La Lymphogranulomatose vénérienne (LGV) est une
infection sexuellement transmissible (IST) due à une bactérie,
Chlamydia trachomatis, par ailleurs responsable de nombreuses
infections génitales. Elle est le fait de certaines "
variétés " de Chlamydiae trachomatis
(que l'on nomme sérotypes) : les sérotypes L1, L2,
L3. Cette infection décrite en 1913 par trois médecins
français (les Dr Joseph Nicolas, Maurice Favre et N Joseph
Durand) était encore récemment considérée
comme une maladie tropicale rarissime en Europe, observée
essentiellement en Afrique, en Amérique latine, dans les
Caraïbes et en Asie du Sud-Est.
Après que les premiers cas de LGV soient signalés
à Rotterdam et en Belgique, le 16 Juin 2004, l'Institut
de Veille Sanitaire lançait une alerte devant la survenue
d'une épidémie de LGV dans la communauté
homosexuelle masculine initialement à Paris et à
Bordeaux. Alors qu'en cinq ans seuls 27 cas avaient été
diagnostiqués dans un grand centre spécialisé
dans la prise en charge des IST, 44 cas de LGV étaient
dépistés au cours de l'année 2003 et du 1er
trimestre 2004 (figure 1).

Figure 1 : Fréquence du
diagnostic de l'infection dans
un centre de proctologie donné (Hôpital Léopold
Bellan)
Dans un travail mené à l'hôpital
Léopold Bellan,sur 34 malades atteints tous étaient
de sexe masculin et 80% infectés par le virus HIV.
Actuellement l'épidémie de LGV reste
active en dépit de l'alerte donnée par l'institut
de veille sanitaire et des mesures d'information et de prévention
mises en oeuvre.
Comment se transmet
la maladie, quels sont les facteurs de risque ?
La transmission se fait au cours
des rapports sexuels avec pénétration vaginale,
anale, ou buccale non protégée. La pratique du "fist
fucking" (pratique sexuelle consistant à une pénétration
de l'anus avec le poing) semble être un mode de transmission
fréquent dans cette épidémie. C'est bien
la pénétration qui contamine ; l'éjaculation
n'a aucune influence dans la transmission. Tant que la maladie
est active, le malade est contagieux. Le délai d'incubation
varie de 2 à 60 jours, en moyenne il tourne autour de 20-25
jours.
Quels sont les
symptômes ?
La LGV évolue classiquement en 3 phases :
- Phase primaire : après
la phase d'incubation apparaît au niveau génital
ou anal une papule (un "bouton") ou une vésicule
(comme "une cloque de varicelle") qui secondairement
s'ulcère. Cette lésion est indolore, transitoire
et souvent profonde (col de l'utérus, urètre, rectum),
elle passe donc fréquemment inaperçue.
- Phase secondaire : 1
à 2 semaines plus tard apparaissent soit une adénopathie
inflammatoire (un "gros ganglion douloureux") de l'aine
évoluant vers la fistulisation (perforation avec écoulement
purulent), soit une anorectite aigüe. Les signes d'anorectite
sont : des douleurs rectales, un ténesme (contracture douloureuse
du rectum avec sensation de brûlure, envie constante d'aller
à la selle), des faux besoins et un écoulement mucopurulent
plus ou moins hémorragique. L'examen proctologique peut
retrouver des lésions anales faites de condylomes suintants
et d'ulcérations (figure 2). Au niveau rectal, on constate
l'existence d'une inflammation avec présence de pus et
d'ulcérations (figure 3) d'où peuvent partir des
trajets suppurants. Des adénopathies uni ou bilatérales
sont présentes. L'aspect rectoscopique de rectite ulcérée
(et l'analyse des prélèvements) peut orienter à
tort vers le diagnostic de maladie de Crohn ou d'herpès.

Figure 2 : Ulcérations
anales

Figure
3
: Ulcérations du canal anal avec aspect pseudo-condylomateux
(Image: Dr F Juguet, Bordeaux)