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Qu'est ce que des condylomes de l'anus ?
Les condylomes de l'anus, également appelés
papillomes ou dans un langage moins médical "végétations
vénériennes ou crêtes-de-coq" sont des
excroissances comparables à des verrues, blanchâtres,
rosées ou grisâtres, à crêtes dentelées,
souvent à localisations multiples. Leur taille varie entre
une simple tête d'épingle jusque des formations végétantes
de plusieurs centimètres alors comparable à une
tumeur superficielle. Plus rarement, il s'agit de lésions
planes de petites tailles à la limite de la visibilité,
dont le diagnostic devient plus délicat. Ces différentes
présentations peuvent être associées chez
un même patient.

Figure 1 : Condylomes de la marge anale.
Où se localisent
les condylomes anaux et génitaux ?
Les condylomes de l'anus peuvent
se développer au niveau de la marge anale et sont alors
perceptibles par le patient lui-même, mais ils se localisent
aussi très souvent dans le canal anal. L'examen de cette
partie non visible de l'anus nécessite une anuscopie qui
doit toujours être réalisée en présence
de condylomes externes, en pratique par un médecin. Dans
plus d'un cas sur deux, elle permet de détecter des condylomes
" internes ", sur la ligne des cryptes au milieu du
canal anal ou en aval, localisation d'autant plus fréquent
qu'il y a eu un rapport sexuel avec pénétration
anale. Il n'y a par contre jamais d'extension sur la muqueuse
digestive en amont au niveau du rectum ou du colon.
Les condylomes peuvent également se développer au
niveau génital, sur la verge chez l'homme en particulier
le prépuce et le gland, sur la vulve, le col utérin
et quelquefois le vagin chez la femme. Une localisation dans le
canal urinaire de l'urètre est également possible.
Toutes ces localisations possibles des condylomes justifient un
examen soigneux de toute la région périnéale
avant de débuter leur traitement, et peuvent nécessiter
la coopération de plusieurs médecins spécialistes,
dermatologue ou proctologue, mais également urologue ou
gynécologue.

Figure 2 : Condylomes du canal
anal
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Quelle est l'origine et le mode de transmission
de ces condylomes de l'anus ?
Les condylomes de l'anus sont liés au
papillomavirus humain (HPV pour Human Papilloma Virus) qui infecte
le revêtement cutané (ou épithéliums
malpighiens). Certains génotypes se développent préférentiellement
dans la région du périnée, en particulier les
organes génitaux et l'anus. Cette condylomatose ano-génitale
est la première maladie sexuellement transmissible en France,
et son incidence augmente régulièrement. Elle concernerait
plus de 2 % de la population sexuellement active de 20 à
30 ans, mais sa prévalence est bien supérieure car
l'infection est souvent inapparente. Le mode de contamination habituel
est le contact vénérien direct, le virus HPV étant
présent en nombre dans les lésions cutanées
avec une contagiosité d'autant plus importante que la condylomatose
est floride. Une transmission par un contact indirect via un linge
ou des mains souillées semble également possible.
L'incubation varie classiquement de deux à six mois, mais
peut être quelquefois beaucoup plus longue. Il peut également
survenir des réactivations à partir d'une contamination
ancienne, la présence du virus HPV dans la peau sans lésion
visible ou sa persistance après un traitement ayant été
démontrée. Pour toutes ces raisons, la détermination
de la période de contamination est quelquefois aléatoire.
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Quels sont les symptômes qui peuvent suggérer la
présence de condylomes de l'anus ?
Les condylomes de l'anus sont responsables
de peu de symptômes et souvent il s'agit d'une découverte
par le patient lui-même d'excroissances irrégulières
au niveau de la marge anale. Il existe quelquefois un simple prurit
anal ou des traces de sang à l'essuyage.
Comment peut-on traiter les condylomes de l'anus
?
Lorsque les condylomes se limitent à la
marge anale, un traitement local médical est envisageable.
Il s'agit en première intention de l'imiquimod, pommade
immunostimulante ayant une efficacité anti-virale démontrée,
avec disparition des lésions dans plus de 50 % des cas
après un mois de traitement. Il est de plus efficace sur
les lésions microscopiques débutantes encore invisibles,
et peut être appliqué sur d'éventuelles lésions
génitales associées. Son inconvénient essentiel
est d'être volontiers irritant pour la peau et surtout les
muqueuses, ce qui n'autorise pas son utilisation dans le canal
anal. Lorsque les condylomes sont peu nombreux, de petite taille
et limités à la marge anale, d'autres traitements
locaux comme l'application de podophylline ou la destruction par
le froid (cryothérapie) peuvent être réalisés
lors de la consultation. Mais dès qu'il existe une localisation
dans le canal anal ou que les condylomes sont plus volumineux,
il faut envisager leur exérèse chirurgicale ou leur
destruction physique par électrocoagulation au bistouri
électrique ou au laser, c'est à dire le plus souvent
un acte chirurgical sous une courte anesthésie générale.
Il n'existe pas actuellement de traitement antiviral efficace
par voie générale ni de vaccination..
Pourquoi les condylomes peuvent revenir même
après un traitement bien réalisé ?
La récidive après traitement
est fréquente, survenant dans 30 % à 70 % des cas,
ce qui justifie une surveillance régulière en consultation
pendant 6 mois pour détecter précocement l'apparition
de nouveaux condylomes et les traiter. La principale explication
à ce taux de récidive élevé est qu'il
s'agit d'une infection virale, avec initialement des lésions
microscopiques qui peuvent être non encore détectables
lors de la chirurgie. Deux autres causes méritent d'être
recherchées : d'une part une infection de voisinage non
diagnostiquée qui peut être génitale, urinaire
ou simplement dans le canal anal ; d'autre part une re-contamination
lors de rapports sexuels, en particulier si le partenaire régulier
est infecté. En pratique le recours à des préservatifs
est souhaitable pendant toute la période de traitement
et de surveillance, mais cette protection est imparfaite car la
contamination se réalise par contact direct cutané
et non par le sperme ou les sécrétions vaginales.
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Pourquoi doit-on traiter les condylomes de
l'anus ?
Même si les récidives découragent quelquefois
les patients, trois raisons justifient le traitement de ces condylomes.
La première est qu'il s'agit d'une infection virale dont
la tendance naturelle est la prolifération, au niveau de
l'anus puis de proche en proche au niveau génital et urinaire.
La seconde est qu'il s'agit d'une maladie sexuellement transmissible
très contagieuse, d'autant plus que la protection par les
préservatifs n'est pas clairement efficace. La troisième
est la possibilité d'une dégénérescence,
heureusement très rare en l'absence d'immunodépression,
avec l'apparition de cellules anormales initialement en superficie,
qui peuvent quelquefois évoluer vers un véritable
cancer de l'anus. Ceci justifie la réalisation de prélèvements
pour un examen microscopique de toute lésion condylomateuse
atypique, systématique en pratique lors d'une chirurgie.
La séropositivité au virus
VIH est-elle un facteur défavorable dans la guérison?
Le taux de récidive après traitements
des condylomes de l'anus est beaucoup plus élevé
chez les patients infectés par le virus VIH, et la survenue
de cancers superficiels plus fréquente. Ces deux phénomènes
s'aggravent avec l'importance et l'ancienneté de l'immunodépression.
Même s'il est quelquefois difficile d'éradiquer les
condylomes de l'anus chez ces patients, une surveillance régulière
est indispensable car ces lésions peuvent évoluer
vers de véritable cancer de l'anus dont le diagnostic précoce
est un facteur pronostique favorable.
Les condylomes de l'anus sont-ils à l'origine
des cancers de l'anus ?
Le cancer de l'anus est rare (1 % des cancers digestifs)
mais en augmentation régulière, et son étroite
relation avec certains types cancérigènes du virus
(essentiellement HPV 16) est actuellement démontrée.
Ils sont retrouvés dans près de 80 % des cancers
épidermoïde de l'anus (de loin les plus fréquents)
et pratiquement 100 % s'il s'agit de patients homosexuels masculins.
Ces types viraux particuliers sont le plus souvent responsables
de lésions condylomateuses peu florides, quelquefois planes,
de diagnostic plus difficile. De plus ils s'intègrent volontiers
dans le génôme des cellules de la peau et deviennent
ainsi un hôte quasi-permanent difficile à éradiquer.
La transformation cancéreuse peut survenir après
plusieurs années d'infection quelquefois à bas bruit,
ce qui explique probablement sa fréquence chez l'homosexuel
masculin trente fois plus élevé que dans la population
générale, tout comme chez la femme avec des antécédents
de cancer du col utérin, dont l'origine virale est comparable.
Toutefois en dehors d'une immunodépression (VIH, greffe
d'organe) le risque de dégénérescence des
condylomes de l'anus reste exceptionnel et la taille ou l'extension
des lésions ne sont pas des facteurs péjoratifs.
En conclusion
La condylomatose anale (et génitale) est
la maladie sexuellement transmissible de loin la plus fréquente,
en constante augmentation ces dernières années.
La présence d'autres MST, en particulier la syphilis ou
l'infection à chlamydiae, doivent être recherchées
chez les patients ayant un comportement sexuel à risque.
Son traitement reste imparfait en l'absence de médicament
antiviral efficace par voie générale ou de vaccination.
Malgré les récidives possibles, il doit être
mené à son terme pour éviter une propagation
de l'infection et la survenue de complications rares mais graves
comme la survenue de cancer de l'anus ou du col utérin.
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Pour en savoir plus :
- Sur ce site : mettre en référence
l'article d'Agnès Sénéjoux sur les suites
opératoires
- Le Courrier de Colo-Proctologie 2001:2 ;39-59
- Condylomes anaux, François Pigot. Hépato-Gastro
2002;9 :409-415.
- Le Courrier de Colo-Proctologie 2003 :4 ;suppl
n°1.
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Voir les FAQ
Condylomes de l'anus
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Dr. Ghislain STAUMONT
Mis en ligne en Mars 2005
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