souvent proposée.
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Pour en savoir plus
- Abramowitz
L, Sobhani I, Benifla JL, Vuagnat A, Darai E, Mignon M, Madelenat P.
Anal fissure and thrombosed external hemorrhoids before and after delivery.
Dis Colon Rectum 2002 May;45(5):650-5.
- Saint-Pierre A, Treffet M, Martin JP. Hormonal receptors
and haemorroidal disease. Coloproctology 1982;4:116-120.
- Rouillon JM, Blanc P, Garrigues JM et al. Analyse de
l'incidence et des facteurs
éthiopathogéniques des thromboses hémorroïdaires
du post partum (abstract). Gastroenterol Clin Biol 1991 ;15 :A300.
- Johanson
JF, Sonnenberg A. Constipation is not a risk factor for hemorrhoids:
a case-control study of potential etiological agents. Am J Gastroenterol.
1994 Nov;89(11):1981-6.
- Thompson
JF, Roberts CL, Currie M, Ellwood DA. Prevalence and persistence
of health problems after childbirth : associations with parity and method
of birth. Birth. 2002 Jun;29(2):83-94.
- Milligan ETC, Morgan CN, Jones LE, Officer R. Surgical
anatomy of the anal canal and the operative treatment of haemorrhoids.
Lancet 1937;2:1119-1124.
Dr. Anne-Laure TARRERIAS
Mis en ligne en novembre 2004
Mise à jour: décembre 2008
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